Des sciences à la parapsychologie

 

Sciences et fausses sciences dans le monde

 

Petite encyclopédie critique

 

 

Elie Volf, Benjamin Lisan

 

Collaboration de

Jocelyn Bézecourt

François Grandemange

Eric Lowen

Alain Pintureau

 

 

    La grande presse et les périodiques de vulgarisation sont sollicités par des expériences diverses ; nécessité d’insérer une information surabondante laquelle faute de place est insuffisamment expliquée, quête commerciale de la sensation ne reculant pas toujours devant la déformation ou la complaisance pour l’irrationnel. D’où une certaine déshumanisation des nouvelles scientifiques.

Michel Rouzé, cahiers de l’agence française d’information scientifique, N°1,novembre 1968.

 

 

 

 


PREFACE

 

 

 

 

 

AVANT-PROPOS

 

Remerciements :

Nous remercions

Charles Kappensteien, professeur de chimie organique à l’université de Poitiers, pour ses encouragements et conseils.

Hubert Espagnac et sa compagne Laurence pour leur aide à la correction.

Michel Henry : professeur honoraire de mathématiques à l’université de Besançon, pour la rédaction du chapitre « naissance des mathématiques ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


SOMMAIRE

 

PREFACE 2

AVANT-PROPOS 2

CHAPITRE I 13

Philosophie du doute et du déterminisme 13

Définitions du doute et du déterminisme 13

Pyrrhonisme    14

Le déterminisme de Descartes 14

Le scepticisme 15

La zététique 15

L’analyse zététique 15

Justesse, précision et reproductibilité d’une mesure 16

La démarche scientifique 18

h) Les lois physiques de l’univers suivent des lois mathématiques : 21

Étapes de la démarche scientifique 22

Principes de la méthodologie scientifique 23

CHAPITRE II 29

Désinformation et information 29

Origine d’une information : vérité ou fausseté 29

Tests à effectuer pour vérifier toute information 30

Influence de la connotation 36

Effets de confusion sur corrélation et causalité 37

Effets sur l’existence ou l’inexistence d’un phénomène 38

Désinformation et mal information 41

La mal information de Timisoara 41

Études des « média-mensonges » et des « métarécits » 42

Propagation de rumeurs à partir d’une information mensongère ou tronquée 43

« Technopeurs » 45

Chaînes de lettre 47

Les hoax ou canulars électroniques 49

Chapitre III 52

Manipulations et manipulés 52

Mécanismes de la manipulation 52

L’enlisement dans l’erreur à la base des techniques de manipulation 52

Le béhaviorisme ou comportementalisme 53

Persuasion et autosubjectivité 54

Mécanismes sectaires 55

Stratégies d’embrigadement des groupes sectaires 58

Chapitre IV 60

Psychologie de l’inconscient 60

L’inconscient 60

Mouvements inconscients 60

L’affect 61

Hallucination 62

Réflexes innés et inconscients 62

Rêves 63

Rêves prémonitoires 63

Impression de déjà-vu 63

Le déjà vécu 64

Faux souvenirs ou fausse mémoire 64

Pouvoirs de l’esprit sur l’individu 66

Méditation et méditation transcendantale 66

Hypnose 67

Historique de l'hypnose 67

L’hypnose au XXe siecle 68

Méthode Coué dite auto-subjective 68

Méthodes corporelles 69

CHAPITRE VI 72

Évolution de la science et des parasciences 72

Réflexions épistémologiques 72

Naissance des chiffres  73

Naissance des mathématiques  75

Naissance des calendriers 77

L’astronomie hellénique 79

Naissance de l’astronomie copernicienne 81

Naissance du cartésianisme et de la physique en Occident 83

Galilée (1564-1642) 83

René Descartes (1596-1650) 84

Pierre Gassendi (1582 - 1655) 84

Naissance de l’héliocentrisme et des lois de gravitation. 85

Âge d’or de la civilisation islamique,, 85

Médecine arabe 87

La science d’Extême-Orient,,, 87

Alchimie et chymie 89

Les sciences de la nature 98

Explosion des sciences aux xixe et xxe siècles 99

Naissance de la biologie et de la biochimie 102

La biologie moléculaire 104

La médecine et la pharmacopée 104

Science et société 107

Les para sciences philosophiques 109

Le positivisme d’Auguste Comte 109

Le scientisme 109

Marcellin Berthelot 109

Le cas Lyssenko (1898–1966) , 110

Science et éthique 110

Fritz Haber (1868- 1934)   111

Shiro  Ishi,  Hisato Yoshimura et l’unité 731 111

Les erreurs scientifiques 113

La fraude en biologie 115

Lyssenko 115

L’imposture des raélliens sur un clonage humain , 115

Mémoire de l’eau et critiques des expériences de Benveniste par Internet 116

Fraudes et élucubrations en sciences physiques 117

Affaire de la fusion froide 117

Affaire Priore (de 1978 à 1982) 118

Priore chercha à confectionner un générateur hyper fréquences pour éliminer des tumeurs cancéreuses sur des patients. 118

Fraude en sciences humaines 120

L’assimilation de l’astrologie à une science 120

La « thèse » d’Elisabeth Teissier   120

La fraude scientifique en parazooologie. 120

Le Yeti ou abominable homme des neiges 121

Le Big foot 121

Le bœuf mangeur de serpents 121

La fraude en Ufologie 123

Le cas de Rael  123

L’affaire Roswell 123

On sait aujourd'hui qu’un grand nombre de témoins tiennent leurs informations de seconde main et beaucoup de témoins actuels parlent au nom des vrais témoins 125

Le cas Adamski   125

La fragilité du témoignage humain 125

Les cas de canulars, de fraudes et d’impostures 126

Fossiles truqués de Marrakech 160 127

L’homme de Piltdown  127

Les impostures  en archéologie  128

Sur les sites à mégalithes européens : 128

Sur les sites sud-américains : 128

Confection frauduleuse de fausses antiquités 133

Les faux d’Oded Golan  133

L’affaire de Glozel   134

CHAPITRE VIII 137

Sciences et para-sciences psychiques 137

Psychanalyse 137

Critiques de la psychanalyse 137

Les sciences cognitives 139

Les Neurosciences 139

Metapsychie ou méta psychisme 140

Doctrines para philosophique diverses 140

La Gnose 140

L’holistique 140

Anthroposophie 141

Le New Age 141

L’Ecole de para-psychologie du colloque de Cordoue 142

Doctrine de la Dianétique de l’Eglise de la Scientologie 143

Pouvoirs Magiques 145

La magie 145

L’Illusionnisme des physiciens 146

L’illusionisme de nos jours 148

Le mentalisme 149

Télékinèse 149

La lévitation 150

La décorporation 151

CHAPITRE X 152

Possession, et exorcisme  (c’est le titre de paragraphe suivant, pourquoi le mettre dans celui-ci ?) 152

Auto-envoûtement 153

La transe 154

La transe  vaudou 155

La sorcellerie 156

CHAPITRE XI 160

Pseudo réceptivité aux champs de radiation 160

Rappels sur la radiesthésie 160

La sourcellerie 160

Recherche divinatoire par pendule explorateur 163

Magnétisme animal ou mesmerisme 164

Radionique 168

CHAPITRE XII 169

Perceptions et Para-perceptions 169

Perception des sens 169

La temporalité 169

L’illusion visuelle 169

Perception des couleurs 169

L’illusion optique 170

Vision paroptique 171

Les perceptions subjectives 171

Hallucination 171

Hantise 171

Perception extra –sensorielle 171

Télépathie 172

CHAPITRE XIII 173

Pseudo-communication avec les défunts 173

Spiritisme 173

Allan Kardec (1804 –1869) 173

Tables tournantes 174

Tables frappantes dites parlantes 174

Le spiritisme dans la société 175

Les tables frappantes de Victor Hugo à Jersey. , 175

Pseudo télépathie avec défunts 177

CHAPITRE XIV 179

A l’approche et au-delà de la mort 179

Thanatologie (étude de l’approche de la mort et de la mort) 179

L’expérience à l’extrémité de la vie 180

Mythes religieux sur des mécanismes post mortels 182

L’eschatologie ou L’au- delà de la VIE vu par les religions 182

Croyances aux fins dernières 185

Le Christianisme  185

Le Judaïsme 186

L’Islam 187

Eschatologie dans les religions d’Extrème-Orient 188

Le confusianisme 188

L'au-delà du bouddhisme tibétain : 189

Le Shintoïsme japonais 189

L’au-delà hindouiste 190

La réincarnation et la métempsychose dans l’hindouisme) 190

La réincarnation chez les spirites 191

CHAPITRE XV 192

Paranomal et croyances religieuses 192

Sondages sur Le christianisme en France  192

Les reliques 194

Czestochowa 198

Copacabana 199

Guadalupe, Notre Dame de la Guadalupe 199

Les « guérisons miraculeuses » par saint protecteur  200

Miracles juifs 201

Miracles hindouistes Quand les dieux boivent du lait * 201

Observations 202

CHAPITRE XVI 203

Mécanismes des croyances au paranormal 203

Prophéties 203

Prophétie de Malachie* 203

Prophéties de Fatima 203

Les prédictions et prophéties de Nostradamus 204

Voyance 205

Prévisions et statistiques 206

L’effet Mars vers 1980  207

Sondages des croyances au paranormal  207

Astrologie sidérale ou astrologie stellaire 212

Astrologie des tropiques 214

Le thème astral 215

Astrologie conditionaliste * 216

Arts divinatoires de l’extrème orient 218

L’astrologie indienne   221

Mancies diverses 223

Numérologie 223

Numérologie cabalistique ( ou Kabbaliste) ou pseudo décodage de la bible 224

Chiromancie ou mancie des lignes de la main 225

Graphologie 225

Mancies anciennes et peu pratiquées de nos jours 225

Arts divinatoires divers  226

CHAPITRE XVIII 228

Ondes et environnement ou géomancie 228

Le FENG SHUI 228

La géobiologie 230

Litho-thérapie 232

CHAPITRE XVIII 233

Les thérapies alternatives occidentales 233

Médecines dites douces ou alternatives 233

Effet Placebo, ou l’illusion thérapeutique  233

Homéopathie 233

Médecines alternatives diverses 236

CHAPITRE XIX 240

Les médecines traditionnelles de l’Orient 240

La médecine traditionnelle chinoise 240

Principaux remèdes de phytherapie de ce centre 242

Le concept de la Médecine tibétaine 244

Médecines alternatives dérivées de la médecine traditionnelle chinoise 247

La réflexologie 249

La digipuncture 249

Médecine traditionnelle indienne Ayurvedique ou ayur védique 250

Doctrines diverses dérivées de l’ancienne médecine ayur-védique 250

Chromothérapie 251

Le Reiki 251

CHAPITRE XXI 252

Méthodes psychomorphologiques 252

La phrénologie 252

Méthodes physiognomoniques 252

La P.N.L. 253

CHAPITRE XXII 256

Les O.V.N.I., objets volants mal identifiés ? 256

La fragilité du témoignage humain 256

Le manque de connaissances scientifiques des témoins 258

Les cas de canulars, de fraudes et d’impostures 258

La dimension d’un mythe 259

Les éléments de doute 259

Quelques cas troublants 260

En conclusion, l’absence de preuve de visites extraterrestres 260

Petite bibliographie 261

Premières Conclusions 262

Lexique des mots employés 262

Bibliographie 268

ouvrages généraux 268

Ouvrages collectifs 268

 


INTRODUCTION

Nous avons rédigé cet ouvrage dans un esprit encyclopédique pour encourager le maximum de gens à cultiver leur curiosité, mais aussi leur esprit critique.

En effet, en ce début du xxie siècle, il faut s’étonner de la persistance de nombreuses croyances irrationnelles et des superstitions, malgré les progrès prodigieux des sciences et des techniques.

Il est troublant par exemple de constater le succès du livre ésotérique Da Vinci Code, vendu à plus de un million et demi d’exemplaires en 2005 en France, alors que ce livre de fiction policière affirme comme vraies des élucubrations historico-scientifiques, dénoncées d’ailleurs dans d’autres livres.

D’autre part, des associations prônant des thérapies et doctrines douteuses et dangereuses (comme le végétalisme) ont pignon sur rue et fleurissent dans les Salons dit « bio » (Marjolaine, Salon bio Sésame et Harmonies…). De même, les rayons New Age et sciences occultes ont une place de plus en plus importante dans les bonnes librairies.

Néanmoins, certains cherchent malgré tout à développer leur esprit critique, et le succès du livre Devenez sorcier, devenez savant de Georges Charpak et Henri Broch[1] est encourageant. Ce livre a été un best-seller en France en 2002 et 2003, avec plus de 380 000 exemplaires vendus.

Comme ces deux auteurs, nous avons rédigé cet ouvrage « parce que nous vivons dans un monde où l’irrationnel est de mode, où les sectes, les intégrismes religieux et les arts divinatoires ont de plus en plus d’audience et parce que les médias, devant des doctrines irrationnelles, créent une confusion fréquente entre critique et censure ».[2]

De plus, certaines croyances et doctrines irrationnelles peuvent être dangereuses et gâcher la vie de personnes fragiles. C’est le cas de certaines « doctrines » apocalyptiques prônant la communication avec les défunts et pouvant convaincre leurs adeptes de se suicider pour rejoindre un hypothétique au-delà. L’astrologie poussée à son paroxysme peut conduire une personne à asservir totalement sa vie et son comportement aux prédictions astrologiques de voyants, de médiums, etc. (Voir à ce sujet le chapitre Arts divinatoires.)

Malheureusement, comme l’observait Einstein, « il est plus facile de casser un atome qu’un préjugé ». Et nous-mêmes le constatons constamment, dans notre société du xxie siècle, avec les mystifications, mythes, escroqueries scientifiques et pseudo-sciences.

Il est regrettable que, dans les formations scolaires, et même universitaires, l’apprentissage du sens critique ne soit qu’effleuré et jamais approfondi.

À l’heure actuelle, de nombreuses personnes croient encore en l’intervention du surnaturel ou du paranormal pour expliquer nombre de phénomènes observables, en apparence étranges, autour de nous. Ces phénomènes, en fait, sont la plupart du temps expliqués par les connaissances scientifiques actuelles.

Les personnes avançant une hypothèse paranormale n’ont pas, le plus souvent, la formation et les connaissances scientifiques suffisantes pour expliquer ces phénomènes dits paranormaux.

Il faut noter que des diplômes universitaires scientifiques ne sont pas garants d’une formation à l’esprit critique : on trouve des ingénieurs dans des sectes, des médecins traitant certaines maladies graves par magnétothérapie ou homéopathie.

On a souvent constaté, au cours de l’histoire, que ce qui paraît inexplicable à l’instant présent est en général explicable plus tard, dès l’acquisition de nouvelles connaissances scientifiques plus exactes ou plus rigoureuses.

Par exemple, jusqu’au xviiie siècle, faute d’explication physico-chimique, on pensait que les feux follets dans les cimetières et les feux de marais étaient le fait de l’intervention des esprits. Depuis le xixe siècle, on sait qu’il sont dus à l’inflammation de l’hydrogène phosphoré provenant de la décomposition des cadavres et les feux des marais, à la combustion du méthane produit par les tourbes présentes au fond des marais.

Certains phénomènes rares peuvent alors apparaître comme miraculeux ou surnaturels, car semblant apparemment ne pas se conformer aux lois de la nature, comme la rentrée d’une météorite de grande taille dans l’atmosphère (que certains prendront pour des ovnis) ou l’explosion d’une nova dans une région donnée de l’espace (que certains prendront aussi pour un ovni).

Certaines coïncidences, enchaînements d’événements, que l’on croit impossibles, sont expliqués, en fait, par l’enchaînement de facteurs de probabilités très faibles (mais non nulles). C’est le cas, par exemple, du crash du Concorde, à Gonesse [3], le 25 juillet 2000, dû à une pièce aéronautique en titane, perdue par un avion, passé 4 minutes avant, sur la même piste d’envol que le Concorde. Si la roue du Concorde était passée à quelques dizaines de centimètres de cette pièce, l’accident n’aurait pas eu lieu. Mais, pour bon nombre d’occultistes, c’est le signe d’une malédiction attachée aux passagers décédés, le signe d’un mauvais « karma » ou « destin ».

Dans cet ouvrage, nous aborderons le domaine appelé paranormal qui, lui-même, englobe le surnaturel, la parapsychologie et les pseudo-sciences, Nous ne traiterons pas dans ce livre des phénomènes du surnaturel[4], qu’Henri Broch[5] a étudiés avec beaucoup de rigueur dans différents ouvrages et articles[6],,[7], mais nous aborderons les fausses sciences ou pseudo-sciences (également appelées parasciences), leur éthique et l’évolution des sciences par rapport à ces fausses sciences.

Une parascience peut être une fausse science ou une science rigoureuse, mais marginale, s’intéressant à des phénomènes relevant du paranormal. C’est le cas de la parazoologie, qui est une démarche tendant à démontrer l’existence d’animaux fabuleux ou mythiques, tels que le yeti, la licorne, le serpent de mer, le Léviathan, le monstre du Loch Ness, etc.[8], tandis que la cryptozoologie est la science des animaux rares comme les calamars géants, les dragons de Komodo… Les pseudo-sciences ne se fondent sur aucun concept scientifique rigoureux et l’occultisme y est souvent roi.

Parmi les principales pseudo-sciences, il y a les arts divinatoires et la quasi-totalité des médecines dites alternatives.

Selon les occultistes, le paranormal est le domaine hors du normal échappant à la recherche et à l’expérimentation.

La parapsychologie[9], elle, étudie des phénomènes, telles que les arts divinatoires, la voyance, la radiesthésie, la télékinésie, la télépathie… Certains pensent que ces derniers phénomènes peuvent entrer pas dans le cadre des lois scientifiques connues.

Pour Henri Broch, il est abusif d’assimiler la parapsychologie à une science : « La parapsychologie est une pseudo-science qui désire étudier les aptitudes humaines dites spéciales que personne n’a jamais observées dans le cadre d’une démarche méthodique scientifique correcte » (site Internet du laboratoire de zététique) [10].

La notion de surnaturel dépend souvent des croyances, mais surtout des connaissances scientifiques de l’individu, ou de leur absence, comme nous le verrons au chapitre I. L’irrationnel est subjectif et dépend de l’observation, et surtout de la qualité de cette dernière.


Concernant l’importance de la connaissance scientifique, Léonard de Vinci affirmait déjà au xvie siècle : « Ceux qui sont férus de pratique sans posséder la science, sont comme le pilote qui s’embarquerait sans timon, ni boussole, et ne saureraient pas où ils vont »[11].

Au xixe siècle, Michel Eugène Chevreul (1786-1889), célèbre savant, et Jean Eugène Robert-Houdin (1805-1871), père de l’illusionnisme scientifique, appelé le prince des illusionnistes, dénonçaient déjà, grâce à leurs connaissances scientifiques solides, les spirites et marabouts. En cela, ils étaient les précurseurs d’une logique rationnelle. Robert-Houdin a pu démystifier les prétendus pouvoirs des marabouts et chefs de village en Algérie en 1865 grâce à ses connaissances scientifiques, psychologiques et ses talents d’illusionniste[12], comme nous l’expliquerons plus en détail au chapitre VIII.

Les idées du New Age et l’ésotérisme ont été favorisés dans les médias par la chute progressive des croyances religieuses vers les années 1960. En France, les auteurs Pierre Berger et Louis Pauwels ont largement contribué à dérouter les esprits par leur ouvrage Le Matin des magiciens et leur revue Planète[13], dont on trouvera une critique rationaliste dans Le Crépuscule des magiciens [14].

Actuellement, cette montée de l’irrationnel est surtout due à l’importance médiatique des arts divinatoires (astrologie stellaire, astrologie chinoise, numérologie…) et de certaines thérapies alternatives (sophrologie, reiki…) La plupart des groupes sectaires utilisent les méthodes du paranormal en psychologie et en thérapie.

Il nous a donc semblé indispensable d’aborder aussi le problème des phénomènes sectaires, ainsi que les mécanismes d’embrigadement et de persuasion dans ces groupes. Ces derniers ayant pour but de faire perdre aux victimes des sectes, tout esprit critique face aux escroqueries, mystifications et pseudo-sciences, pratiqués couramment dans ces groupes sectaires.

Nous espérons que le lecteur sera animé, comme nous, par le scepticisme, pour douter de ce qui nous paraît être du domaine du prétendu paranormal.

 

Benjamin Lisan, Élie Volf


 

CHAPITRE I

Méthodologie scientifique pour la vérification d’une information ou d’un fait

« La fausseté d’une idée ne saurait l’empêcher d’être belle, et il y a certaines erreurs si ingénieuses qu’on regretterait qu’elles ne figurassent point aux démarches de l’esprit humain. On a le droit d’avoir raison, qu’avec les faits dont on dispose, on ne doit pas escamoter l’incompréhensible, mais non pas s’en servir comme d’une explication. Leurs vérités consolantes se doivent démontrer deux fois. Ne pas croire qu’une chose existe, parce qu’il serait trop horrible qu’elle n’existait pas. Il n’y a pas de preuve par l’horrible. Pour rester fidèle à soi-même, il faudrait renier son parti trois fois par jour.»

Jean Rostand, Pensées d’un biologiste

Citation à vérifier mot à mot avec l’ original

Nous naissons avec les préjugés provenant de notre milieu culturel. Nous pouvons avoir l’esprit faussé par un savoir limité, être inconscients de la véracité ou de la fausseté de nos affirmations sans qu’une seule fois le doute s’insinue dans notre esprit. Dans l’absolu, pour juger autrui ou véhiculer une information, il faudrait avoir une connaissance objective et universelle, afin de tendre vers la « perfection du jugement ». Idéal souhaité, mais constamment irréalisable dans la pratique. De nos jours, nous disposons d’un très grand nombre d’informations accessibles dans les bibliothèques et par Internet. La difficulté est de rejeter les données tendancieuses, fausses ou rédigées par des gens incompétents et qui n’ont pas les connaissances adéquates. Les informations sont données généralement par des agences de presse (Reuter, Havas…) ou par les médias, obnubilées par la primeur du scoop, ce qui peut engendrer des inexactitudes. Il faut alors se méfier des informations tronquées ou sorties du contexte, car elles conduisent à produire des informations erronées.

Philosophie du doute et du déterminisme

Dès les débuts de la philosophie grecque, l’idée de cause se trouve associée à l’ambition majeure de la pensée. D’après Platon, « il est impossible qu’un fait  quoiqu’il soit, puisse apparaître sans cause »[15].

L’histoire de la philosophie donne l’exemple de deux types de doute : le doute sceptique de Pyrrhon et le doute méthodique de Descartes.

Définitions du doute et du déterminisme

 

Nous rappellerons tout d’abord quelques définitions du doute et du déterminisme.

 

Pour Pyrrhon, le doute ne peut être surmonté, du fait de l’impuissance de l’esprit à atteindre la certitude[16].

Pour Descartes, au contraire, il faut rejeter tout ce qui ne présente pas la garantie d’une certitude absolue. Descartes, croyant, ne cherche que le savoir ; il doute, et veut se libérer du doute. Il cherche dans la science une connaissance certaine. Pour cela, il s’appuie sur une méthode déductive, avec pour critère l’évidence.

 

Pyrrhonisme [17] [18] [19]

C’est l’habitude de douter de tout et de paraître douter de tout. Cette doctrine est due à Pyrrhon et à ses disciples.

Pyrrhon (v.365-v.275 av. J.-C.) fonda les premiers principes du scepticisme. Le pyrrhonisme se caractérise par le refus de toute affirmation dogmatique. Pyrrhon niait que l’homme puisse atteindre la vérité. Il pensait que tous les êtres organisés dans la nature sont soumis à un renouvellement continuel, et qu’on ne pouvait en connaître que les apparences. Parmi les hommes, on ne rencontre qu’erreurs et contradictions de l’esprit, illusion des sens. A chaque proposition, on pouvait rencontrer son contraire, parfois tout aussi également probable ( !). Il en résulte que le sage ne doit pas porter de jugement. Il perçoit des apparences, mais ne peut les proclamer comme vraies.

« En morale, il s’efforce d’atteindre un bonheur qui consiste simplement dans le silence initial des passions ou « ataraxie. »[20]

Il n’existe pas d’écrits de Pyrrhon ; ce n’est que grâce à son disciple Timon le Sillographe que l’on a eu connaissance des pensées de Pyrrhon.

Le pyrrhonisme est loin d’avoir fait l’unanimité depuis Pyrrhon : « Les réformés comme Mélenchon ou Bèze l’ont critiqué pour son éthique liée à l’indifférence, et les catholiques l’ont rejeté dans la mesure où la doctrine du concile de Trente refusait d’abandonner toute assise rationnelle à la foi. »

Le déterminisme de Descartes[21]

 

Pour Descartes, comme pour les philosophes grecs « Chaque effet dépend d’une cause ».

On peut et on doit douter de tout, mais on doit aussi avoir confiance en soi et savoir justifier sa pensée. Les célèbres maximes de Descartes, « Je pense, donc je suis » (« cogito, ergo sum », Discours de la méthode, 1637),* et « je pense, je suis » ou « cogito, sum » (Les Méditations philosophiques, 1641)* exprimant la « substantifique moelle » (l’essence)  de sa  pensée métaphysique sont devenues célèbres. Elles veulent montrer une opposition ou une complémentarité entre l’idée « d’esprit » et celle de « matière », vision dualiste, envers laquelle le philosophe actuel est plus prudent. Dans cette formulation « Je pense, donc je suis », je déduis mon existence en tant que chose pensante du fait même que je me saisis en train de penser (dans « je pense, je suis » _ ces deux termes s’appelant réciproquement.

 

Le scepticisme

Les racines du scepticisme remontent loin dans la tradition philosophique. Le mot vient du grec skepticos, qui signifie « qui considère » ou « qui examine ». Le scepticisme est une variante de la zététique (voir paragraphe suivant et Chapitre II). Selon cette étymologie, la personne sceptique ne refuse pas a priori de croire l’affirmation qui lui est faite, elle désire au contraire l’examiner pour identifier ses fondements et sa validité. En revanche, dans le langage courant, le mot « sceptique » a été détourné de son sens originel : en effet, lorsque nous disons « je suis sceptique », nous exprimons souvent notre réticence à croire l’affirmation qui nous est présentée et notre volonté de considérer sérieusement les arguments de notre interlocuteur.

La zététique

Nom et adjectif, du grec zététin, ce mot signifie « chercher ». Selon le Littré, c’est « la méthode dont on se sert pour pénétrer la raison des choses ». Enseignée dans l’Antiquité depuis Pyrrhon, et ses disciples, la zététique est souvent considérée comme synonyme de pyrrhonisme.

L’analyse zététique

C’est le nom donné par Viete [22] et aujourd’hui, à la méthode analytique [23]. Pour M. Henri Broch, elle est synonyme de méthodologie scientifique. Ce terme a été popularisé en France par les ouvrages et l’enseignement de la zététique d’Henri Broch à l’université de Nice.

Selon le Larousse du xixe siècle, les définitions de la zététique et des zététiques (zététiciens) sont dues à Sextus Empiricus[24] (iie s.-iiie s. apr. J.-C., auteur des Esquisses pyrrhoniennes). Ces définitions semblent parfois contradictoires pour un sceptique du xxie siècle. « La zététique est une variante assez originale du scepticisme ; c’est un  scepticisme provisoire, c’est presque l’idée de Descartes, considérant le doute comme un moyen et non comme une fin, comme un procédé préliminaire, non comme un résultat définitif. » [25].

Les zététiques, d’après les renseignements sommaires que donne Sextus Empiricus, en s’appelant chercheurs, voulaient dire que l’esprit humain est fait pour chercher toujours et ne trouver jamais. Pour les zététiques, ou chercheurs de vérité dans tous les domaines, il y aurait suspension du jugement tant que l’on n’aurait pas prouvé ou infirmé un fait. Ils pensent que la recherche de l’Absolue est impossible ou vaine.

Selon Henri Broch[26] [27] « l’outil principal de la zététique est la relation de cause à effet, à rechercher pour la validation d’une information ». Une faille dans une causalité, concernant un phénomène, doit alors nous conduire à être sceptique, à nous interroger sur sa réalité, à entreprendre une analyse et une investigation poussées. Au final, elle peut nous amener à trouver le moyen de réfuter tel ou tel phénomène ou le raisonnement d’une personne affirmant l’existence de tel ou tel fait.

Nous conseillons au lecteur qui voudrait en savoir plus sur les différentes facettes de la zététique de se référer aux livres d’Henri Broch [28].

Justesse, précision et reproductibilité d’une mesure

 

Pour vérifier une information, il faut tenir compte d’un grand nombre de facteurs, les conditions initiales, les conditions d’observateurs, ainsi que la Justesse, précision et reproductibilité d’une mesure, dans le cas d’une mesure et d’une observation scientifique.

 

Lorsqu’on effectue des mesures répétées avec un appareil, on obtient souvent des valeurs un peu différentes d’une mesure à l’autre. Faut-il alors en rejeter certaines parce que anormales, au risque de passer à côté d’un phénomène intéressant ou d’une découverte ? Sinon, quelle valeur faut-il prendre pour conclure au résultat le p!us précis ? Or il n’est pas souvent facile d’obtenir des résultats justes et précis à la fois.

Produire des résultats de qualité, c’est-à-dire qui satisfont aux besoins exprimés, impose d’utiliser des méthodes contrôlées et validées. Les caractéristiques de l’observable du signal mesuré et les méthodes de mesure doivent être parfaitement déterminées avant la mise en route de l’étude.

Si l’on considère une cible et les points d’impact de tirs de flèches, on peut avoir une méthode :

 

– juste et reproductible ;

– reproductible mais erronée ;

– encore non reproductible (voir ci-après) :

 

Sinon, dans le schéma d’un tir de fléchettes, ci-après, nous avons :

 

en a) la situation correspond à des résultats imprévisibles (ni justes, ni reproductibles) ;

en b) on observe la manifestation d’une erreur systématique (résultats reproductibles mais non justes) ;

en c) les résultats sont exploitables à condition d’en faire une moyenne (résultats justes mais non reproductibles) ;

en d) sont réunies les conditions de justesse et de reproductivité des mesures (résultats justes et reproductibles).

 

 

a) un résultat ni juste, ni reproductifble

b) un résultat reproductible mais non juste

c) un résultat juste statistiquement

d) un résultat juste et reproductible

 

Une méthode de mesure doit, pour atteindre un objectif bien déterminé, avoir les caractéristiques suivantes :

-          une spécificité suffisante ;

-          une justesse suffisante.

La justesse d’une méthode désigne l’écart entre la valeur mesurée et la valeur réelle. Si un prélèvement contient 1 mg/l d’un médicament déterminé, plus la valeur mesurée par la méthode considérée sera proche de ce chiffre, plus la méthode sera juste. Si une balance est juste à 0,1 gramme, les mesures faites avec cette balance sont justes à plus ou moins 0,1 g. L’étalonnage d’un instrument permet de déterminer sa justesse.

Au regard de ces considérations, on constate que beaucoup de faits et paramètres peuvent influencer une mesure. Ainsi, un manque de rigueur au niveau de tous ces paramètres (justesse, précision…) peut fausser les mesures et conduire le mauvais expérimentateur à faire des annonces et publications scientifiques prématurées et fausses (de nombreux cas peuvent être cités, comme celui de l’annonce prématurée de la réussite de la fusion froide).

On ne saurait donc être trop scrupuleux et rigoureux dans ses observations et mesures avant toute déduction concernant les résultats obtenus avec ces mesures.

En résumé, si une mesure n’est ni juste, ni précise, ni reproductible, cette information, dont on ne peut tirer aucune conclusion, n’a aucun intérêt scientifiquement. Pourtant, c’est souvent de type d’informations que relatent souvent les tenants du paranormal.

 

La démarche scientifique

Selon Gaston Bachelard, « la science est une connaissance qui devient authentique par le moyen de la critique ».[29]. En effet, la démarche scientifique part d’un certain nombre de présupposés, issus de l’expérience, que nous allons exposer. Ils ne coïncident pas nécessairement avec ceux des parapsychologues. Elle est même très éloignée de celle des parapsychologues.

La démarche scientifique repose sur les pré-supposé suivants :

a) Toute la nature est régie par des lois globalement déterministes. Tel phénomène A provoque tel autre phénomène B, B provoque C, etc. [30]

b) Pour la science, il n’existe pas de suspension des lois connues de la nature suite à l’intervention de phénomènes magiques ou de forces supérieures qui ne procéderaient pas de lois déterministes déjà pré-existantes dans l’univers qui nous entoure [31].

c) les phénomènes observés scientifiquement doivent être reproductibles :

La science procède la plupart du temps par remise en question des différentes théories ou hypothèses qui ont été établies successivement ; toute nouvelle théorie doit pouvoir être testée par plusieurs personnes, si possible à l’aide de différents appareillages ou méthodes, et surtout en plusieurs lieux et dans le temps. C’est possible car dans notre univers, une loi physique est reproductible partout dans l’univers. Selon Henri Curien[32], « c’est là une caractéristique majeure de l’activité scientifique, qui la distingue notamment des fausses sciences dont les “théories” sont en général non testables, fantaisistes et en tout cas non testées. Aujourd’hui nos concitoyens ont soif d’émerveillement et cherchent un refuge, des raisons d’espérer dans des pratiques où l’on peut prendre des désirs pour des réalités ».

d) les lois physiques de l’univers sont structurellement stables dans le temps et l’espace (par exemples, les lois de Newton ou d’Einstein, ou encore celles décrivant les trajectoires planétaires, ou encore les lois d’émission des raies spectrales des atomes ou des molécules, sont les même ici dans notre galaxie, La Voie Lactée, que dans la nébuleuse d’Andromède. Elles étaient aussi valables il y a 2 siècles, que maintenant. La forme et la fréquence précises des raies spectrales de l’hydrogène émises par notre soleil sont les mêmes que celles émises par une étole située à une distance  13 millions d’années-lumière de notre soleil.

e) Le monde est essentiellement cohérent, aucune loi ne peut contredire une autre loi. Elle peut juste limiter ou contrecarrer l’action d’une autre loi _ comme une force magnétique empêchant une bille d’acier de tomber sous l’effet de la gravitation [33].

f) La science admet l’existence d’une réalité ultime et certaine.

g) La démarche scientifique est aussi fondée sur la conviction de la confiance que le monde observé n’est pas essentiellement trompeur (que le monde n’est juste un monde d’illusion telle la « caverne de Platon » qui pourrait disparaître du jour au lendemain d’un baguette magique) et que des vérités intangibles, voire immuables, existent dans l’univers (telles les lois de Maxwell, celle de la relativité générale, celle de la physique quantique etc. …). Bon nombre de chercheurs en physique fondamentales continuent à espérer trouver la théorie unitaire en physique fondamentale qui seraient à l’origine de toutes les autres lois en physique fondamentale.

 


Malgré tout, beaucoup de gens manquent encore de confiance en la science et, pour certains, il y a des phénomènes paranormaux que la science ne pourrait jamais expliquer, comme le suggèrent les sondages établis par J. Sutter [34]. En particulier, l’enquête CSA de 1994 [35] (voir tableaux ci-dessous), montre que, dans tous les camps (croyants, athées…), une majorité considère « qu’il y a des réalités que la science ne parviendra jamais à expliquer » :

Sujets

tout à fait d’accord

pas du tout d’accord

Plus les connaissances scientifiques progressent, plus il est difficile de croire en Dieu

23

27

Croire en Dieu n’est plus nécessaire à notre époque

19

37

La science et la technique contribuent au progrès de l’humanité

45

5

Il y a des réalités que la science ne parviendra jamais à expliquer

57

4

 

Sondage sur « les réalités » que la science ne parviendrait jamais à expliquer[36] :

Tableau 2

Il y a des réalités que la science ne parviendra jamais à expliquer

La science et la technique contribuent au progrès de l’humanité

Tout à fait d’accord

Plutôt d’accord

Plutôt pas d’accord

Pas du tout d’accord

Sans réponse

Tout à fait d’accord

51

34

6

6

3

Plutôt d’accord

35

52

9

2

3

Plutôt pas d’accord

41

44

13

3

Pas du tout d’accord

68

15

5

12

Sans réponse

46

39

7

5

3

 

Cette conviction majoritaire des français n’est pas celle des scientifiques [ils ne la partagent pas].

 

h) Les lois physiques de l’univers suivent des lois mathématiques :

De nombreuses observations ont apporté la conviction que les lois de l’univers suivent essentiellement des lois mathématiques. On ne fait qu’observer ce constat. Mais on ne peut donner d’explication au fait que le monde physique suit des lois mathématiques (loi de Schrödinger, de Maxwell, lois décrites par les tenseurs de courbures dans la relativité générale d’Einstein …).

i) Toutes les lois de l’univers peuvent être ramenées à une succession de lois « simples » [37]. Cette conviction des scientifiques de pouvoir toujours ramener l’univers à une série limitée de lois simples a toujours été, jusqu’à présent, vérifiée. Dans la pratique, on sait que ramener toutes les lois de l’univers à une succession de lois simples facilitent leurs vérifications. Ces vérifications sont plus faciles à réaliser. L’affirmation de l’existence de lois simples à la base de toutes les autres lois ne veut pas dire que l’univers, dans sa globalité, ne soit pas extrêmement complexe. La science ne fournit que des modèles et théories de la réalité. Elle n’a jamais affirmé que ces modèles sont « la vérité absolue ultime » ou qu’elle détient la Vérité avec un grand V. La science admet juste que les modèles découverts et lois simples déduites ne sont que l’approximation d’une réalité non encore connue (dans sa totalité).

Pour les scientifiques, il n’y a pas de voie magique ou royale à la connaissance. Cette dernière ne peut être obtenue qu’à partir de nombreux efforts d’investigation et par de nombreuses expérimentations.

Des nouvelles « certitudes scientifiques » doivent être justifiées par des investigations qui apportent des justificatifs pour valider une nouvelle théorie scientifique [38].


 

Un des principes les plus intuitifs de la démarche scientifique est connu sous le nom de « rasoir d’Ockham » ou « principe d’économie »[39].

Guillaume d’Ockham (vers 1280-vers1348), philosophe et théologien, fut excommunié pour ses doctrines tentant de démontrer que les fondements de la science devaient être tirés de l’expérience et que l’explication la plus simple devait toujours être préférée pour expliquer le monde et ses mécanismes.

Ce principe ou ce critère est souvent utilisé pour trancher entre toutes les théories utilisées pour expliquer le monde Si l’on ne peut trouver d’explications connues, après les avoir toutes épuisées, on part du principe que tout phénomène nouveau et inconnu peut être ramené à une succession d’explications simples à rechercher et à trouver. Selon J. C. Pecker, d’après le principe du rasoir d’Ockham, « il faut éliminer ce qui n’est pas strictement nécessaire à la compréhension d’un raisonnement. Ce principe donne une vision très simple qui se justifie dans de nombreux cas. Mais ce principe a l’inconvénient de brider l’imagination, et on ne peut l’appliquer à des systèmes complexes comme celui du système solaire où beaucoup de paramètres interviennent. C’est un garde-fou pour éviter toutes les dérives et certains délires ».

Les nouvelles théories doivent être vérifiées de façon rigoureuse. Pour un scientifique, ce serait une immense erreur de croire, comme certains philosophes grecs, que la puissance du raisonnement peut éviter a priori tout recours à l’expérience.

Les scientifiques préfèrent utiliser la raison pour connaître et comprendre la réalité plutôt que de faire appel à d’autres démarches, qu’elle soit mystique ou métaphysique. Ils partent du principe que l’univers reste intelligible à la raison humaine. Ils mettent en avant le doute systématique, qui est un des fondements de la démarche scientifique. Ce doute s’est révélé être un puissant moteur de la découverte scientifique.

La science admet que toute vérité doit être vérifiée et peut être remise en cause chaque fois qu’un nouveau fait est apporté. Elle prône le libre examen de toute théorie, à condition que ce libre examen ne soit pas gratuit et puisse apporter de nouveaux éléments.

 

Étapes de la démarche scientifique

Elle procède par étapes, selon le cycle :

a)      observation de nouveaux faits,

b)      élaboration d’une nouvelle théorie intégrant ces nouveaux faits (s’ils sont réellement nouveaux et inconnus),

c)      vérification de cette nouvelle théorie par de nouvelles observations. Si cette théorie prévoit de nouveaux résultats expérimentaux. Vérification expérimentale que ces résultats prévus existent bien etc. …  Toute nouvelle théorie doit être vérifiée minutieusement, jusque dans ses moindres aspects et détails.

d)      et ainsi de suite.

 

Principes de la méthodologie scientifique

Pour valider une information ou une donnée nouvelle, un phénomène nouveau, inhabituel, il faut éventuellement effectuer un regroupement logique des informations ainsi que les interprétations de chacun des intervenants (témoins, expérimentateurs, observateurs). Il faut vérifier qu’aucune information extérieure ou tendancieuse ne soit intervenue pour perturber leur jugement.

Pour éviter toute désinformation et dans le doute, à propos de l’authenticité d’une information, surtout si celle-ci est extraordinaire, il faut regrouper les informations en notre possession et rechercher et les recouper avec d’autres sources ou surtout dans le cas de nouveaux résultats d’expériences, les soumettre à des contre-expériences. Cette rigueur peut permettre d’éliminer les contre-vérités et les impostures.

Un principe clé de la méthodologie scientifique est que personne ne peut déclarer exacte une allégation s’il ne peut la justifier par des preuves expérimentales ou des arguments théoriques. On n’a pas réponse à tout et des tests empiriques peuvent éviter bien des erreurs. Il faut être méfiant envers des informations tronquées, incomplète, car elles peuvent nous conduire à des interprétations erronées et à affirmer de complètes inepties. Toute information incomplète doit être complétée ou rejetée.

Notre propre intuition peut nous persuader de la justesse d’une hypothèse en toute bonne foi, si l’on aura mal appliqué une relation ou négligé un phénomène. C’est pourquoi la démarche de vérifier à plusieurs sources indépendantes, de procéder à des contre-expérimentations, à de multiples vérifications répétées du fait ou phénomène, en modifiant, éventuellement, les conditions expérimentales, quand c’est possible, sont nécessaires. Rien ne doit être négligé, pour éviter à tout prix le risque de commettre l’erreur même la plus minime. Ce type de démarche doit être aussi appliquée aussi pour la vérification d’un fait observé. On ne peut jamais se contenter de la bonne foi d’une personne, tout aussi respectable est-elle. Aucun domaine de la science peut se passer ou être exempte de cette démarche très exigeante (ou être « au-dessus » ou hors de l’expérimentation scientifique).

Dans tous les cas, toute hypothèse nouvelle devra être confirmée par d’autres personnes. L’intuition conduit généralement vers la bonne voie, mais le mieux est de la vérifier et la faire vérifier par d’autres personnes, avant toute conclusion hâtive.

Sinon, en sciences humaines et économiques, mais aussi en physique relativiste, l’observation peut modifier l’expérimentation et perturber la mesure. Selon J. S. Bell[40], « le problème de la mesure et de l’observation est de savoir où la mesure commence et où elle finit, car l’observateur peut modifier l’expérience ou le comportement de l’expérimenté En physique nucléaire, le principe d’Heisenberg stipule qu’un ne peut connaître précisément en même temps, la position et la vitesse d’une particule élémentaire. ». Selon Heisenberg, on n’étudie pas la nature, mais le savoir sur la nature [notre représentation de celle-ci].

De même, chez certaines personnes, la lecture d’un horoscope peut les conduire à adopter une attitude conduisant, facilitant la réalisation (on peut même dire « l’autoréalisation ») de la prophétie en laquelle elles croient dès son énoncé. L’homme moderne est encore très superstitieux (d’après certains sondages, 71 % des Français croient à la transmission de pensée et 60 % à l’astrologie), et il y a lieu de penser que ces croyances religieuses ou mystiques peuvent fausser son interprétation de la relation de cause à effet pour certains phénomènes : on adapte, on déforme les phénomènes dans le sens de nos croyances. « On ne croit qu’à ce que l’on veut bien croire » et on a tendance à rejeter ce qui ne rentre pas dans notre système de croyance (voir « l’effet Barnum », exposé plus loin). Si en priant on attend très fort un miracle et que l’on croit voir dans le ciel un nuage en forme de croix, par exemple, on l’interprétera ce nuage comme un « signe » ou le signe attendu, tandis qu’un observateur extérieur n’y verra qu’un simple nuage. L’attente « fébrile » d’un « phénomène » peut déformer notre perception de ce « phénomène ».

Certains sondages d’opinions peuvent répondre à un « phénomène d’attente » ou être « orientés ! ».

Les résultats de sondages sont en général donc à considérer avec une grande prudence, car ils sont souvent exécutés par des entités et des sociétés à buts très lucratifs. Quand un sondage lui est défavorable, le demandeur refuse, le plus souvent, sa publication. De plus, souvent, sur un résultat de sondage, si on indique bien les fourchettes, on ne précise pratiquement jamais que cette fourchette est connue avec un taux de confiance[41] souvent inférieur à un certain taux (par exemple à 68 %), encore appelé écart-type[42]… Cela signifie, tout simplement, que ce sondage est réalisé avec plus ou moins d’erreurs. Ils peuvent être très loin de satisfaire à toutes les conditions d’objectivité scientifiques.

Pour les prévisions météorologiques, depuis quelques années, en France, on indique une échelle des taux de confiance sur 5. Par exemple, si une prévision est donnée à 4 sur 5, le taux de confiance est de 80 %.

Pour conclure, nous énoncerons les remarques de Bachelard de son ouvrage L’Épistémologie[43] : « En effet, l’unité de l’expérience apparaît à un double point de vue :

1 - Pour les empiristes, l’expérience est uniforme dans son essence parce que tout vient de la sensation.

2 - Pour les idéalistes, l’expérience est uniforme parce qu’elle imperméable à la raison. « Nous demanderons aux philosophes de rompre avec l’ambition de trouver un seul point de vue et un point de vue fixe pour juger l’ensemble d’une science aussi vaste que la physique » « Ainsi les faits s’enchaînent d’autant plus solidement qu’ils sont impliqués dans un réseau de raisons […] C’est par l’enchaînement, conçu rationnellement, que les faits hétéroclites reçoivent leur statut de faits scientifiques. Par exemple, dire : " Que la terre tourne, c’est donc là une idée avant d’être un fait." . CITATION A vérif, - guillemets à vérifier

 

 

Nous allons décrire maintenant les différents errements pouvant affecter les cerveaux les plus sensés, par manque de formation scientifique et critique.

Syndrome d’une théorie localisée non universelle

Une théorie ou un fait peuvent être vrais à un endroit donné et faux à un autre : par exemple, le sens naturel de l’écoulement tourbillonnaire de l’eau vers la bonde d’un lavabo est inversé dans l’hémisphère Sud.

Tout dépend aussi des conditions initiales, et la science progresse, justement, en précisant, chaque fois, encore plus, ces conditions.

Signalons, sous forme de boutade, que si la théorie des arts divinatoires chinois d’inspiration taoïste – le feng shui –, qui recommande de dormir la tête orientée vers le Nord – en supposant que cette théorie soit juste –, sembleraient alors ne plus fonctionner pour les habitants de l’hémisphère Sud, où les champs magnétiques, ou, plus exactement, les « courants telluriques » supposés, sont inversés par rapport à ceux de l’hémisphère Nord. En fait, l’affirmation que le sommeil serait amélioré si l’on dort la tête orientée vers le nord, n’a pas été vérifiée (ou uniquement « vérifiée » par ceux qui y croient).

 

Nous allons maintenant aborder « l’analyse zététique », un ensemble d’autres précautions pour éviter de commettre nombre d’erreurs scientifiques.

 

Avant de conclure ce chapitre, nous aborderons deux sujets, que certains de nos lecteurs pourront ignorer :

- le théorème de Gödel,

- la notion de chaos.

 

Le théorème de Gödel

Le théorème de Gödel explique pourquoi la science ne peut plus faire de prédictions sur l’évolution d’un phénomène (tel que la météorologie, par exemple), dès que le nombre de paramètres intervenant dans ce phénomène devient trop élevé. Les phénomènes semblent purement aléatoires et chaotiques, alors qu’ils restent déterministes. Mais cet aspect chaotique n’est qu’apparent (voir définitions de « chaos vrai » et de « faux chaos » ou « chaos déterministe » ci-après). Cette difficulté de prédiction de la science donne à certains l’impression que la science est impuissante devant certains phénomènes, qu’eux-mêmes expliquent alors d’une façon surnaturelle.

Le théorème de Gödel a toujours divisé les mathématiciens et les philosophes sur la difficulté de prendre en considération un grand nombre d’axiomes pour justifier des certitudes. C’est-à-dire que, même avec un grand nombre d’évidences, on nobtient jamais une certitude absolue.[44]

J.-P. Changeux et A. Connes[45], à propos du théorème de Gödel, disent « qu’avec un nombre fini d’axiomes on ne peut avoir une réponse à tout. Mais si une question n’est pas décidable, à condition de l’avoir démontrée, on ne peut lui attribuer une réponse et continuer à raisonner »[46].

L’axiome, proposition évidente admise sans démonstration, a pris, en mathématiques, un sens diffèrent :

·                            les systèmes axiomatiques sont dits « autoconsistants », pour lesquels on n’affirme pas que l’un est plus « évident » ou plus « vrai » que l’autre.

·                            Selon Hofstader, Gödel, Eicher et Bach, seuls les axiomes de la logique formelle ont vraiment un caractère d’évidence (Dictionnaire rationaliste).

 

Jean Bricmont donne une définition plus générale dans une réponse à Régis Debray : « Deux questions se posent : l’une est de savoir si toutes les propositions vraies peuvent être démontrées de cette façon “mécanique” ; l’autre, si le système d’axiome est lui-même sûr. Limitons-nous à la première question, même si Gödel aborde les deux. Il y donne une réponse négative – il existe des propositions arithmétiques vraies qui ne sont pas déductibles à partir d’un système d’axiomes donné, quel que soit ce système. Est-ce tellement surprenant ? À première vue peut-être, mais, à la réflexion, je n’en suis pas si sûr. Après tout, l’arithmétique comprend une infinité de propositions portant chacune sur une infinité de nombres ; pourquoi ces infinités devraient-elles se laisser engendrer mécaniquement à partir d’un nombre infini d’axiomes ? Je ne vois aucune raison de le penser, a priori, c’est-à-dire même sans connaître le théorème de Gödel.

Ce qui ne veut pas dire que la démonstration de Gödel n’est pas impressionnante. Mais son résultat est-il gênant ? À nouveau, j’en doute. Ce qui gêne principalement l’immense majorité des mathématiciens, c’est qu’il existe un grand nombre de propositions intéressantes, et en principe déductibles des axiomes, mais que l’on n’arrive pas à démontrer parce que leur démonstration est trop compliquée. Et cette limitation-là n’a rien à voir avec Gödel ; mais plutôt parce qu’il n’est pas assez malin. N’oubliez pas non plus que Gödel montre que certaines propositions “indécidables” sont vraies. Le formalisme ne permet pas de les démontrer, mais nous pouvons néanmoins voir qu’elles sont vraies. C’est une remarque élémentaire, mais qui est souvent oubliée par les philosophes qui aiment utiliser le théorème de Gödel pour disserter sur les limites de la connaissance. Vu ainsi, le théorème de Gödel élargit plutôt nos connaissances que le contraire. »[47]

La notion de chaos

Il faut distinguer :

=> Le vrai chaos : se dit d’un ensemble de phénomènes dont il est impossible de définir la propriété macroscopique ou microscopique. On peut juste donner une vue d’ensemble de celui ci. Nous citerons l’exemple d’une molécule d’eau dans une cascade. On peut définir l’ensemble du mouvement des molécules d’eau dans la cascade, mais il est impossible de définir le mouvement d’une molécule individuelle (le mouvement de cette dernière est géré par les règles de la mécanique quantique). Le vrai chaos est strictement indéterministe, aléatoire, et ne pourra jamais être prédictible.

=> le faux chaos : c’est un chaos apparent, mais fondé sur des règles déterministes. C’est un phénomène dont la (trop) grande quantité de variables empêche la « prédictibilité » (voir « Le théorème de Gödel » ci-dessus). C’est le cas des prévisions météorologiques où l’imprécision augmente rapidement avec le nombre de jours.

=> Le chaos déterministe : on ne peut rien prévoir, en raison d’un enchaînement causal ayant un grand nombre de solutions.

 

 


CHAPITRE II

Désinformation et information

« La désinformation est apparue à l’origine des civilisations par la naissance des mythes liés à des croyances religieuses. » Jacques Lacarrière [48].

La dimension d’un mythe

Les premières informations et manipulations ont été en effet créées par les mythes.

Étymologiquement, un mythe est d’origine religieuse. Il relate des faits anciens supposés, eux-mêmes le plus souvent relatifs aux croyances d’une population à propos de ses origines ou de celles de l’ensemble de l’humanité (mythe de Gilgamesh chez les Sumériens, mythologie grecque antique, La Genèse dans la Bible, par exemple).

Pour J. Lacarrière[49], « un mythe, diront les savants, est un récit sacré sur l’homme et sur le monde, faisant appel aux dieux ou aux forces cosmiques. C’est ainsi, en effet, qu’il fut perçu, conçu depuis les temps les plus anciens. Mais comme ces dieux ou ces forces cosmiques étaient des inventions humaines, on peut dire que le mythe est un récit entièrement œuvré pour l’homme sur tout ce qu’il ignore par la force des choses, à savoir ce qui s’est passé avant lui et ce qui se passera après lui sur la terre et le reste du monde ».

Les êtres humains, lors de périodes troubles, ont tendance à s’orienter vers le merveilleux (le miracle de Fatima en 1917…) ou vers ce qui peut paraître supérieur (les extraterrestres). Telle est en tout cas la thèse défendue par le psychologue Karl Gustav Jung dans son ouvrage Un mythe moderne.[50]

La désaffection pour les religions classiques, la confiance en la science, perçue par certains comme une croyance, l’arrivée de la science-fiction, ont pu contribuer à créer le mythe. Comme nous l’avons déjà dit plus haut, un mythe peut s’autoalimenter : le mythe renforce le mythe.

Origine d’une information : vérité ou fausseté

Une information peut être considérée comme juste si elle a été comparée à plusieurs sources distinctes dans le cas où les informations proviennent d’une même source.

Considérons le schéma ci-dessous.. Dans le cas C, les informations proviennent de sources différentes.

Dans le cas A, l’ensemble des données donne une réponse approximativement juste et sera d’autant plus grande qu’il y aura divergence entre les informations.

Dans le cas B, les informations proviennent d’une même source erronée.

Cas A : information juste provenant de sources justes

Cas B : information erronée provenant de sources de même origine

Cas C : information statistiquement juste

 

Du fait de l’importance actuelle des médias, les informations sont rapidement amplifiées, voire déformées, et leur diffusion est très rapide.

Ainsi, à Bandah Aceh, sur l’île de Sumatra, lors du tsunami de 2004, les membres actifs du Parti de la justice et de la prospérité (parti islamiste), lors de la distribution répartition des dons, ont expliqué aux victimes que cette catastrophe en Indonésie était liée à la colère de Dieu, en raison de la dégradation et de la corruption des mœurs passées des victimes. Ce genre de propos permet à ces ONG, (le Parti de la justice… n’est pas une ONG) de plus en plus puissantes dans les pays du Sud, de profiter des catastrophes pour renforcer leur emprise idéologique sur les populations. Cela est d’autant plus facile que ces dernières sont fragilisées par la catastrophe et n’ont pas les connaissances scientifiques pour comprendre qu’il n’y pas de rapport de cause à effet entre la soudaine rupture entre deux plaques tectoniques et le tsunami. que, s’il y a bien un rapport de cause à effet entre la soudaine rupture entre deux plaques tectoniques et le tsunami, leurs mœurs, elles, n’ont eu aucune influence sur ce phénomène naturel.

Une information doit sa force à l’importance et à la confiance toute contemporaine que chaque individu place dans les médias.

Tests à effectuer pour vérifier toute information

 

Le syndrome du nombre d’informations

La quantité d’informations n’est pas signe de qualité et certaines données douteuses doivent alors être prises avec précaution, voire tout simplement rejetées (ce n’est parce que l’on reçoit un grand nombre de rapports sur un supposé complot du gouvernement américain sur les ovni que ce complot est réel. Ce n’est pas parce qu’un grand nombre de personnes admet une hypothèse ou une croyance que cette hypothèse ou cette croyance existe et/ou est vraie.

Des millions de Grecs, d’Égyptiens, de Babyloniens ont cru, il y a 2 500 à 2 000 ans, à des religions, à des conceptions du monde belles, cohérentes et « achevées », alors que l’on sait maintenant que ces visions du cosmos étaient fausses.

Ce n’est pas parce que tout le « l’opinion publique » « hurle avec les loups » que la majorité a raison. De même, de nos jours, en Inde, plusieurs centaines de millions d’hindouistes se croient réincarnés, alors que rien ne justifie scientifiquement l’existence de la métempsycose (voir chapitre XIII).

Le bon choix de l’échantillonnage des informations et des données est très important et permet d’avoir une bonne synthèse de celles-ci.

Il faut vérifier que les origines des sources d’informations sont différentes et complémentaires et qu’on ne reprend pas toujours les mêmes données avec des présentations différentes.

Il faut une quantité suffisante de valeurs pour effectuer un calcul statistique. Par exemple, si, dans un groupe, il y a 10 personnes, dont 2 femmes, et qu’une femme se marie avec un homme du groupe, il serait absurde et abusif de conclure que 50 % des femmes se sont unies avec 10 % des hommes du groupe (voir notion « d’écart-type » ci-dessus).

De même, si on choisit un pays où 50 % de la population masculine mesure 1,60 m de hauteur moyenne et l’autre moitié 1,80 m, il serait abusif de dire que la population masculine mesure en moyenne 1,70 m. Cela paraît juste en première observation, si on ne tient pas compte qu’ici on a deux ethnies différentes. De plus, la stature des gens dans le monde, en particulier en France, augmente actuellement. Et donc, cette statistique n’est valable qu’à un instant et en lieu donnés, dans certaines conditions à préciser.

Si on dit que l’espérance de vie moyenne au Pérou est en l’an 2000 de 65 ans, il faut préciser alors qu’elle est différente entre les habitants de la côte pacifique et ceux de l’Altiplano.

Dans une population donnée (cela peut être les salariés d’une entreprise, des haricots dans un sac…), si on classe les individus selon une caractéristique (leur taille, leur poids, leur QI, leur niveau de compétence…), on s’aperçoit que, plus on s’approche de la moyenne sur le critère considéré, plus il y a d’individus. Plus on s’en éloigne, moins il y en a. Aux deux extrémités, il n’y a presque personne. La représentation graphique de cette réalité s’appelle une courbe de Gauss et prend la forme d’une cloche. Lorsqu’un phénomène est représenté par deux « courbes gaussiennes »[51] distinctes, deux analyses statistiques sont à alors distinguer et à réaliser. Il sera anormal, illogique et peu rigoureux de ne pas en tenir compte.

Une donnée importante est le degré de dispersion d’un ensemble de données. On la calcule sous la forme de l’écart au carré moyen de chaque nombre par rapport à la moyenne d’un ensemble de données. Pour les nombres 1, 2 et 3, par exemple, la moyenne est 2 et la variance, 0,667. [(1 – 2)2 + (2 – 2)2 + (3 – 2)2] ÷ 3 = 0,667)

Exemples de courbe gaussienne.

Toutes les considérations précédentes montrent qu’il faut être prudent.

Une analyse globale ou statistique se veut souvent concluante. Mais il faut toujours accorder toute son importance à l’exactitude d’un résultat et se montrer prudent dans son interprétation ; il faut aussi préciser le taux de confiance qu’on accorde à cette mesure ou à cette statistique.

Test du syndrome du persécuté, dit de Galilée, selon Laurent Puech[52]

Certains « découvreurs », comme Messieurs Benveniste ou Priore, se sont considérés, comme Galilée[53], victimes de critiques injustifiées, car, tout comme Galilée ils croyaient avoir fait une grande découverte que le reste de l’humanité ou de la communauté scientifique ne voulait pas admettre et rejetait. C’est le syndrome de la victime injustement persécutée.

Ces personnes se sentent d’autant plus persécutées qu’elles étaient persuadées de devenir célèbres et que, en général, la réfutation de leur doctrine a été brutale.

Il est évident que toute nouvelle théorie doit être validée, et que cela n’est possible que si les différentes hypothèses sont cohérentes et vérifiées. Il ne peut y avoir d’exception ou de passe-droit à cette règle déontologique et scientifique.

Le type de logique et l’origine d’une information[54]

Nous allons analyser ici un certain nombre d’erreurs de raisonnement liées à nos connaissances ou à notre méconnaissance de certaines limites de nos raisonnements, telles que les limites du raisonnement inductif, etc.

La bonne foi de l’informateur

Un écrit n’est pas toujours une certitude, car l’erreur peut être humaine (en toute bonne foi, d’ailleurs), ou bien la source de l’information être malhonnête (alors que, en revanche, son diffuseur – celui qui répand l’information – ne l’est peut-être pas.

La bonne foi et l’honnêteté d’un informateur ne sont pas des arguments et sa compétence est également fondamentale.

Comme nous l’avons dit, beaucoup de gens pourtant honnêtes mais crédules croient certaines informations scientifiques ou économiques en raison de leur faible niveau de connaissances dans ces domaines.

 

Le problème des conditions initiales

Un fait peut être possible dans un contexte donné, mais pas dans un autre. Ce contexte peut être essentiel.

Une « possibilité naturelle » [un fait observé dans la nature] dépend des lois de la nature, tandis qu’une possibilité logique est un événement décrit par une phrase « non autocontradictoire », c’est-à-dire qui ne contient pas de contradiction en elle-même.

Par exemple : « Un étudiant est un homme doué de bon sens » est possible.

« Un étudiant n’est pas un mammifère » est impossible (impossibilité logique).

Il faut se méfier aussi du raisonnement par « inférences » (c’est-à-dire par généralisation à partir d’un cas particulier), raisonnement pouvant conduire à des généralisations outrancières.

Par exemple, tous les corbeaux que nous voyons en Europe sont noirs. On pourrait donc déduire que tous les corbeaux du monde entier sont noirs (or il en existe des noir et blanc en Afrique). Le pinson est en général gai et chanteur, mais pas toujours.

L’absence de preuve pour un fait, à un moment donné, n’est pas la preuve de l’inexistence de cette preuve. L’impossibilité de démontrer un phénomène n’est pas un argument d’inexistence, car certaines « bizarreries » peuvent être probables scientifiquement ou/et découvertes et expliquées ultérieurement.

C’est le cas de la foudre en boule[55], reproductible en laboratoire, pour lesquels il y a de nombreux témoignages et dont la stabilité observée durant quelques secondes dans la nature est encore difficilement explicable par les physiciens.

C’est aussi le cas de la vie extraterrestre, dont on n’a pu prouver jusqu’à maintenant l’existence, mais que les scientifiques, dans leur grande majorité, estime probable, en raison du grand nombre d’étoiles semblables au Soleil dans le cosmos et du fait que l’on retrouve partout, dans l’Univers, le cycle carbone-azote-hydrogène-oxygène… et la présence d’acides aminés.

Tant qu’un fait n’a pas été prouvé[56], il convient de rester prudent. L’analogie n’est pas une preuve, car un raisonnement intuitif peut être trompeur. Dans une tribu sud-africaine, on déposait une outre remplie de lait, suspendue à un arbre, à la pleine lune, parce que la tribu avait découvert qu’une vertu de guérison de lait semblait liée à l’exposition de ce lait aux rayons de la lune. En fait, la véritable explication du phénomène tenait dans l’humidification par le lait de l’enveloppement extérieur de l’outre, ce qui contribuait au développement d’une certaine moisissure aux vertus bactéricides. Ce n’est donc pas la pleine lune qui développait les vertus médicinales de la préparation.

Il existe aussi un autre type d’erreur de raisonnement semblable à celui par analogie, comme dans le cas de l’homéopathie. En effet, dans celle-ci, si un produit ingéré à haute dose provoque des coliques, on suppose que, à faible dose, en raison du postulat d’un hypothétique « principe de similitude », ce produit soignera les coliques. Ce raisonnement est proche du raisonnement magique. C’est en fait un « principe de similitude », non vérifié scientifiquement.

Il faut faire également attention à certains raisonnements par syllogisme (pouvant conduire à des conclusion abusives), tels « Les ennemis de mes ennemis sont amis » ou « les amis de mes amis sont mes amis » (ce qui peut être faux).

Sinon, dans le domaine scientifique, deux thèses contradictoires ne peuvent jamais coexister dans la pratique (par exemple le créationnisme, fondé sur la Genèse, et l’évolutionnisme), et aucune casuistique subtile ou diplomatie adroite et astucieuse ne peut les faire admettre comme possibles simultanément.

L’évidence des faits doit être vérifiée par plusieurs expériences répétitives et conformes entre elles. Les expériences négatives, c’est-à-dire s’écartant de l’ensemble des autres valeurs, doivent être notées et justifiées. Dans la presse spécialisée, on ne signale que les expériences scientifiques ou socio-économiques réussies, mais on devrait aussi signaler les échecs pour éviter que d’autres personnes ne fassent les mêmes erreurs. Il est à noter qu’une expérience en apparence négative peut infirmer des hypothèses hasardeuses, mais confirmer d’autres faits ou hypothèses.

On peut aussi « déformer », inconsciemment ou non, le déroulement d’une expérience, afin que ses résultats soient plausibles. Cela a été le cas de l’annonce prématurée de la fusion froide.

Il faut souligner que la capacité de bien poser un problème, justifié par différentes théories ou expériences connues, donne, le plus souvent, tous les éléments pour le résoudre.

Une allégation ou un phénomène extraordinaire doivent être validés par un grand nombre d’expériences dont les résultats doivent être conformes au taux d’erreurs statistiques habituel. Mais, surtout, ces constatations doivent être concordantes entre elles. Selon H. Broch, « plus un phénomène est extraordinaire, plus il demande à être vérifié par un plus grand nombre de preuves plus qu’ordinaires ». Comme nous l’avons déjà dit, une hypothèse scientifique, même utopiste, bizarre, suspecte, peut bien sûr être étudiée (le monde scientifique n’est pas obtus), mais, dans tous les cas, elle doit et se doit toujours d’être vérifiée par des tests expérimentaux ou par des calculs rigoureux (conditions incontournables et obligatoires de son irréfutabilité. Pas de passe-droit, ni pour la parapsychologie, ni pour « l’ufologie » [57], ni pour tout autre domaine de la connaissance scientifique…).

 


Principaux effets de l’analyse zététique selon Monsieur Henri Broch

 

Nous citerons les principaux résultats de l’analyse zététique dus à l’observation d’effets psychologiques, et qu’on peut retenir plus facilement par une méthodologie mnémotechnique inventée par Henri Broch [58],[59]).

 

Influence de la connotation

« Effet paillasson ou métonymique »

Procédé de langage par lequel on exprime un concept au moyen d’un terme désignant un autre concept qui lui est uni par une relation nécessaire. Cet effet consiste à désigner une chose ou un objet par un mot qui se rapporte à la chose. Les sectes, dans leurs techniques de manipulation, détournent souvent le sens des mots afin de faire perdre leurs repères à leur « victime ».

 

Le panneau sur lequel est écrit « Essuyez vos pieds » devant un paillasson. Dans ce cas, « pieds » désigne les semelles des chaussures, et non les pieds.

La marche sur le feu : « feu », ici, désigne les braises.

En 1997, un empoisonnement a eu lieu avec du cyanure de potassium (poison violent) introduit dans de la Josacine (médicament utilisé pour la prévention et le traitement de germes bactériens). Lors du procès, les médias ont parlé du « procès de la Josacine » au lieu du procès du cyanure de potassium [60].

Boire un verre, c’est boire le contenu du verre.

 

Effet impact

Connotation des mots utilisée, consciemment ou non, pour introduire une idée quelque peu différente de celle qu’ils prétendent représenter.

Ovni : appellation impropre d’« objet volant non identifié » ; on devrait dire PNI, « phénomène non identifié ». En effet, certaines observations ne font pas intervenir d’objet, comme le cas des nuages lenticulaires surplombant les reliefs.

Combustion humaine spontanée : on devrait dire « combustion lente des tissus adipeux chez l’homme après décès ». Ce phénomène très rare a été observé sur des cadavres lors de débuts d’incendie dans des appartements. Après asphyxie de la personne et avec une chaleur localisée, la graisse des tissus se consume lentement.

 

Effet « bof » ou principe d’indifférence

C’est donner la même probabilité à plusieurs phénomènes, par exemple dire que le PNB en Inde est de x euros, sans préciser que, suivant les états de l’Inde, les PNB sont très différents, et que, dans un même état, les revenus sont disparates.

Un autre exemple : si un cube d’arête de 2 cm a un volume de 8 cm3 et que celui d’un cube d’une arête de 3 cm est de 27 cm3, le raisonnement par effet bof serait de dire que pour un cube d’arête de 2,5 cm le volume serait de (8 + 27) / 2 = 17,5 cm3, alors que le résultat est 2,53, soit 15,6 cm3.

Il faut donc éviter de globaliser ou de simplifier des phénomènes très distincts[61].

Effets de confusion sur corrélation et causalité

La corrélation est la relation réciproque entre deux relations ou phénomènes, tandis que la causalité est le rapport de la cause et de l’effet qu’elle produit.

Effets de confusion entre corrélation et causalité, ou effet cigogne

C’est par exemple dire que la diminution du nombre de cigognes en Alsace est en rapport avec l’augmentation du nombre des Alsaciens. En fait, ce phénomène est lié à l’assèchement des marais. Quand à cet assèchement, il peut avoir plusieurs causes, et pas nécessairement celle de l’augmentation démographique de la population alsacienne, par exemple la mise en culture des terres d’anciens marais.

Effet d’un raisonnement à rebours, ou effet bipède

C’est un raisonnement à rebours, par exemple, quand on affirme que « l’homme, ce bipède, a été créé pour le pantalon ». On inverse le lien de cause à effet.

Ce raisonnement est bien sûr absurde. De même, si vous admettez que le monde a été créé il y a 6 000 ans, selon la Genèse, vous ne pouvez que réfuter la doctrine de l’évolution de Darwin.

Autre exemple, la densité d’un liquide dépend de sa température. L’inverse, c’est à dire qu’une température dépend de la densité du liquide est par contre faux.

La téléologie est l’exemple même du raisonnement à rebours, lorsqu’on cherche à justifier une hypothèse. La téléologie est une doctrine philosophique affirmant ou prônant l’idée d’une finalité (divine) dans toute chose (en général dans tout chose naturelle). Cette idée se retrouve chez Hegel (1770-1831). Pour Hegel, « les choses sont déterminées par leur aboutissement et non par leur origine ». Ces spéculations sont systématiquement métaphysiques, parce qu’elles sont étrangères à toute réalité observable et contraires à toute notre expérience scientifique, qui repose, elle, sur le déterminisme.[62]

 

Effets sur l’existence ou l’inexistence d’un phénomène

 

L’effet cerceaux ou le « raisonnement circulaire »

C’est un « cercle vicieux » intellectuel consistant, faute de preuves ou de preuves douteuses pour le récepteur d’une information, à admettre ou réprouver, comme présupposé à notre démonstration, ce qu’on entend prouver justement par notre « démonstration ». On part de la conclusion que l’on veut démontrer, pour parvenir à cette même conclusion ( !).
Par exemple, les créationnistes, en admettant a priori la Genèse, feront alors tout pour prouver que la Genèse est vraie (et surtout pas la théorie de l’évolution de Darwin, qu’on veut prouver à tout prix comme fausse).

Celui qui croit aux fantômes, dans une demeure, va tout faire pour prouver leur existence à cet endroit.

C’est l’exemple type du raisonnement de la personne convaincue ou endoctrinée, qui intervient souvent dans les phénomènes religieux.

 

Effet de non-spécificité réciproque

La non-affirmation de l’existence [ou de la non existence] d’un phénomène ne confirme pas nécessairement son existence. 

Par exemple, ce n’est pas parce qu’on manque de preuves pour justifier [ou infirmer] l’existence d’une vie extraterrestre qu’il faut admettre comme certains « ufologues » qu’une vie extraterrestre existe nécessairement.

 

Effet puits

C’est la profondeur artificielle et ambiguë d’un message. Plus un discours est prétendument profond, plus il est profond dans le sens du de la faiblesse de son contenu. Le plus souvent, il n’est pas exempt de pédantisme, d’obscurité et de complexité. Cela permet à beaucoup de personnes qui s’écoutent de se reconnaître et se croire géniales. Cet effet est souvent proche de celui de la langue de bois et de l’effet Barnum (voir chapitre II. Il y a de nombreux exemples, et en particulier dans les prédictions astrologiques, au discours très généralisé, flou et vague).

Exemple 1 : Prédictions du 22 septembre 1997 de Femme actuelle pour le signe astrologique du Poisson : « Travail : impression de ne plus très bien savoir où vous en êtes et par là même sentiment de frustration. Surtout ne pas se laisser déborder pour retrouver l’axe central, le travail, et plus encore sa place dans la société. »

Exemple 2 : Prédictions de l’astrologue Didier Derliche pour 2001 [63]. « Tout au long de cette année 2001, dont le rythme s’annonce rapide, les Astres vous poussent vers le changement. Vous analysez en profondeur les données de votre vie qui ne vous satisfont pas et vous n’attendez pas l’assurance pour passer à l’action. ».

Certains discours sont à la limite de l’escroquerie intellectuelle et de la mystification. Citons par exemple Jacques Lacan : « Dans cet espace de la jouissance, prendre quelque chose de borné, fermé, c’est un lieu, et en parler c’est une topologie. [...] De ce lieu de l’Autre, d’un sexe comme Autre, comme Autre absolu, que nous permet d’avancer le plus récent développement de la topologie ? J’avancerai ici le terme “compacité”. Rien de plus compact qu’une faille, s’il est bien clair que l’intersection de tout ce qui s’y ferme étant admise comme existante sur un nombre infini d’ensembles, il en résulte que l’intersection implique ce nombre infini. C’est la définition même de la compacité. » (Lacan, 1975).

Effet boule de neige ou effet téléphone arabe

Déformation d’un message par transmission de proche en proche, comme avec le jeu du téléphone. Dans ce jeu, une dizaine de participants sont en file indienne, et le premier de la file énonce une phrase à voix basse à son voisin. Celui-ci le transmettra avec ses erreurs probables à un autre proche. En fin de file, la dernière personne de la file dicte la phrase qu’elle a cru comprendre. Dans la plupart des cas, on s’aperçoit que cette phrase a peu de rapport avec celle d’origine. Plus l’information est complexe et longue et plus elle se déformera de proche en proche. Cet effet est très courant dans les médias et dans la propagation des rumeurs.

Effet petits ruisseaux

C’est à l’aide de petits oublis volontaires, que l’on peut élaborer des théories totalement fausses ou « orientées » (pour les « besoins de la cause »). C’est par exemple le cas dans les pseudo-expériences des dilutions homéopathiques, des données, comme le principe de la conservation de masse de Lavoisier et le nombre d’Avogadro sont (volontairement ?) oubliés [64].  

 

 

Nous distinguerons la désinformation et la « mal information ».

La désinformation consiste à faire passer le faux pour le vrai, ou le vrai pour le faux, tandis qu’une mal information est l’oubli volontaire d’une information parmi d’autres ; il y a aussi mal information lorsque les faits relatifs à l’information sont fortement atténués ou amplifiés. Dans tous les cas, il y a intention et volonté de déformer la vérité. On trouve un exemple de mal information, lorsque, abordant le régime nazi, le négationnisme occulte les négationnistes occultent volontairement la Shoah et les chambres à gaz.

Selon le Dictionnaire culturel des sciences[65], la désinformation se définirait comme suit : « Il s’agit donc d’un jeu sur la vérité des faits, dont l’objectif est de tromper un auditoire en vue d’obtenir des comportements qui lui sont défavorables, comme par exemple l’usage de la désinformation lors de conflits armés, où elle est considérée comme une véritable arme de guerre. Son utilisation s’étend partout où il y a conflit, même pacifique, notamment dans les situations de guerre économique et industrielle. Le champ des activités financières et boursières, très dépendant de l’information, est un lieu privilégié. Que l’entreprise de désinformation dans ce domaine aboutisse ou qu’elle échoue, les protagonistes ne lui assurent aucune publicité : les uns parce qu’ils ont utilisé un moyen que chacun s’accorde répréhensible, les autres parce qu’ils en sont les victimes peu fières. » citation à vérifier, il manque un mot : que chacun s’accorde à juger répréhensible ???

Les nouveaux moyens de communication, comme Internet, dans la mesure où ils permettent à l’information de circuler sans contrôle et sans médiation, représentent un nouveau support idéal de manipulation [66] [67].

Pour illustrer ce propos, nous présentons l’exemple suivant, relevant du cas B de notre schéma.

Le moteur de recherche Google présente cinq sites Web consacrés à la relique appelée saint suaire de Turin. Or ces sites se fournissent tous à la même source, celle de l’abbé Philippe Dalleur et du professeur Jérôme Lejeune. Dans ces sites, les travaux sérieux sur les datations au carbone 14 du saint suaire du savant américain Mac Grone ne sont jamais cités. On peut alors se demander si cet oubli est intentionnel ou non. Sur ce même site, les références considérations ou remarques sceptiques exposant les à partir des travaux d’Henri Broch et de Paul-Éric Blanrue[68], exposant l’histoire de l’évolution des positions successives de l’Église catholique sur la relique, ne sont pas citées (ces deux auteurs reprennent d’ailleurs les travaux de Mac Grone pour illustrer leur démonstration). Pour avoir les informations d’Henri Broch sur ledit saint suaire, il faut cliquer sur « Broch suaire de Turin », ce que peu de gens savent.

En conclusion, si l’on veut tirer et après avoir tiré un enseignement sur de ce cas non unique, on peut affirmer que pour éviter toute désinformation, surtout quand on a un doute sur l’authenticité d’une information, mieux vaut mieux rechercher le maximum de sources diversifiées et les comparer.

 

Désinformation et mal information

Comme nous l’avons vu au chapitre I, il s’agit d’un procédé sur la vérité de faits dont l’objectif est de tromper un auditoire en vue d’obtenir de lui des comportements et des agissements qui se révéleront favorables pour lui soi.

La désinformation est aujourd’hui un outil de propagande pour légitimer certaines décisions gouvernementales. Par exemple, en 2003 et 2004, le gouvernement du président Bush a justifié une intervention armée en Irak par l’élimination l’existence de prétendus stocks d’armes de destruction massive. Mais ces armes n’ont jamais été retrouvées. Plus tard, le gouvernement américain a expliqué cette mauvaise information en évoquant des erreurs dans les renseignements recueillis par les agences de renseignement américaines. La désinformation et la mal information en politique sont très courantes. Nous citerons les deux principaux cas suivants de désinformation.

L’exemple de l’opération « Mincemeat »

Cette opération a été conçue par les Alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale dans le but de faire croire aux Allemands à un débarquement en Grèce et en Sardaigne. L’opération a consisté à envoyer de multiples messages faussement secrets pour donner le maximum de crédibilité à cette désinformation.

La mal information de Timisoara[69]

La mal information de Timisoara est une des plus connues ; elle a consisté à fortement amplifier une information à des fins politiques.

Timisoara est une ville multiculturelle de 330 000 habitants, située à l’est de la Roumanie, comportant une forte proportion de protestants allemands et hongrois.

Sous le régime communiste de Ceausescu, Timisoara était le plus important fief de l’opposition en Roumanie. En décembre 1989, la Securate (police politique et secrète) enleva et déporta le pasteur méthodiste hongrois Lazlo Tokes. Cet événement déchaîna la colère des habitants de Timisoara, des manifestations violentes éclatèrent entre les opposants au régime et l’armée. Certains militaires tirèrent sur le peuple, d’autres refusèrent. Les rumeurs parlèrent alors de plusieurs dizaines de milliers de morts découverts dans des charniers. En réalité, on le saura quelques mois plus tard, le nombre de morts sera inférieur à vingt, mais cette mal information de la presse occidentale permit de donner le coup de grâce au régime de Ceausescu, qui s’effondra à la fin de décembre  1989.

Études des « média-mensonges » et des « métarécits »

Déformation de l’historicité de personnages réels par une œuvre littéraire ou par un « métarécit ».

Un personnage historique peut servir de trame pour créer un héros plus romanesque que le personnage réel ne l’était. La difficulté est d’expliquer qu’un roman est une fiction, et qu’il faut le considérer comme tel.

Prenons le cas de d’Artagnan. On sait peu de choses sur lui, mais, en revanche, on peut imaginer, comme Alexandre Dumas, de nombreuses péripéties pour écrire un bon millier de pages sur ce personnage. Si la vie de d’Artagnan avait été réellement semblable à celle contée dans Les Trois Mousquetaires, il lui aurait fallu plusieurs dizaines de vies.

Dans la littérature, il existe un très grand nombre d’ouvrages dont l’historicité est très partielle. Un autre cas mal connu est celui du personnage de Cyrano de Bergerac décrit par Edmond Rostand. Dans son ouvrage, Cyrano est dépeint avec brio comme un poète batailleur recherchant l’amour platonique auprès de Roxane. En réalité, Savignien Cyrano de Bergerac était né à Paris, donc point gascon, et propriétaire par ses parents d’un domaine à Bergerac, dans la vallée de Chevreuse. Son nez n’était en rien anormal, mais il avait une légère balafre sur la joue. Savinien Cyrano de Bergerac doit être considéré comme un poète non négligeable dont les œuvres complètes ont été publiées dans la collection La Pléiade. Utopiste et pamphlétaire, il a été maudit de son vivant par ses contemporains, car il était homosexuel et athée. La bûche qu’il a reçue sur le crâne était sans doute en relation avec sa lettre contre les sorciers et l’affaire des possédées de Loudun[70].

Ce qui est curieux, c’est qu’en 1997, en choisissant le nom de Cyrano de Bergerac pour la promo 1997 de l’ENA, nos énarques ne connaissaient pas l’écrivain Savinien Cyrano de Bergerac, mais bien le personnage de Rostand.

Au point de vue politique, les « média-mensonges » sont nombreux, et on peut citer par exemple celui du faux des Protocoles des sages de Sion, utilisé par les nazis et les antisémites pour justifier leur antisémitisme [71].

Un autre exemple est celui de Guillaume Tell. Ce héros légendaire suisse du xive siècle est un mythe, dont la légende aurait été transplantée en Suisse par des émigrants islandais au xve siècle. La légende de la pomme posée sur la tête du fils de Guillaume Tell a été amplifiée par le drame de Schiller et l’opéra de Rossini. 

Ces exemples montrent qu’une œuvre littéraire peut être fortement éloignée de l’historicité, mais que beaucoup de gens la prendront à la longue pour réelle.

D’autre part, les légendes sont presque toujours le reflet, déformé, il est vrai, d’une vérité sous-jacente ou d’un fait réel (par exemple l’existence de la ville de Troie dans L’Iliade, confirmée par l’archéologie ensuite).

Propagation de rumeurs à partir d’une information mensongère ou tronquée

Une rumeur est souvent véhiculée à partir d’une information tendancieuse, ambiguë, ou à partir de données très anciennes (comme des légendes).

On distingue la « légende vivante », ou rumeur [72], de la « légende morte », ou conte.

Dans les rumeurs, il y a souvent une croyance avec une historicité partielle et une interaction permanente entre le savant (médias et romans) et le populaire[73].

L’origine d’une rumeur est souvent très mal définie, car toute information répétée sans contrôle est inexorablement destinée à perdre très vite la richesse de ses détails pour ne plus retenir que quelques motifs.

Il faut se rappeler le jeu Jacques a dit du « téléphone arabe » de notre enfance, où chaque participant donnait une information qui est répétée de proche en proche. En fin de parcours, on s’apercevait que l’information finale avait peu de rapport avec celle d’origine. Déjà dit chap. 1 et ce jeu-là ne s’appelle pas Jacques a dit

Il y a une analogie avec les photocopies de photocopie, où, à chaque nouvelle copie, il y a une perte de qualité.

Une rumeur d’origine populaire véhiculée par les médias peut être à la source d’un écrit ou d’un message audiovisuel qui a amplifié et déformé la rumeur originelle. Cette nouvelle rumeur peut engendrer de nouveaux écrits.

Il est très difficile de savoir où commence et où s’arrête le phénomène appelé rumeur. La plupart des rumeurs s’atténuent avec le temps, mais certaines sont tenaces et ne s’éteignent jamais complètement. Le souvenir d’une rumeur peut créer une nouvelle rumeur. Certaines peuvent réapparaître avec un évènement ou un écrit, comme par exemple à Loudun, où le souvenir de l’affaire des sœurs dites possédées de Loudun a certainement contribué à médiatiser l’affaire Marie Besnard, survenue dans la même ville [74].

En effet, certains faits étranges peuvent faire ressurgir des vielles légendes qui donneront naissance à de nouvelles rumeurs.

Selon Jean-Noël Kapferer[75], « la rumeur est partout, quelles que soient les sphères de notre vie sociale. Elle est aussi le plus ancien des mass medias. Avant que n’existe l’écriture, le bouche-à-oreille était le seul canal de communication dans les sociétés. La rumeur véhiculait les nouvelles, faisait et défaisait les réputations, précipitait les émeutes ou les guerres. L’avènement de la presse, puis de la radio, et enfin l’explosion de l’audiovisuel ne l’ont pourtant pas éteinte. Malgré les médias, le public continue à tirer une partie de son information du bouche-à-oreille ».

Le on-dit est un non-dit pour une rumeur, car ce qui caractérise le contenu d’une rumeur, c’est l’absence d’une source officielle. Il faut faire la distinction entre rumeur et fuite d’une information. La rumeur est une œuvre collective, la plupart des rumeurs annoncent un méfait, une catastrophe, un péril ; on parle aussi de rumeurs roses lorsqu’il s’agit de stars[76].

D’une façon générale, les symboles mystérieux, les situations confuses, les périodes de troubles fournissent un tremplin idéal aux rumeurs. L’ambiguïté et la bizarrerie d’un phénomène contribuent à nos questionnements, parfois à nos angoisses.

« Technopeurs »

Ce sont des rumeurs alarmistes dues à des mal informations sur des sujets techniques que la plupart des gens comprennent mal et qui sont véhiculées par des médias à sensation.

Des organismes privés ont affirmé après la catastrophe de Tchernobyl qu’il y avait une radioactivité très importante dans le Mercantour. Or, d’après les résultats d’expertises, cet excès de radioactivité était inférieur au taux permissif acceptable. Même si une personne avait consommé pendant un an des champignons dits radioactifs du Mercantour, elle serait restée au-dessous des seuils de contamination admissible.

En créant cette technopeur, on a omis de dire, par exemple, que nous vivons entourés constamment de radioactivité naturelle et humaine (par exemple, le potassium 40 que contient notre corps émet une radioactivité proche de 20 000 becquerels)[77]. Les technopeurs sont souvent dues, comme récemment pour les antennes relais, à une mal information de mouvements écologistes [78].

La rumeur d’Orléans

La rumeur est partie du fait qu’au cours d’un essayage une jeune femme, pour s’approprier le vêtement qu’elle convoitait, a quitté le magasin sans payer, en laissant dans la cabine son ancien vêtement.

Cette rumeur a été reportée par des lycéennes d’Orléans pour discréditer certains commerçants israélites [79]. Ces ragots ont été ensuite véhiculés par la presse à sensation. Dans cette affaire, il n’y eut aucune plainte officielle de familles (ce fait pouvant confirmer dans l’esprit de certains la culpabilité des victimes de la rumeur). Ces faits ont été étudiés par Edgar Morin en 1969.

Rumeurs du 15 décembre 2002

Beaucoup de rumeurs circulent sous diverses formes pendant plusieurs années. Quelques jours avant le 15 décembre 2002 – un dimanche d’ouverture pour la plupart des magasins et grands magasins en France –, la rumeur suivante a circulé par Internet, puis par voie orale, à quelques variantes près :

« Un homme ayant laissé tomber par mégarde un portefeuille a dit à la personne le lui ayant ramassé : “Je vous recommande de ne pas sortir chez vous le 15 décembre, il y aura des attentats.” »

Et un certain nombre de personnes ayant reçu cette « information » ne sont pas sorties le 15 décembre 2002…

Pascal Froissart[80], dans son livre publié en octobre 2002, soit deux mois avant la rumeur du 15 décembre 2002, relate : « Connaissez-vous cette histoire selon laquelle, peu après les évènements du 11 septembre 2001, une femme rapporte son portefeuille à un homme qui l’avait perdu et qui, en guise de remerciement, lui conseille de ne pas prendre le métro le lendemain, car, prédit-il, il y aurait de nouveaux attentats ? » Il en tire l’idée qu’« un postillon de salive ne peut décider de la mutation du virus de la grippe, tandis que n’importe lequel d’entre nous peut décider de modifier une histoire, voire d’en faire une parodie ».

Cette histoire a circulé par courrier électronique. Et bientôt, par le même canal, une parodie a fait le tour de la planète : l’histoire y est racontée de la même manière qu’auparavant (un sac oublié sur un siège de métro, une bonne âme qui le rapporte au propriétaire. En guise de remerciement, ce dernier la prévient d’un danger imminent).

Concernant une rumeur sur un attentat accompagnée d’un conseil incitant à ne pas se trouver le lendemain dans tel restaurant aux États-Unis, Pascal Froissart rappelle les propos d’une victime d’une telle rumeur : « J’étais horrifié. “Il va y avoir un attentat ? murmurai-je. – Non, monsieur, répondit-il en chuchotant. J’y suis allé hier soir – juste la cuisine qui était horrible, et la carte des desserts ridicule”. »

Chaînes de lettre

Les chaînes de lettres de Saint Antoine ou de saint Augustin, etc., étaient très courantes il y a une quarantaine d’années. Ces chaînes d’origine douteuse consistaient à envoyer un message en recopiant ou photocopiant une lettre du type de celle ci-dessous, à recopier, sous peine de sortilège dans le cas contraire. Dans ces lettres, il n’y avait aucune adresse. À l’origine, une deuxième information devait être transmise au début de la chaîne avec des coordonnées précises (dans un but d’éventuel embrigadement pour certaines). Par superstition, ce type de texte peut-être encore véhiculé par certaines personnes vingt ou trente ans après. La plupart du temps, le texte était mal rédigé, dactylographié et mal photocopié. Certains ont véhiculé ces lettres par canular, juste pour en voir les retombées. De nos jours les chaînes de lettres circulent sous forme électronique sous forme hoax (voir p. XX, les hoax).

Voici une de lettre de chaîne type : des années 1970 :


AVEC L’AMOUR TOUT EST POSSIBLE

« Cette lettre a été adressée pour te porter de la chance. L’original se trouve en Nouvelle-Zélande. Elle a déjà fait le tour du monde neuf fois. Cette fois-ci elle est venue vers toi. Tu rencontreras la chance au cours des quatre jours dès réception de cette lettre. Tout ce que tu auras à faire, c’est de la réexpédier. Ceci n’est pas une farce. Tu auras sûrement toi aussi besoin de chance. N’envoie pas d’argent, car le destin ne s’achète pas. Ne retiens pas cette lettre en ta possession, mais réexpédie-la dans les 96 heures suivant la réception. Fais en 20 copies, envoie-les et attends ce qui se passera dans les quatre jours.

La chaîne a commencé au Venezuela, et a été rédigée par Saul Anthony de Group, un missionnaire originaire d’Afrique du Sud. Si cette lettre doit continuer de faire le tour du monde, tu devras en envoyer 20 copies à des amis et des gens de ta connaissance. Dans quelques jours, tu verras, tu auras une grande surprise, même si tu ne peux y croire. »

Quelques autres exemples encore :

« Constantine Diex reçut la lettre en 1953, et quelques jours plus tard, elle gagna à la loterie.

Carlo Daddit, fonctionnaire, reçut la lettre et oublia de la réexpédier dans les 96 heures. Il perdit son travail. Lorsqu’il retrouva la lettre, il la photocopia quand même pour l’envoyer. Quelques jours plus tard, il trouvait un meilleur poste.

Un officier de la Royal Air Force, après avoir reçu la somme 17 millions de livres, la perdit aussitôt. Il avait interrompu la chaîne.

Au cours de l’année 1987, une jeune Californienne reçut cette lettre. La copie, à force de circuler, était devenue illisible. La jeune femme avait l’intention de la réécrire avant de la réexpédier. Elle l’oublia, l’ayant mise de côté. Par la suite, elle rencontra de multiples problèmes comme, par exemple, des réparations très onéreuses pour sa voiture. La lettre a été retenue plus de 96 heures en sa possession. Finalement, elle la dactylographia comme prévu… et gagna dans un concours une nouvelle voiture.

N’oublie pas : n’envoie pas d’argent ! Mais surtout n’ignore pas cette lettre, car il n’est pas donné à tout le monde de la recevoir.

CETTE LETTRE T’A ETÉ ADRÉSSEE PAR QUELQU’UN QUI TE SOUHAITE BONHEUR ET CHANCE.

Cette lettre ne fait pas partie d’une chaîne demandant de l’argent. Il ne s’agit que de continuer la transmission d’énergie positive à laquelle s’attache un événement de chance. La réunion des forces mentales positives engendre un effet positif. Quoi qu’il en soit, Meilleurs vœux de chance dans la vie.

Les hoax[81] ou canulars électroniques[82]

Depuis quelques années, de telles informations aussi mystérieuses, anonymes et absurdes circulent par courrier électronique [83].

Ces chaînes de lettres électroniques sont appelées hoax (canular en anglais).

Le terme hoax signifie en anglais « canular », mais cette traduction ne convient pas vraiment pour désigner les hoax circulant sur Internet.

Un hoax est une information fausse, périmée ou invérifiable, propagée spontanément par les internautes. Ils peuvent concerner tout sujet susceptible de déclencher une émotion positive ou négative chez l’utilisateur, alerte virus, disparition d’enfant, promesse de bonheur, pétition, etc. Ils existent avant tout sous forme électronique et, contrairement aux rumeurs hors ligne, ils incitent le plus souvent explicitement l’internaute à faire suivre la nouvelle, inconsciemment, d’où une rapide réaction en chaîne.

Contrairement au canular, qui est une blague, une farce dont la victime elle-même peut rire ou sourire une fois que la vérité lui est révélée, dans le cas d’un hoax, la victime n’est jamais informée directement de la supercherie. De plus, certains hoax poussent les internautes à accomplir des actions dangereuses pour la sécurité de leur ordinateur, ce qui n’a rien d’humoristique.

Le hoax est différent du spam, qui est un message créé délibérément puis envoyé par un individu unique à un grand nombre de personnes dans le but de les exposer à son contenu indésirable, généralement publicitaire ou promotionnel.

Un hoax peut concerner n’importe quel sujet et surtout être propagé par les internautes eux-mêmes, sans intention malveillante puisque eux-mêmes en sont victimes.

Contrairement à la rumeur, qui est une nouvelle officieuse vraie ou fausse qui se répand dans le public, un hoax est toujours une information fausse et invérifiable, et, même dans le cas où elle est intuitivement perçue comme douteuse, excessive ou erronée.

Si, comme les spams, les hoax peuvent toucher un grand nombre d’internautes, ils sont considérés comme un hybride de canular et de rumeur : du premier ils tirent leur faculté à tromper l’internaute en suscitant chez lui une vive émotion, de la seconde leur capacité à se propager spontanément au sein des internautes. C’est pour cela que le hoax est souvent désigné par le terme « cyber-rumeur ». La plupart des hoax sont souvent transmis par une personne que vous connaissez bien et qui s’est fait piéger.

Chaque hoax comporte toujours une mention telle que : « Envoyez la copie de ce mail à chacun de vos amis, et faites-le suivre au plus grand nombre de gens possible ».

Selon plusieurs sites Internet de mise en garde, « les hoax sont des messages bien construits, et qui donnent l’apparence d’être bien argumentés, car les hoax mélangent le vrai et le faux ; il faut douter surtout de certaines informations référencées comme provenant de sources respectables comme les agences de presse. La plupart du temps, ces informations sont fausses et ne proviennent pas d’une agence de presse ».

Certaines pétitions appellent l’internaute à ajouter à l’envoi de message son nom ou son adresse électronique, et quelquefois des données personnelles. L’envoi du message se fait sur une liste de signataires, et, avec ce système de pétition pyramidale, chaque internaute se retrouve comptabilisé autant de fois.

Ce système présente de sérieux risques pour la vie privée, puisque tous les intermédiaires et l’auteur d’origine de la pétition sont connus. De ce fait, si vous recevez une pétition pour dénoncer tel dictateur, il y a de fortes chances que la pétition ait été conçue par des proches de ce dictateur pour avoir une liste des personnes qui lui sont hostiles. Il est donc fortement recommandé de ne pas signer ce genre de pétition électronique, car, la plupart du temps, vous n’êtes pas sûr de la bienveillance de l’initiateur de la pétition.

D’autre part, certaines pétitions ont été détournées de leur but pour constituer un fichier publicitaire. Cela a été le cas de la fausse pétition pour sauver la forêt amazonienne (voir ci-dessous). Les conséquences de ces hoax sont multiples.

Ils provoquent malgré tout, à la longue, un effet d’incrédulité, c’est-à-dire qu’à force de recevoir de telles désinformations on finit par ne plus croire aux vraies (http://www.hoaxkiller.com, http://www.hoaxbuster.com et http://www.trendmicro.com).


 

Exemple de hoax : pétition pour sauver la forêt amazonienne en 2000

Le Brésil vote en ce moment un projet qui doit ramener le forêt amazonienne à 50 % de sa taille. Cela vous prendra une minute de lire ce message mais, si cela vous tient à cœur, vous pourrez ensuite rajouter vos noms à la liste, puis copier ce message et le transmettre à vos contacts.

La zone à déboiser représente quatre fois la surface du Portugal et serait principalement utilisée pour l’agriculture et le bétail

Tout le bois doit être vendu aux marchés internationaux sous forme de copeaux, par de grandes compagnies internationales

La vérité est que le sol dans la forêt d’Amazonie, sans la forêt elle-même, devient stérile et inutilisable. Il est d’une qualité très acide et la région est constamment sujette à des inondations. En ce moment, plus de 160 000 kilomètres carrés déboisés avec le même but sont abandonnés et en cours de désertification.

Par ailleurs, le déboisement et le traitement ultérieur des copeaux à cette échelle libéreront dans l’atmosphère des quantités énormes de carbone (contenu actuellement dans le bois), augmentant ainsi les changements climatiques. Nous ne pouvons pas laisser faire sans réagir.

Veuillez copier le texte dans un « nouveau » courrier, rajouter votre nom la liste ci-dessous et envoyer le message à tous vos contacts. (Ne pas seulement « transmettre » car ceci alourdirait le mail qui finirait déplacé avec des lignes et des » » ») si vous êtes la 50e personne à signer. S’il vous plaît, envoyez une copie à Fxxx@Com.FR

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre III

Manipulations et manipulés

« La manipulation fait miroiter un don illusoire qui lui permet d’exercer son pouvoir sur le manipulé, tout en repoussant à l’infini le terme de ce don. » Jean-Marie Abgrall[84]

 

Mécanismes de la manipulation

La manipulation est une technique sur laquelle se penchent les meilleurs experts de la communication et du marketing.

Selon J.-M. Abgrall, « la manipulation est […] un art, que chacun pratique avec plus ou moins de bonheur. Notre propos n’est pas de moraliser, mais de donner des armes à ceux qui en sont dépourvus contre une liberté liberticide, et surtout de susciter une interrogation sur un des éléments primordiaux de notre temps, la communication, et son corollaire immédiat, l’information »[85].

« Dans le domaine des sectes, l’existence d’un conditionnement antérieur est souvent un facteur de glissement de l’adepte d’une structure vers une autre, d’une secte vers une autre ou d’une conduite sectaire à une dépendance philosophique, religieuse ou autre. »[86]

En France, plusieurs commissions parlementaires et missions interministérielles d’étude sur les sectes ont été créées.

En 1998, ce fut le Graphes, Groupe de réflexion et d’analyse des phénomènes sectaires, fondé par Michel Mauroy, remplacé par la Mils, Mission interministérielle de lutte contre les sectes, elle-même remplacée en 2002 par le Miviludes, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

L’enlisement dans l’erreur à la base des techniques de manipulation 

« Les techniques de manipulation sont à la base du marketing, selon Abgrall ; le but des images publicitaires est d’appâter le client potentiel. Il faut que, même s’il a été berné par un commerçant lors d’un achat inutile ou peu conforme à ses désirs, le client, par amour propre, explique tout ce qu’il PEUT faire avec son achat. »

De même, une personne ayant souscrit un premier stage dans une secte trouvera souvent un justificatif à son engagement pour s’inscrire à d’autres.

Beaucoup d’individus finissent souvent par être intimement persuadés du bien-fondé de leur nouvelle opinion.

On appelle « escalade d’engagement » « cette tendance que manifestent les gens à s’accrocher à une décision initiale même lorsqu’elle est clairement remise en question par les faits. Tout se passe comme si le sujet préférait s’enfoncer plutôt que de reconnaître une erreur initiale d’analyse, de jugement ou d’appréciation. » [87], [88], [89]

Le béhaviorisme ou comportementalisme

Le mot béhaviorisme vient de l’anglais behavior, qui signifie « comportement ».

Cette définition est celle du sociologue américain J. B. Watson vers 1920.

Ce courant de la psychologie scientifique appliquée a connu un fort développement jusqu’en 1950 et a pour objet l’étude du comportement, considéré comme unique champ observable de l’activité psychologique, sans référence à la subjectivité[90].

Le béhaviorisme est aussi appelé « comportementalisme », ou « psychologie objective ».

Placé dans un environnement donné, un sujet va émettre des informations qui agissent sur le milieu, et, si les informations sont en cohérence avec le milieu, celui-ci donnera des réponses renforçant le comportement initial.

En effet, le comportement humain ou animal est régi par des contingences dites de renforcement ou d’atténuation.

Le béhaviorisme a fait l’objet de nombreuses critiques[91] et a donné naissance au cognitivisme, avec les doctrines de l’information de Shannon vers 1950.

Certains principes du béhaviorisme ont été appliqués par des psychothérapeutes en thérapies dites comportementales.

Selon ces psychothérapeutes, les thérapies comportementales travaillent sur la relation patient-thérapeute et sur une prise de conscience du patient pour résoudre ses difficultés. On peut toujours craindre que le patient soit manipulé par le psychothérapeute lors de cette relation. Ce problème se pose d’ailleurs aussi en psychanalyse dite comportementale.

 

Persuasion et autosubjectivité

La validation subjective ou effet Barnum

Cet effet tend à généraliser une rhétorique. Nous rappellerons que la rhétorique est la persuasion par des expressions éloquentes.

L’expression « effet barnum » est due au psychologue B. R. Forer en hommage à la réputation de maître de la manipulation psychologique de P. T. Barnum, homme de cirque, vers le début du xxsiècle. Cet effet tend à faire accepter une vague description de personnalité comme s’appliquant de manière singulière à soi-même, sans se rendre compte que la même description pourrait s’appliquer aussi bien à n’importe qui. Prenez par exemple ce texte de B. R. Forer[92] présentant une évaluation personnelle de personnalité et diffusez-le à un groupe de personnes en faisant croire que chacun a un texte différent et personnalisé :

« Vous avez besoin d’être aimé et admiré, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez les compenser. Vous avez un potentiel considérable qui n’a pas tourné à votre avantage. À l’extérieur, vous êtes discipliné et vous savez vous contrôler, mais à l’intérieur vous tendez à être préoccupé et pas très sûr de vous-même.

Parfois vous vous demandez sérieusement si vous avez pris la bonne décision ou fait ce qui fallait. Vous préférez une certaine dose de changement et de variété, et devenez insatisfait si on vous entoure de restrictions et de limitations. Vous vous flattez d’être un esprit indépendant, et vous n’acceptez l’opinion d’autrui que dûment démontrée. Mais vous savez qu’il était maladroit de se révéler trop facilement aux autres. Par moments vous êtes très extraverti, bavard et sociable, tandis qu’à d’autres moments vous êtes introverti, circonspect et réservé. Certaines de vos aspirations tendent à être assez irréalistes. »[93], [94]

Ce texte établi par B. R. Forer est, comme on peut le voir, très général, mais chacun croit qu’il a été conçu spécialement pour lui. Cela avait été confirmé par B. R. Forer auprès d’un grand nombre d’étudiants qui s’étaient approprié ce texte à 85 %.

Les explications les plus courantes pour expliquer cet effet tournent autour de l’espoir, de la confusion entre désir et réalité, de la vanité et de la tendance à vouloir toujours interpréter, alors que l’explication originale de Forer tournait plutôt autour d’une naïveté inconsciente[95].

Chacun accepte des affirmations souvent inconsciemment, surtout si elles sont flatteuses pour lui ou ont une connotation positive.

Ceci est corroboré par l’article de David Marks et Richard Kamman[96].

« Une fois qu’une croyance ou une supposition a été trouvée, et spécialement si elle permet de résoudre une incertitude inconfortable, elle introduit un biais chez le sujet qui lui fait remarquer toute information permettant de confirmer la croyance, de sous-évaluer tout élément opposé. »

Ce mécanisme renforce l’erreur originale et construit une confiance excessive, au point que les arguments des opposants sont vus comme une contradiction de la croyance adoptée.

Mécanismes sectaires

La plupart des pseudosciences étant véhiculées et pratiquées par des groupes sectaires, il nous a semblé logique de parler dans cet ouvrage des mécanismes et embrigadements sectaires[97].

Tout d’abord, une secte pourrait se définir ainsi : « groupe ou groupuscule d’individus ayant une même doctrine très dirigiste, d’ordre religieux, ésotérique, politique ou philosophique ». « Selon le rapport de mars 2005 pour le Miviludes, c’est-à-dire Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, l’une des définitions possibles pour qualifier un groupe “d’organisation sectaire” est : “Quels que soient sa taille et son objet, tient à la capacité qui est la sienne de modifier la personnalité de ses adeptes en vue de favoriser l’allégeance inconditionnelle au clan et à son gourou”. » (Citation extraite du rapport Miviludes.)

Dans toute secte il y a un gourou ou un groupe de gourous* qui impose ses doctrines aux adeptes par un dirigisme absolu[98].

Pour Arnaud Palisson[99], la nuance entre église et secte est floue, et dans le cas de l’Église de la scientologie, le problème au point de vue juridique n’a pas été résolu malgré plusieurs jugements. En France, l’Église de la scientologie est répertoriée dans le rapport Vivien comme une secte, mais d’autres pays comme les États-Unis considèrent l’Église de la scientologie comme une église.

Certains estiment que le christianisme a été une secte à ses origines. Il faut alors admettre que le christianisme est une secte qui a bien réussi !

L’origine des sectes est très ancienne, certaines doctrines sectaires comme celles rosicruciennes remonteraient au syncrétisme hélléno-pharaonique allié à un syncrétisme judéo-chrétien vers le iiie siècle.

La Rose-Croix s’est comportée comme une société secrète dès le xve siècle et on retrouve chez Robert Lulle, Marcille Ficin, Giordano Bruno et dans la théosophie de Rudolf Steiner des symbolismes rosicruciens.

On distingue actuellement deux mouvements rosicruciens, la Rose-Croix Amorc, plutôt mercantile, et la Rose-Croix, fortement ésotérique.

Au cours des années 1980 s’est créée la Rose-Croix Plus, dont certains adeptes se sont orientés ensuite vers l’Organisation du temple solaire.

L’extension des groupes sectaires et leur puissance est un phénomène qui s’est amplifié ces dernières années. Cette propagation s’est souvent faite aux dépens de mouvements religieux conventionnels.

Tous les groupes sectaires véhiculent des principes paranormaux de philosophie, de thérapie ou d’ésotérisme.

Au niveau de leur philosophie, ces groupes se référent par exemple à des écrits mystiques d’Aristote, de Pythagore, d’Hermès Trismégiste, datant de plus de deux mille ans, et d’alchimistes occultistes médiévaux (Paracelse, etc.).

Des sectes encore plus délirantes conditionnent leurs adeptes pour recevoir des extraterrestres (les raëliens).

Ces nouvelles sectes se caractérisent de plus en plus par un anti-intellectualisme extrême, et, dans certains cas, elles cherchent de véritables contre-systèmes intellectuels avec un refus de la science. En général, elles insistent sur l’affectivité, l’expérience intérieure, l’éveil de la personnalité, la recherche d’énergies positives.

Certaines sectes refusent la théorie de l’évolution en considérant que la vie humaine est apparue 2 870 ans avant notre ère et en appliquant un intégrisme biblique, comme les Témoins de Jéhovah, les pentecôtistes, les antoinistes et les sectes guérisseuses d’inspiration vaudoue. De même, les juifs kabbalistes et les intégristes musulmans réfutent les théories darwiniennes.

Il y a trente ans, les sectes étaient orientées vers le New Age avec l’hindouisme, les mouvements hippies et le gandhisme. Après 1968, en France, il y eut création de nombreuses communautés et certaines ont dérivé vers le gandhisme, avec un très grand apport de méditation transcendantale. Ces groupes voulaient changer le monde en créant des micro-expériences.

Il faut noter l’influence gandhienne et œcuménique très importante de Lanza Del Vasto sur de nombreux jeunes vers les années 1960. Lanza Del Vasto fonda sa communauté de l’Arche à Bollène dès 1957[100]. Cette communauté servira de référence à la création de groupes communautaires en Ardèche, dont certains dériveront vers la formation de groupuscules sectaires. Cet impact est dû au personnage de Lanza Del Vasto, apôtre du combat non violent pendant la guerre d’Algérie avec l’Action civique non violente.

Depuis le rapport Vivien de 1983 et le rapport du Miviludes de mars 2005 (tous les deux publiés à La Documentation française), plus de 173 sectes sont répertoriées officiellement.

Certaines sectes sont très dangereuses et peuvent amener leurs adeptes au « suicide » collectif, comme la secte du Temple du peuple au Guyana en 1978 (faisant 924 victimes), la secte de l’Organisation du temple solaire dans le Vercors en mars 1997 avec 16 « suicidés » dans le Vercors et déjà, en 1994, 5 morts près de Montréal (Québec) et 23 cadavres à La Rochette à Cheiry, canton de Fribourg, et 25 aux Granges-sur-Salvan, dans le Valais (Suisse), soit au total 69 morts pour l’Organisation du temple solaire[101]. Mais il existe malheureusement d’autres cas de suicides induits ou forcés, comme pour la secte californienne de l’Heaven’s Gate, avec 39 jeunes suicidés en 1997 à San Diego, etc.[102]

Le 29 mai 2001, le Parlement a adopté la proposition de loi About-Picard contre les dérives des sectes et leur prolifération ; grâce à l’action de la rapporteuse de cette loi Catherine Picard[103], « cela sera une première mondiale ». Cette loi a été votée mais un peu vidée de son sens initial par la suppression du délit de manipulation mentale sur pression de l’Église catholique et de nombreuses sectes.

Stratégies d’embrigadement des groupes sectaires[104]

Certains groupes affirment d’emblée leur identité, mais d’autres utilisent des masques pour attirer le client sans l’effrayer (cas de l’Église de la scientologie, par exemple, utilisant, dans les années 1990, de nombreux organismes écrans comme l’école du rythme, les centres Narconon de lutte contre la toxicomanie, des centres de formation pour cadre, les cours pour apprendre Emmanuel de Brie, etc.).

Nous avons tous eu des passages de détresse et c’est souvent dans ses moments que nous sommes le plus facilement manipulables et « embrigadables ».

Méthodes de recrutement :

Les méthodes pour appâter sont variées, les principales sont :

a) Conférences :

Sur des sujets paraphilosophiques ou ethnologiques, les philosophies hellénistes, le bouddhisme tibétain, le catharisme, l’ésotérisme, le Graal, le chamanisme, l’astrologie, le spiritisme ou l’ufologie (Nouvelle Acropole).

b) Salons de produits naturels :

Dans ses Salons, des sectes comme le Parti de la loi naturelle vendent des produits biologiques mais surtout des stages de formation pour mieux vivre.

c) Tests :

Tests pour connaître sa personnalité. Suivant les doctrines de la dianétique de l’Église de la Scientologie.

d) Écoles de musique ou d’art : telles les écoles de l’éveil ou du rythme des scientologues*.

e) Certains stages sophrologiques ou de qi qong : le Falung Dafa Falun dafa ????

f) Propagande pour la réinsertion des drogués : c’est le cas de Patriache et de Narconon de l’Église de la scientologie.

g) Assemblées évangéliques avec de fortes manifestations charismatiques et antirationnelles. Dans certaines assemblées, on peut observer d’impressionnantes guérisons miraculeuses supposées, certaines obtenues par l’intermédiaire d’artéfacts.

Subtiles stratégies d’embrigadement des groupes sectaires[105]

Les masques Techniques masquées pour attirer le client sans l’effrayer :

Sont masqués au départ les techniques de mise en dépendance, les finalités de la formation ainsi que le pouvoir et les profits des dirigeants.

Sont masquées aussi l’exploitation au profit du groupe ainsi que les contraintes.

Certains groupes montrent d’emblée leur raison sociale, mais d’autres utilisent des organismes de formation, aux coûts augmentant rapidement pour l’adhérant ou d’adepte. Cela rend difficile tout départ du groupe, car un adepte s’étant sacrifié financièrement se dira qu’il n’a pas fait cela pour rien (effet de persévérance pour justifier sa lâcheté ou son aveuglement face à un gourou).

Normalement, il est difficile de recruter une personne qui n’a exprimé aucune demande pour modifier sa personnalité. Pourtant, les sectes cherchent à y parvenir.

Le recruteur proposera tout d’abord au client un cycle court de trois à quatre conférences, gratuitement ou à des tarifs très modiques, les thèmes étant philosophiques, ou plutôt pseudo-philosophiques, et souvent ésotériques. Ces conférences se font généralement dans une atmosphère chaleureuse et anodine. Le but de ces conférences initiatiques est d’attirer le client à avoir un idéal plus élevé dans ce monde égoïste et matérialiste.

Les méthodes font de larges emprunts aux techniques de psychothérapie New Age, mais leur finalité est détournée, comme en scientologie

Selon A. Fournier et M. Monroy, ces « psychothérapeutes visent à rendre autonome la personne hors des cadres thérapeutiques, tandis que les groupes sectaires cherchent au contraire à maintenir la personne par une thérapie destinée à la garder dans le groupe. Après cette initiation anodine, on proposera au futur adepte une formation plus personnalisée mais plus onéreuse avec méditation et relaxation (sophrologie, yoga, méditation transcendantale)[106].

À cela s’ajoute le plus souvent un travail progressif et répétitif qui fait vaciller tous les repères antérieurs en les dévalorisant méthodiquement et en les remplaçant par ceux qu’on trouve dans le groupe. Ce qu’ignore l’adepte, c’est qu’au terme de cette formation, qui peut durer plusieurs mois, il ne sera plus en mesure d’exercer son sens critique, car il aura perdu tous ses repères extérieurs au groupe. « L’emprise trouve dès lors sa traduction évidente dans les bouleversements notables de sa personnalité qui s’opèrent sur le plan émotionnel (sentiments exacerbés ou amnésies à l’égard d’autrui) et comportemental (abandon des anciennes références morales, passages à l’acte délictuel au nom des intérêts du groupe, perte du sens critique, adoption de pratiques irrationnelles voire dangereuses pour soi et autrui. » (Monroy et Fournier)

En effet, certaines doctrines alimentaires ont conduit des adeptes à des anorexies conduisant à la mort (ce fut le cas du fils de Roger Igor, décédé dans une secte). D’autre part, la secte épuise financièrement l’adepte pour mieux l’avoir sous sa coupe et, s’il est ruiné, elle le fera travailler bénévolement pour elle. Certains adeptes s’effondrent et cela peut les conduire au suicide.

 

 

Chapitre IV

Psychologie de l’inconscient

« Notre esprit scientifique est assez malin pour deviner l’effet que nous appelons, en latin, effet placebo. Le malade croyait suffisamment au rêve pour être guéri. » Catherine Clément[107].

L’inconscient

Selon les psychanalystes, l’inconscient est ce qui échappe à la conscience, même quand le sujet cherche à le percevoir et à y appliquer son attention.

Pour Freud, la « voie royale » de la découverte de l’inconscient est le rêve, qui permet de lever le refoulement, mais il ajoute également les actes manqués, les lapsus, les mots d’esprit et, plus généralement, tous les actes et toutes les paroles à sens multiple.

Pour les psychanalystes, notre inconscient est comme un réservoir de ressources et de connaissances. Sa fonction la plus ancienne est liée à la survie : maintenir le corps en vie. Il gère donc les phénomènes biologiques, les instincts, et peut réparer les petits dysfonctionnements physiques naturellement. Il est capable de prendre en charge de nombreuses tâches simultanément, et traite beaucoup plus d’informations que le conscient.

C’est aussi l’inconscient qui gère tous les apprentissages que nous emmagasinons tout au long de notre vie. Toutes les expériences semblent y être stockées : il gère la mémoire, ainsi que la créativité (il est réputé hypercréatif) et l’imagination (ce que tout le monde peut constater pendant les phases de sommeil). Malgré tout, il a un fonctionnement simple, souvent comparé à celui d’un enfant de six ans : compréhension littérale, réactions rapides à des instructions précises... Enfin, il est toujours présent et réagit en permanence à ce que perçoivent les sens.

 

Mouvements inconscients

Ce sont des mouvements gérés par notre intuition et des réflexes conditionnés ou innés.

Nous rappellerons les réflexions de Chevreul sur les mouvements inconscients d’un pendule (voir p. xxx) : « Voir ce pendule osciller, et que ses oscillations deviennent plus étendues par l’influence de la vue sur l’organe musculaire et toujours sans qu’on en ait la conscience. »

En effet, des mouvements inconscients sont créés par la vue de certains phénomènes.


Intuition

Pour certains psychiatres, c’est une prémonition liée à l’expérience, et c’est comme une petite lanterne qui guide votre chemin. Elle correspond à un sentiment d’évidence qui s’impose au sujet pensant, indépendant de toute analyse et de toute démonstration. « C’est par la logique qu’on démontre, c’est par l’intuition qu’on invente. » (Poincaré). En effet, l’inspiration à laquelle se fient les artistes présente beaucoup de points communs avec l’intuition des savants.

 

Pour Spinoza, il y a la connaissance intuitive[108],[109] c’est-à-dire que dans le savoir de chacun il y a une forte partie intuitive.

Pour Bergson*, « l’intuition, c’est une faculté plus puissante que l’intelligence qui permettrait seule de comprendre spontanément la nature des mouvements et celle de la vie, là où la raison analytique ne subit qu’une succession d’immobilités ».

L’affect

Étymologiquement, affect vient de l’allemand affekt, « émotion, passion ».

Tout d’abord, l’affect, en psychologie, est le premier élément de la sensation.

L’affectivité, c’est l’« ensemble des réactions psychologiques et des sentiments opposés à la raison en psychologie ». (Dictionnaire Larousse)

 

C’est à Spinoza que l’on doit une première classification des affects. Spinoza reconnaît l’importance du sentiment dans la vie psychologique, et les psychologues voient dans les affects l’ensemble des liaisons innées ou acquises qui unissent l’être vivant à son milieu.

Pour Spinoza, « l’affect est la prise de conscience des transformations du corps et du désir. La passion résulte de l’illusion de croire les objets désirables eux-mêmes. C’est parce que nous désirons que nous déclarons qu’une chose est bonne ».4 ,5 Pas d’appel de note

De ce fait, l’affect intervient inconsciemment sur la plupart de nos comportements ; en effet, nous passons souvent d’une humeur à une autre, les idées peuvent se succéder car nous sommes des automates spirituels.

Spinoza distingue trois sortes d’idées :

– les idées affectio : c’est le premier genre de connaissance, car on en connaît les effets sans en connaître les causes ;

– les idées notion : elles impliquent la compréhension de la cause ;

– les idées essence ou connaissance intuitive, que peu de gens peuvent atteindre par manque de culture suffisante.

Hallucination

Perception sans objet extérieur, l’hallucination laisse croire à la présence d’un objet ou d’un phénomène qui n’existe pas. (Dictionnaire rationaliste)

L’hallucination peut être obtenue artificiellement par des transes sous effet d’hallucinogènes, mais aussi par des exercices physiques, comme pour les derviches tourneurs.

L’hallucination peut être produite par certains corps naturels contenant souvent des alcaloïdes comme la mandragore, les champignons mexicains hallucinogènes ou des plantes d’origine africaine. Dans les rites vaudous, les plantes hallucinogènes sont employées pour obtenir l’état de transe.

Réflexes innés et inconscients

Le réflexe, c’est une réaction automatique et involontaire d’un organisme vivant à une excitation.

Définition du Littré : « Le réflexe est un comportement qui vise au maintien d’une constante. Il s’agit d’une réaction d’un organisme à toute modification de ses rapports au milieu qu’il subit. »

Réflexes conditionnés : ce sont des réflexes acquis par l’association puis la substitution du stimulus naturel par un stimulus conditionnel choisi par l’expérimentateur. Le plus connu est celui de la sonnerie provoquant la salivation d’un chien et dont les premières études sont dues au Russe Pavlov (1849-1936) ; ce sont des réflexes provoqués, en l’absence de l’excitant normal, par un excitant qui lui a été préalablement associé (chien qui salive au son d’une clochette qu’on a fait tinter chaque fois qu’on lui a présenté de la viande). (Le Petit Robert)

Réflexes innés[110], on peut en distinguer plusieurs sortes :

– ostéo-tendineux : ce sont les plus connus, comme par exemple le réflexe rotulien ;

– réflexes de posture antigravitation, qui permet de tenir debout ;

– cutanéo-muqueux : c’est par exemple la fermeture de la paupière quand on effleure la cornée ;

– cutanés : rétraction musculaire à certains stimuli cutanés ;

– neuro-végétatifs : ?????;

– moteurs : érection pileuse au froid ;

– sécrétoires : larmoiement à l’irritation conjonctivale ;

– purement végétatifs : sécrétions des liquides digestifs.


 

Rêves

C’est une activité mentale particulière qui se manifeste au cours du sommeil.

Historiquement, dans la culture helléniste, les rêves et visions rêvées étaient véhiculées dans la littérature par les muses et les poètes.

Selon Sigmund Freud[111], le rêve passe pour être le gardien du sommeil et la réalisation symbolique, donc déguisée, d’un désir, inconsciemment refoulé mène vers une oniro-critique rationnelle en dépit des apparences.

Depuis des temps lointains, prophètes, devins, astrologues ont toujours cherché à interpréter les rêves. Pour Freud, le rêve traduit un malaise organique localisé, mais pour nous, le rêve est en correspondance avec un faux souvenir ou une information qui nous trouble profondément.

Le rêve, s’il devient cauchemar, peut être dangereux, par exemple dans une névrose poussée à son paroxysme ; mais, dans tous les cas, il y a une échappatoire : le réveil

Rêves prémonitoires

Le rêve peut être apparemment prophétique, par intuition pour un événement prévisible ou par un hasard à fortes chances de se produire.

Souvent, la nuit porte conseil et facilite l’intuition dans les rêves prémonitoires.

Le chimiste Kekulé a raconté qu’il aurait trouvé la formule hexagonale du benzène en pensant dans un rêve à un serpent qui se mordait la queue.

Impression de déjà-vu

Cette sensation de déjà-vu est souvent la sensation de celle ou de celui qui croit avoir déjà vu ou entendu quelque chose. Il ne faut pas confondre cette sensation avec les faux souvenirs, dont l’origine personnelle est réelle, mais dont la vérité a été modifiée.

« Et on estime que ce phénomène très troublant – parfois au point qu’il fait douter celui qui l’éprouve de sa santé mentale – est invoqué par 30 % des individus au moins, surtout entre 15 et 25 ans. Comme si l’adolescence n’était pas suffisamment bizarre comme ça…

Bien que le phénomène de déjà-vu soit souvent ressenti par des patients atteints de certaines formes d’épilepsie, il n’est pas en lui-même un symptôme d’épilepsie. Bien que certains visionnaires y voient les souvenirs d’une vie antérieure et la preuve de la métempsycose – autrement dit d’une réincarnation –, on peut sans difficulté écarter cette hypothèse, car le déjà-vu peut concerner toutes sortes d’objets et de situations quotidiennes contemporaines, qui ont tout de même peu de chance d’avoir eu déjà lieu en Égypte ancienne ou sous Napoléon. D’autres ont postulé que le déjà-vu était le souvenir de rêves prémonitoires... Les psychanalystes, qui ont presque toujours une explication pour tout, pensent que le déjà-vu manifeste le désir de rejeter une expérience passée. Mais, cette fois-ci, avec une issue positive. Pour les neuropsychologues, l’hypothèse actuelle qui permettrait d’expliquer la sensation de déjà-vu est la suivante : le cerveau mémorise les souvenirs de telle manière que chaque détail, odeur, couleur, son, d’une scène vécue permet d’accéder à tous les autres détails de la scène, et en particulier aux émotions qui lui sont associées dans notre souvenir. De sorte que si, dans une expérience nouvelle, le cerveau identifie un détail associé fortement à une expérience antérieure, il superpose les sentiments éprouvés au cours de notre première expérience sur celle que nous venons de vivre… et nous fait croire que nous la vivons pour la seconde fois. »[112]

 

Le déjà vécu

Le déjà vécu n’est pas directement lié à une expérience antérieurement vécue, mais provient d’un instant fugace qui parvient de façon répétée à la conscience.

Selon Martin Winckler[113], « la mémoire dans ce cas n’est pas un stock de représentations mais une structure dynamique en constante réorganisation. De multiples voies parallèles participent à une reconstruction permanente par intégration de données nouvelles. Pour la sensation du déjà vécu, l’hypothèse est qu’une même observation globale qui parvient de façon décalée de quelques millisecondes au système mnésique par deux chemins différents déclenche l’identification de la répétition comme déjà fait. C’est un déjà fait qui constitue le déjà vécu ».

Faux souvenirs ou fausse mémoire

Notre mémoire nous joue parfois des tours, car elle se laisse facilement berner.

Les faux souvenirs proviennent souvent de rumeurs véhiculées par des rumeurs médiatiques par les médias ???. En effet, le pouvoir de suggestion des médias peut imprimer des faux souvenirs dans les mémoires.

Cette conception de la mémoire est difficile à communiquer et à vulgariser, car les êtres humains sont attachés à leur passé et à leurs souvenirs. Si nous acceptons l’idée que nos souvenirs sont comme des molécules laiteuses ou vaporeuses mélangées au rêve et à l’imagination, comment pouvons prétendre savoir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ?

Pour Élisabeth Loftus, « comment savoir qui nous sommes. Qui parmi nous est prêt à admettre que notre emprise sur la réalité est si faible que la vérité reste toujours quelque chose d’impénétrable, que nous imaginons toujours en partie ce que nous souvenons…. La mémoire est toujours prête à abandonner un vieux pan usé du passé, en échange d’un morceau neuf et lustre à son ensemble, donnant une impression d’ordre et de propreté d’un changement d’avis par un interlocuteur (p 23) »[114].

Dans les récits relatifs à des miracles comme à Lourdes où à Fatima, des faux souvenirs se sont convertis en faits « réels » pour des enfants très influençables.

Nous devons à Elizabeth Loftus, expert judiciaire aux États-Unis, de nombreux ouvrages de référence sur les faux souvenirs. ( note de bas page sur livre de Loftus) Elle y souligne que la mémoire est malléable et que, lors d’interrogatoires, les policiers ou les magistrats peuvent suggérer des faits aux témoins ou aux suspects. Elle assure que des sujets vulnérables peuvent finalement être convaincus d’être les auteurs de faits qu’ils n’ont pas commis par le harcèlement de magistrats au cours des interrogatoires.

Les sujets qui adoptent de faux souvenirs ne sont pas tous naïfs ou influençables, et, selon Elizabeth Loftus, il faut ajouter aux faux souvenirs des détails concernant les cinq sens.

Certains psychothérapeutes essayent de « guérir » cette fausse mémoire par une « thérapie de mémoire retrouvée » (Recovered Memory Therapy, RMT). « Le but de cette thérapie est de permettre au patient de ramener à sa conscience non seulement des souvenirs d’un ancien traumatisme, qui peut être sexuel, mais aussi des mémoires corporelles refoulées (telles que des douleurs physiques)» Est-ce une citation ? de qui ?


Chapitre V

Pouvoirs de l’esprit sur l’individu

Méditation et méditation transcendantale

La méditation est une réflexion prolongée, guidée et soutenue par des méthodes ou doctrines. Celles ci peuvent être savantes, philosophiques, religieuses, ou profanes.

La méditation demande un effort psychologique (recueillement) et un effort logique d’analyse, ce qui la distingue de la rêverie.

Dans l’histoire de la philosophie, la méditation a suscité des passions avec en particulier Descartes, Pascal, et Malebranche.

Dans le domaine religieux, elle s’est axée sur la contemplation, et la plupart des religions ont encouragé sa pratique.

Certaines religions dont le catholicisme ont même fourni des directives pour l’obtention d’une bonne méditation. Pour sa part le catholicisme appelle oraison une méditation qui fait alterner réflexions et prières.

Dans la méditation transcendantale, l’être doit se transcender c’est à dire se surélever par un détachement dans un corps conscient de ses attaches

L’individu cherche à oublier temporairement sa personnalité par d’une part des blocages respiratoires inspirés du yoga et d’autre part par une méditation intense. La méditation transcendantale est d’influence Hindouiste où prédominent, discours intérieur, réflexion articulée, et une méditation de repli silencieux, de paix unificatrice et de recherche sur l’optimisation de toutes les facultés.

Cet état psychosomatique proche d’une auto-hypnose peut conduire certains individus à une extase. En effet le contrôle du souffle et de la concentration intime aboutissent au vide mental, aux super perceptions, et ceci crée un état où le corps agit en automate, tandis que l’esprit est ailleurs, absorbé et ramassé sur une idée fixe.

La méditation transcendantale est employée intensément par de nombreux groupes sectaires dont la secte hindouiste SRI CHIMOY. la méditation transcentale est très présente

la méditation c’est le voyage vers soi

devant l’agitation ambiante ,certains pour éviter les tranquilisants utilisent les méthodes de yoga , sophrologie où la méditation transcentale est très présente

au sens oriental c’est une invitation à une expérience psychique pour évacuer ses pensées ( Roger Pol droit 101 exrpériences de philosophie quotidienne O Jacob 2003 

aujourd’hui d’après une enquete bva de 199 9 un tiers des françauis avouaient prier ou méditer régurielement   Pour un croyant la méditation renforce le sentiment personnel d’une présence divine

a l’origine les méditations du bouddha , en 1968 à leur apogée les Beatles annoncèrent publiquement qu’ils pratiquaient la méditation transcendentale  avec un gourou indien , beaucoup de gens furent sceptiques sur leur expérience le voyage offert par la méditation se vit dans une intimité avec soi meme

pour les adeptes

main tien d’une posture précise

temps de concentration pendant lequel on cherche à appprivoiser son mental

observation de ses pensées

enfin entrée dans un état méditatif proche d’une auto hypnose ( jacques Choque ,la méditation pour tous  grangier 2003 )  

pour le psychiatre Bernard  Auriol «  quand on est plongé dans cet état , on ne s’ en rend pas compte , puisque l’on pense plus .Mais quand on en sort ,on se sent vraiment bien ….la méditation , »elle oblige à laisser  tomber les oripeaux du paraître » chacun y trouve ce en quoi il croit .Pour l’athée ,le « rien » .Pour le bouddhiste « l’ éveil ou satori » .Pour le chrétien,le mystère du christ

 

Hypnose

  Hypnose du grec hypnose Dieu du sommeil. « Sommeil de courte durée provoquée par des procédés divers, que l’on connaît et qui n’ont rien de supra normal, comme on le croyait jadis [115].  Définitions de l'hypnose :D'après le " Robert" :

 Hypnose : Etat voisin du sommeil, provoqué par des suggestions, des actions physiques ou mécaniques, ou par des médicaments hypnotiques.

"l'état hypnotique peut apparaître  comme un état de conscience modifié temporairement , à la faveur duquel l'opérateur peut avoir  des distorsions au niveau de la volonté , de la mémoire et des perceptions sensorielles..

 Depuis Mesmer en 1778, l’hypnose a été étudiée au XIX e siècle par de nombreux chercheurs, dont Jean Martin Charcot et Sigmund Freud, qui ont vu un intérêt de l’hypnose en thérapie.

Sans entrer dans les détails, il faut retenir que beaucoup de personnes avec un peu de pratique peuvent être capables d’hypnotiser, alors que personne ne peut être hypnotiser, s’il ne le désire pas.

Hypnotiser l’autre peut aider à trouver le sommeil plus facilement entre partenaires pour Gérard Majax [116], ».Il est facile d’hypnotiser, mais cela demande quand même de l’entraînement. » C'est aussi un état naturel que tout le monde peut expérimenter ( il n'existe que peu de "résistance" à l'hypnose ! )

 

Historique de l'hypnose

1766 : Frantz Anton Mesmer ( 1734 - 1815 ) après ses doctrimes sur le magnétisme animal.( voir magnétisme animal), fit des expérimentations en couplant le magnétisme et l’hypnose

1784 : Puységur poursuit les recherches sur le magnétisme animal après le départ de Mesmer en Angleterre en   , et sa doctrine justifiant une transe somnambulique par magnétisme animal fait sourire de nos jours .

1864 : le Dr Auguste Liébault, médecin Nancéen, commence à s'intéresser à l'hypnose et à la suggestion verbale : ." La suggestion, dit-il, est la clé de l'Hypnose".

1878 ; Jean Martin Charcot crée l'école de la Salpetrière qui voit l'hypnose comme un état pathologique : cela sera le début de l’affrontement aux yeux de toutes les sociétés savantes entre Liébault avec l'école de Nancy, et Charcot avec l'école de la Salpetrière[117]

1882, Bernheim, (disciple de Liebault )sera impressionné par les résultats de Liébault , et créa l'école de Nancy, qui mettra fin aux théories fantaisistes du magnétisme animal de Mesmer _

1884 :: James Braid s'intéresse au magnétisme après avoir assisté à une démonstration donnée par un magnétiseur français : Lafontaine. Cependant il rejette la théorie d'un fluide et pense que la capacité d'hypnotiseur n'est pas un don mais peut s'apprendre. Pour Braid, l'Hypnose est un état spécial du système nerveux provoqué par des moyens artificiels permettant de plonger le patient dans un état de sommeil artificiel, mais surtout de l'influencer à des fins curatives par la suggestion. Il introduit les techniques de fixation visuelle et crée le terme d'hypnotisme. C'est aussi à cette période que les premières anesthésies par hypnose sont effectuées : Mais ces pratiques furent abandonnées quelques années plus tard avec l'apparition du Chloroforme

1885 :S Freud étudie l'hypnose auprès de Bernheim à Nancy, puis à la Salpetrière. avec JM Charcot . Freud utilisa l’hypnose à ses début pour faire revivre certaines scènes à ses patients mais il ne maîtrisa jamais vraiment la technique et 'il abandonna rapidement [118].


 

L’hypnose au XXe siecle

C'est encore à Nancy au début du XXe siecle, qu'Emile Coué, un simple pharmacien développe après avoir appris l'hypnose sa célèbre méthode d'auto suggestion( voir méthode Coué page ). Très contesté en France vers les années 1920, il est cependant accueilli triomphalement en Amérique et surtout en URSS où sa doctrine renforce celles de Pavlov.

C'est ensuite autour de Pierre Janet ( 1859 - 1947 ) de poursuivre en France les travaux sur l'hypnose. Ses théories sur l'inconscient rejoignent celles de Freud qui commencent à se répandre, mais le discrédit de l'hypnose à cette époque fait rapidement tomber ses travaux dans l'oubli.

Cependant les idées sur l’hypnose semblent aujourd'hui toujours d'actualité.

Pavlov fut peu pris au sérieux en France, il est cependant accueilli triomphalement en Amérique et en URSS. A l’époque de Staline, Pavlov fut glorifié pour ses travaux, et sa mort les Soviétiques érigèrent à 500 mètres de la place Rouge, près du tombeau de Lénine, une statue à son effigie.

De nos jours beaucoup de sophrologues et psychothérapeutes utilisent l’hypnose éricksonnienne. Cette méthode est issu des travaux de Milton Hyland Erickson (un des père du NEW AGE) à l ‘école de Palo Alto vers 1965 ,Elle se caractérise entre autre par l'emploi de suggestions indirectes et non verbales, une grande part de communication inconsciente. . Par contre. Il est difficile de croire à l efficacité de l’hypnose ericksonnienne comme le disent les psychothérapeutes dans les cas suivants.

Phobies de toutes sortes, dépression, anxiété, crises de panique, stress, mal-être, migraines, insomnies,

Cauchemars,

Troubles obsessionnels, troubles du comportement

Lutte contre la douleur dans le cas de maladies lourdes ( cancer, grand brûlé... . et surtout pour des cas de paralysie, cécité, surdité, aphonie, amnésie, dysphagie, tics et bégaiements.. aux yeux de toutes les sociétés savantes

L’hypnose ericksonienne est un amalgame d’hypnose, méthode d’auto persuasion de Coué, et de PNL. Cette méthode est pratiquée le plus souvent par des psychothérapeutes avides de gains, elle peut être efficace par effet placebo,. mais nocive dans beaucoup de cas .    Certains professionnels de la communication désireux d'augmenter  leur ressources et poussés par l'envie d’améliorer leur emprise sur leurs clients et patients utilisent de telles méthodes.Dans cet néo-hypnotisme, certains groupes sectaires y ont introduit des relents d’occultisme avec chamanisme et vaudou. D’autres groupes aux exercices de relaxation, ont ajouté des exercices spirituels et d’auto persuasion. Suivant les méthodes employées d’hypnose les résultats sont plus ou moins convaincants 

Méthode Coué dite auto-subjective

La suggestion est vieille comme le monde, elle de tous soit inconsciemment, soit sciemment enveloppé dans des pratiques religieuses, mystiques, et de thaumaturgie, ou même masqué par des procédés divers de thérapeutique.

Emile coué( 1857 -1926) fut d’abord un disciple d’Hippolyte Bernheim [119] [120] doit à Bernheim en particulier certaines guérisons par effet placebo de la mie de pain

Pour Pierre Janet (1859-1947) et Jean Martin Charcot (1825-1893), la suggestion est un phénomène pathologique ne se produisant que dans des états maladifs, dans l’hystérie en particulier et liée à une désagrégation mentale

Pour Liebault et Bernheim , la suggestion est un phénomène normal, c’est « une idée qui se transforme en acte »

L’autosuggestion lorsqu’on l’emploi inconsciemment, c’est une méthode de choc et l’efficacité de l’autogestion est proportionnelle à l’élément émotionnel qui y est lié Emile Coué [121] rapporteles faits suivants « en s ‘approchant d’une dame à demi paralysée qui se déplaçait avec des béquilles, il enflamme un journal prés de son siége en criant au feu « la dame se leva précipitamment et s’enfuya en lâchant ses béquilles, et remarcha ensuite normalement p 13. Ce cas relève d’un miracle, et Emile Coué ne précise pas dans combien de cas sa méthode a été sans résultat. De même E Coué préconise de dire à un enfant paresseux « tu n’es pas paresseux, tu n’es plus poltron, tu deviens travailleur et appliqué »

Pour Coué ,il faut bien peser les choses qui doivent faire l’objet de l’autosuggestion et selon ,qu’elle répond oui ou non ,se répéter plusieurs fois sans penser à autre chose « l’inconscient accepte cette suggestion s’il l’auto-sugérre ,ainsi entendue ,l’autosuggestion serait de l’auto hypnotisme.

L’inconscient dirige tout chez nous, le physique et le moral.

C’est lui qui préside au fonctionnement de tous nos organes et même de la plus petite cellule de notre individu par l’intermédiaire des nerfs »

 

La méthode Coué a surtout marché pour lui même , car il était fortement convaincu de son éfficacité. La plus part des résultats ont été constaté par des patients et témoins fortement « hypnotisés » par Emile Coué [122].

 

Selon Pavlov, la pensée est créatrice de réflexes conditionnés et subtils.

L’inconscient dirige tout chez nous, le physique et le moral.

C’est lui qui préside au fonctionnement de tous nos organes et même de la plus petite cellule de notre individu par l’intermédiaire des nerfs

Craindre la maladie, c’est la déterminer.pour E Coué et Pavlov, l’inconscient correspond à un être intelligent, doué d’une mémoire merveilleuse. il y a une analogie entre somnambulisme et alcoolisme, en effet il y a un Dieu pour les somnambules et les personnes ivres, car des mouvements inconscients les empêchent de tomber.la méthode Coué, c’est une forme de prière laique ,comme pour la prière religieuse, elle peut vous apaiser si vous « répétez 20 fois matin et soir « tous les jours à tout point de vue, je vais de mieux en mieux « .Mais l’application de la méthode Coué ,ne fait que reculer les problèmes le plus souvent

 

Méthodes corporelles

Les gymnastiques orientales

Ces gymnastiques ont un symbolisme taoïste ou ayur-védique. Néanmoins par ce symbolisme mnémotechnique on peut mieux mémoriser certains enchaînements de mouvement ;

La pratique de ces gymnastiques est très bénéfique pour le corps, la respiration et l’équilibre.

Il faut oublier,ou pardonner au professeur de ces disciplines, les allusions aux méridiens de la médecine traditionnelle chinoise ou aux chakras, s’il ne cherche pas à vous endoctriner dans des sectes par la méditation transcendantale ou l’autohypnose.

Gymnastiques chinoises

Le Qi Gong et le tai-chi-chuan sont à la croisée de la gymnastique, du yoga et de la sophrologie.

  Le QI GONG ou Chee Gong est une méthode de gymnastique et relaxation chinoise qui daterait de 5000 ans.Il est basé sur des mouvements lents et d’étirement des muscles. Comme pour la mésothérapie, certains mouvements sont à déconseiller en cas de phlébite, et il est abusif de dire que le qi cong corrige une infinité de maux. Le Qi Cong est bénéfique, pour créer une fatigue physique sans effort cardiaque, cela peut diminuer en effet vos insomnies., mais ne cherchez.pas à quantifier votre énergie interne. Nous doutons contrairement aux maîtres du QI Cong , que la pratique assidue du Qi Cong vous permette d’ arrêter de longues dépendances à des produits comme le tabac, l’alcool et d’autres drogues. .

  D’après l’académie internationale du QI Cong, le Qi Cong le plus pratiqué est celui de Pengzu datant de près de 4300ans, .il est basé sur le principe de l’énergie interne(dans notre corps) et externe(dans la nature),cette pratique permet progressivement de gérer ; nos maux physiques et psychiques sans aucune pharmacopée permet également de prévenir les maladies et de conserver le bon équilibre de la santé. 

Ces principes d’énergie interne dérivent du taoisme et ne correspondent à rien au point de vue biophysique ou physiologique.

Comme pour le yoga vers les années soixante de nombreuses sectes se sont introduites dans ces centres Qi Gong Le tai chi chuan,en augmentant considérément le temps de la méditation transcendantale, vis à vis de la gymnastique.

 

Le yoga

Comme pour le Qi Cong, il y a un grand nombre d’écoles de yoga.

La pratique du yoga peut nous aider à retrouver le bien-être par une meilleure respiration, et nous aider dans notre équilibre du corps et de la respiration..

 Cela peut aller de la simple détente jusqu'à une recherche spirituelle, ce qu'on appelle la « méditation » et c’est par ce coté que les sectes cherchent à endoctriner leurs patients. Selon des maîtres du yoga, tout le monde peut pratiquer le yoga si l'on a le profond désir de mener une vie plus saine et plus complète.

Le Yoga nidra est la Forme de yoga reposant sur un symbolisme très ésotérique, et il est pratiqué en Inde par des yogis, les Yogi. Ces derniers sont des fakirs, se soumettant à une dure discipline physico-psychologique.

Selon les doctrines du yoga, ilest dit « Bien qu’ils attendent encore pour l’essentiel d’être étudiés positivement, on peut sans absurdité admettre que le contrôle de la respiration, d’exercices musculaires remarquables, de certains mécanismes psychologiques, permet d’étendre l’action de la volonté, les 5 points de la doctrine du yoga nidra sont pour les adeptes et praticiens « Une Rotation de la conscience », c’est à dire une prise de conscience des différentes parties du corps selon un circuit précis »

.lors de séances de yoga,.ll y a en effet une prise de conscience de la respiration, et cela est bénéfique pour diminuer des stress

Par contre, nous sommes sceptiques sur les sensations sur lesquelles le yoga nidra s’appuient, qui seraient la chaleur, le froid, la lourdeur, la légèreté, le plaisir la douleur, l’amour, la haine etc. ; ,bref ça marcherait pour tout.

Le yoga nidra emploie à outrance la méditation transcendantale et Le sankalpa’( résolution souhaitée).

Le sankalpa est une application de la méthode Coué pour réaliser un souhait, d’après le sankalpa, il faut utiliser le même sankalpa jusqu’à résolution complète, (raisonnement illogique basé sur l’auto persuasion), ce n’est pas par ce qu’on récitera mille fois le sankalpa « je serai riche » qu’on deviendra riche.

Sophrologie

La sophrologie est la méthode, qui étudie les modifications et les phénomènes de la conscience humaine obtenus à l’aide de procèdes psychologiques àr des fins thérapeutiques. Telle est la définition du néologisme crée par le médecin colombien Alfredo Caycédo en 1960. Ce terme vient du grec sophron (sagesse liée à la santé de l’esprit).

La sophrologie se veut une doctrine philosophique alliant les messages de l’orient à l’occident, elle n’intègre pas seulement un néo-hypnotisme mais le yoga, les états d’extase des formes de relaxation, la musicothérapie…etc.

la sophrologie est souvent à la croisée des gymnastiques orientales (yoga Qi Gong et le tai-chi-chuan) et de la relaxation..

La sophrologie est souvent synonyme de « gymnastique holistique[123] »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

CHAPITRE VI

Évolution de la science et des parasciences

Ce serait nuire à l’avancement des sciences que de vouloir s’élever à des idées générales en négligeant la connaissance des faits particuliers. Est-ce une citation à mettre entre «  « ???

(A. Von Humboldt, Relation historique du voyage…, 1805)

Réflexions épistémologiques

L’épistémologie ou histoire critique des sciences est née en France avec Alexandre Koyré. Celui-ci a montré une interruption apparente entre les philosophes astronomes, hellénistes (Thalès, Pythagore, Aristote) et les astronomes cosmologues des xvie et xviie siècles (Brahe, Kepler, Copernic, Bruno, Galilée).

Jusqu’au xvie siècle, les connaissances scientifiques ont stagné dans l’Europe chrétienne. Celles-ci étaient axées sur l’astronomie, et la mise au point de certaines techniques était souvent empirique.

En effet, comme nous l’avons expliqué au chapitre I, la science est fondée sur des observations et les théories doivent avoir des preuves irréfutables. Certaines théories et calculs ont été établis sur des doctrines fausses, mais qui ont donné des résultats relativement justes. C’est le cas des relevés astronomiques des Babyloniens, qui assimilaient la Terre à un disque.

Le fait est que l’évolution universelle des sciences est loin d’être linéaire, comme l’ont observé Alexandre Koyré[124], Angèle Kremer-Marietti[125], Gaston Bachelard[126], Jean Rosmorduc[127]. Nous avons eu des périodes de recul de la connaissance scientifique, par exemple à la fin de l’Empire romain, après le ive siècle, ou de la science dans le monde musulman, après le xiie siècle.

Selon Bachelard (3), « la pensée moderne se présente vis-à-vis de la pensée aristotélicienne comme une généralité rectifiée, comme une généralité amplifiée. Aristote enseignait que les corps légers, fumées et vapeurs, feu et flamme, rejoignaient à l’empyrée leur lieu naturel, tandis que les graves cherchaient naturellement la terre. Au contraire, nos professeurs de philosophie enseignent que tous les corps tombent sans exception. Et voilà fondée, croient-ils, la saine doctrine de la gravitation. Nous devons mettre à la base de la culture scientifique les généralités les plus grandes. À la base de la mécanique : tous les corps tombent. À la base de l’optique: tous les rayons se propagent en ligne droite. À la base de la biologie : tous les êtres sont mortels. On mettrait au seuil de chaque science de grandes vérités premières, des définitions intangibles qui éclairent toute doctrine ».

En Occident, cette évolution peut s’expliquer ainsi jusqu’au ive siècle ; les sciences ont progressé essentiellement grâce aux penseurs Grecs, mais le déclin de cette civilisation aristotélicienne et l’arrivée du christianisme ont freiné l’évolution des sciences jusqu’à la Renaissance. En revanche, à la même époque, dans le monde islamique et dans l’Extrême-Orient, les sciences et les techniques se sont développées et connaîtront leur apogée en Andalousie avec Averroes et à Bagdad avec Avicenne entre les xiie et xve siècles.

Les principes fondamentaux de la géométrie et de la trigonométrie étaient connus au vie siècle avant notre ère avec Thalès (vers 625-548 av. J.-C.) et Euclide[128].

Naissance des chiffres [129]

Il y a cinq mille ans, les Sumériens inventèrent l’écriture et une base de chiffres hexadécimale.

Les chiffres sont apparus chez les Grecs et les Romains vers 700 avant notre ère. Pour les Hébreux, les chiffres correspondaient aux lettres de l’alphabet hébraïque. Les sciences, les mathématiques et les techniques sont liées à l’histoire du chiffre, comme l’a expliqué Georges Ifrah dans son Histoire des chiffres[130]. Au départ, pour calculer, les hommes ont utilisé leurs doigts et leurs phalanges, puis des objets (cailloux, brindilles, coquillages…).

Les chiffres romains

Les chiffres de 1 à 3 sont représentés par des traits verticaux, et les nombres multiples de 5 par des lettres symbolisant un chiffre. V pour 5, X pour 10, L pour 50, C pour 100, M pour 1 000, etc.

Pour les nombres non multiples de 5, l’addition se faisait à droite et la soustraction à gauche. Exemple : 1 348 M CCC XL VIII.

Les chiffres grecs

Les chiffres de 1 à 4 sont représentés par I, II, III, IIII, les nombres sont écrits par un principe d’addition G 5, D 10, H 100, X 1 000.

Exemple : 50 G.D ou GD, 500 H. D ou HD. Exemple : 1 348 X HHH DDDD GIII.

Les chiffres des anciens Hébreux

Pour les Hébreux, les nombres jusqu’à 10 correspondent aux lettres de l’alphabet hébraïque, ce qui explique que la numérologie est née avec l’alphabet hébraïque.

. 1 א ‘Alef, 2 ב Bet, 3 ג Guimel, 4 ד Dalet, 5 ה Hé, 6 ו Vav, 7 ז Zayin, 8 ח Hét, 9 ט Tét, 10 י Yod.

Il y a 22 lettres dans l’alphabet hébraïque. De la onzième à la dix-huitième lettre, il y avait représentation des dizaines de 20 à 90 et les lettres de 18 à 22 (tav) représentent les valeurs 100, 200, 300 et 400. ??????

Actuellement, les Israéliens utilisent les chiffres arabes dans leurs écritures.

Les chiffres sanskrits

La notation décimale avec le zéro date à préciser. Pour les Indiens, le zéro représentait la Terre.

La numérotation avec le zéro facilite les calculs, car elle évite l’emploi d’abaques, de pions ou de bouliers dans les opérations.

Par exemple, en chiffres romains, 21 X 35 correspond à XXI facteur de . XXXV

Soit 10 + 10 + 1 facteur de 10 + 10 + 10 + 5

Les chiffres dits arabes

Les Arabes ont pris connaissance, dès le viiie siècle, des chiffres sanskrits lors de la conquête de la vallée de l’Indus et d’une partie du Panjab par le sultan Muhammad Ben al Qâsim.

Mais ce n’est que vers 773, sous le califat d’Al Mansûr de Bagdad, que les méthodes de calcul avec les chiffres sanskrits furent employées localement.

Les Occidentaux n’ont pas pu profiter des méthodes de calcul de cette école de Bagdad lors des premières croisades.

C’est grâce au mathématicien et religieux français Gerbert d’Aurillac (938-1003), qui se serait formé au contact des scientifiques musulmans du côté de Séville, puis en Tunisie, que l’Occident chrétien prit connaissance des chiffres sanskrits (encore appelés « chiffres arabes »). L’initiative de Gerbert d’Aurillac d’introduire les chiffres arabes se heurta à cette époque à l’Église romaine. Gerbert d’Aurillac deviendra pape en 999 sous le nom de Sylvestre II, mais il fut soupçonné d’hérésie et ne put imposer sa réforme sur les chiffres et vaincre l’obscurantisme qui voyait derrière ces chiffres l’œuvre du diable [131]. LA NOTE MANQUE

Il faudra attendre le xiie siècle pour qu’il y ait introduction du signe zéro et des chiffres arabes, préalablement occidentalisés.

Les chiffres de la numérotation chinoise

Pour représenter les nombres, les Chinois se servent d’un système décimal comportant 13 idéogrammes fondamentaux, 9 signes représentent les chiffres de 1 à 9 et 4 signes représentent les 4 premières puissances de 10, soit 10, 100, 1 000, 10 000.

L’usage des bouliers facilitait les opérations.

Naissance des mathématiques [132]

Les mathématiques sont nées quand est apparue la nécessité de convaincre et de justifier par la raison des affirmations et des pratiques issues des activités de production humaines, aussi bien dans le domaine numérique (recensements statistiques, échanges commerciaux…) que dans le domaine géométrique (partages de terres, constructions de bâtiments, confection d’objets). Le premier mathématicien dont le nom est connu est Thalès de Milet, qui vivait au vie siècle avant Jésus-Christ. Commerçant et ingénieur, ses voyages lui permirent de se former aux pratiques du calcul et de la géométrie des Égyptiens et des Babyloniens.

On lui doit l’abstraction des objets de la géométrie en des objets parfaits sur lesquels des raisonnements généralisables peuvent opérer.

Pythagore de Samos, né au vie siècle avant Jésus-Christ, aurait, dit-on, bénéficié des enseignements de Thalès pour initier les mathématiciens, ceux qui, contrairement aux acousmaticiens[133], avaient le droit d’échanger paroles théoriques et abstraites dans une interprétation numérique du monde, à l’origine de l’arithmétique. Mais les conceptions sectaires et ésotériques des pythagoriciens ne pouvaient convenir aux nécessités du débat que la démocratie athénienne supposait dès le ve et, surtout le ive siècle avant Jésus-Christ.

Platon, philosophe athénien (427-347 av. J.-C.), enseignait que les politiciens armés de la pensée dialectique devaient au préalable être rompus aux mathématiques (« Nul n’entre ici s’il n’est géomètre », avait-il fait inscrire au fronton de son académie), c’est-à-dire investis de la capacité de distinguer le monde sensible et corruptible du monde des idées, celui dans lequel peuvent être développés les raisonnements qui mettent en œuvre des concepts abstraits et immuables.

C’est bien dans le monde des idées qu’Euclide d’Alexandrie (315-255 ?), à l’orée du iiie siècle avant Jésus-Christ, a rassemblé ses Éléments, véritable œuvre fondatrice de la géométrie et de l’arithmétique pour des siècles. De grands problèmes des mathématiques naissantes, générateurs des progrès ultérieurs, sont en germe dans les Éléments. Mais, surtout, la méthode démonstrative y est quasiment achevée, ce qui a permis à Nicolas Bourbaki, mathématicien polycéphale du xxe siècle[134], d’écrire en préface à ses Éléments de mathématique : « Depuis les Grecs, qui dit mathématique dit démonstration. »

Bien que nourri par les Éléments d’Euclide, Archimède (né à Syracuse, 287-212 av. J.C.), peut-être le plus génial mathématicien de tous les temps, procédait d’une autre méthode : celle des ingénieurs qui, de systèmes concrets, tirent l’essence de leur fonctionnement pour en abstraire de nouvelles démarches de pensée et de nouveaux résultats théoriques.

L’œuvre d’Archimède est un point singulier dans l’histoire des mathématiques, tellement ses méthodes de résolution sont originales et en décalage avec son temps. Géomètre accompli, Archimède peut aussi être considéré comme le précurseur lointain de l’analyse infinitésimale.

Au cours des cinq siècles précédant le Moyen Âge, d’autres mathématiciens nous ont transmis les connaissances des Anciens en les développant, et leurs travaux ont été à la base des avancées classiques et modernes.

Citons par exemple le géomètre grec Pappus d’Alexandrie (iiie siècle av. J.-C.) pour la communication des résultats d’Apollonius de Perge (vers 262-190 av. J.-C.) sur les coniques, ingrédient pour la géométrie projective de Poncelet (1788-1867).

Citons aussi l’astronome Claude Ptolémée, au iie siècle av. J.-C., pour la trigonométrie léguée par Hipparque (iie siècle av. J.-C.,), promoteur dans l’Almageste de la cosmogonie géocentrique qui a si bien convenu au monde chrétien pendant plus de quinze siècles, avant d’être progressivement remplacée par le système héliocentrique de Copernic (1473-1543).

Citons enfin Diophante (entre les iie et ive siècles) qui, dans ses Arithmétiques, prolongeait les Livres VII à IX des Éléments d’Euclide pour résoudre des problèmes qui peuvent être considérés comme précurseurs de l’algèbre. On sait que Pierre de Fermat (1601-1665) s’en est largement inspiré au xviie siècle. À l’orée du Moyen Âge, les mathématiques du quadrivium aristotélicien (arithmétique, géométrie, astronomie, musique) étaient installées pour des siècles.

Il revenait aux mathématiciens arabo-musulmans d’en conserver les textes et de les commenter en les enrichissant, pour que le monde occidental de la Renaissance puisse en hériter.

Les grandes avancées postérieures remarquablement nouvelles furent successivement :

– la numérotation décimale de position héritée des Indiens du ve siècle, adaptée et transmise à l’Occident par les Arabo-Musulmans qui réinventent le zéro au ixe siècle ;

– l’algèbre issue des classifications d’Al-Khwarizmi (Bagdad, 780-850) des problèmes du second degré, accompagnées de méthodes de résolution nouvelles se désolidarisant des contraintes géométriques ;

– le calcul infinitésimal, naissant au xviie siècle à partir de la méthode d’exhaustion léguée par Archimède et développée par Simon Stevin (1548-1620), puis des indivisibles, abordé par Galilée (1564-1642) et Cavalieri (1598-1647) notamment ;

Ces avancées ouvrirent la voie au calcul différentiel et intégral de Newton (1642-1727) et Leibniz (1646-1716), outil fondamental pour la résolution des problèmes posés par les observations astronomiques issues des nouveaux instruments, comme la lunette de Galilée, ou par les problèmes de mécanique et de physique liés aux applications des mathématiques, en rapport avec les besoins du commerce et de l’industrie naissante.

– la géométrie analytique, fondée par René Descartes (1596-1650), permettant d’introduire les méthodes de l’algèbre pour résoudre des problèmes de géométrie, ce qui, en retour, a modifié fondamentalement les conceptions de l’espace, au point de faire la place deux cents ans plus tard aux géométries non euclidiennes.

L’histoire des mathématiques rebondit ainsi au xviie siècle pour s’engager dans un développement foisonnant, créant sans cesse de nouvelles branches comme les probabilités, la théorie des nombres, l’analyse fonctionnelle, la géométrie algébrique, la topologie, l’algèbre linéaire, et la liste est loin d’être close.

Naissance des calendriers

Dans l’Antiquité, le temps était un perpétuel recommencement fondé sur les saisons et les travaux des champs[135].

Les calendriers ont toujours une origine religieuse, un de leurs buts étant de concilier hommes et dieux, les prêtes servant d’intermédiaires entre les deux. Ils permettaient aussi de fixer les dates des fêtes religieuses.

L’introduction de l’agriculture, il y a quelque dix mille ans, et l’arrivée des premiers paganismes nécessitèrent la création de calendriers.

Cela permit de déclencher les travaux agricoles à la bonne époque au moment opportun et d’envisager des stockages suffisants de denrées en attendant la prochaine récolte.

Au commencement, la vie des hommes et des animaux était rythmée par l’alternance du jour et de la nuit et les saisons. Les hommes ont voulu compter les jours et mettre le temps en équation.

On doit aux Chaldéens (vers 4000 avant Jésus-Christ) la division de la journée en deux fois 12 heures, l’heure en 60 minutes et la minute en 60 secondes.

Il leur fallut trouver un repère facilement observable par tous, avec un phénomène cyclique précis, d’où l’utilisation de calendriers lunaires, ayant pour référence la lunaison, qui correspond à l’intervalle entre deux pleines lunes. C’est ce qu’établirent les Babyloniens il y a cinq mille ans, mais aussi les premiers Égyptiens, Chinois, Indiens et Hébreux.

La durée entre deux lunaisons varie entre 29 jours et 6 heures et 29 jours et 20 heures. À Babylone, les astronomes établirent un calendrier lunaire de 354 ou 355 jours sur douze mois de 29 ou 30 jours avec un réajustement de 10 ou 11 jours tous les ans pour être en phase avec le cycle solaire de 365,25 jours et le rythme des saisons. Ce calendrier était logique, car les cycles lunaires sont d’un repérage plus facile que ceux du Soleil.

L’année tropique représente la révolution de la Terre autour du Soleil d’un équinoxe de printemps à un autre, sa durée est 365 jours, 5 heures, 48 minutes et 45,9 secondes.

L’année sidérale correspond au temps à compter à partir duquel le Soleil revient en face d’une étoile donnée ; sa durée est 365 jours, 6 heures, 9 minutes et 9,54 secondes.

Il est à noter que le calendrier musulman, qui est aussi un calendrier lunaire, fonctionne sur des cycles de 33 ans, avec 19 années de 354 jours et 11 années de 355 jours. Le calendrier musulman prend pour référence et début de son calendrier la date du jour l’exil du prophète à Médine, ce que l’on nomme l’Hégire, qui débute le 16 juillet 622 du calendrier grégorien[136]. Il est l’un des rares calendriers fonctionnant sur les cycles lunaires.Il est en décalage perpétuel avec le calendrier grégorien et les autres calendriers, ci-après[137].

Les calendriers hébraïque, chinois, shintoïste et hindouiste sont lunaires, mais en phase avec les cycles solaires après ajout d’un mois au bout de certaines périodes. Le calendrier juif comprend 12 mois lunaires et 1 mois intercalaire ajouté périodiquement. Le calendrier hindouiste comprend 12 mois de 28 ou 29 jours, soit des années de 354 ou 355 jours et, tous les 3 ans, un 13e mois de 28 jours est ajouté.

Les calendriers confucianiste et shintoïste sont identiques, ils ont des années de 12 ou 13 mois. La référence pour ces calendriers était la date de couronnement du nouvel empereur.

Les premiers décomptes des années, avec une seule référence, dateraient tout d’abord des Hébreux, qui prirent comme origine des temps une date biblique supposée de la Genèse. Ensuite, les Romains prirent comme point de départ la fondation de Rome. Les premiers calendriers romains étaient solaires, et, en 45 av. J.-C., Jules César imposa le calendrier établi par l’empereur Julien selon le cycle de Méton (année bissextile tous les quatre ans).

La date de naissance supposée du Christ s’imposa après le ve siècle comme origine des calendriers.

Notre calendrier actuel, dit grégorien, fut adopté en 1582 sous l’autorité du pape Grégoire XII. Dans ce calendrier chrétien, les noms des mois se rapportent à des dieux ou à des empereurs romains. Par exemple, le mois de Janvier, commençant l’année, célèbre en fait la divinité romaine Janus.

Précisons que, le 22 septembre 1792, fut créé, sous la Révolution française, le calendrier républicain, avec 12 mois de 30 jours et 5 ou 6 jours ajoutés en fin d’année. Ce calendrier prit fin en 1805.

L’astronomie hellénique

Environ trois mille deux cents ans avant notre ère apparaissent les civilisations du Croissant fertile (région s’étendant de la Mésopotamie à la vallée du Nil).

Les Égyptiens n’avaient pas de grands astronomes, mais de remarquables architectes et géomètres, tandis que les Mésopotamiens, par leurs prêtres astronomes, s’intéressaient eux plutôt à l’observation du ciel. Ces derniers avaient d’excellents astronomes.

Dès cette époque, les hommes ont cherché une symbolique pour se rapprocher du ciel, ce qui explique en particulier la construction en Mésopotamie des ziggourats, qui sont des tours très élevées, non funéraires, réservées à des cultes religieux.

L’astronomie est née au vie siècle avant notre ère avec les Babyloniens, qui repérèrent les constellations du zodiaque. Ils considéraient la Terre comme plate et flottant dans un océan infini.

Avec les Grecs, la science proprement dite se constitue dès le ve siècle avant notre ère avec les penseurs, philosophes du monde helléniste de la côte égéenne (Millet, Samos, Éphèse), de Perge et surtout d’Alexandrie, à l’apogée d’Alexandre le Grand, avec Euclide et Archimède (avant son exil en Sicile), et Thalès de Millet (vers – 640 à 562 av. J.-C.). À cette époque, les astres étaient considérés comme des godets remplis de feu fixés sur la voûte céleste et capables de s’ouvrir et de se refermer.

Pour Pythagore, la Terre était hémisphérique.

À cette période, à Athènes, Aristote 384-322 av. J.-C.), disciple de Platon (428-348 av. J.-C.), énonça le principe d’une rondeur (ou d’une rotondité ?) de la Terre. Aristote pensait que la Terre était ronde et située au centre de l’Univers. Selon Aristote, le vide n’existe pas et il n’y a pas de monde sans impulsion. Si une pierre tombe, c’est que l’air a poussé la pierre. Pour Aristote, la Terre est immobile, car, si elle tournait, un objet qui tomberait d’une tour arriverait en retrait au pied de cette tour. En effet, pendant le temps correspondant à la chute, notre planète s’est déplacée. Le même argument sera d’ailleurs repris vingt siècles plus tard par Galilée.

Aristote énonça empiriquement les premiers principes de la statistique en mécanique. Mais, pour expliquer que l’objet tombe au pied de la tour, il faut prendre en compte le principe d’inertie qu’énoncera clairement Newton au xviiie siècle.

En effet, si on considère que la Terre a une révolution sur elle-même de 40 000 km en 24 heures, elle se déplace en 1 seconde de 140 m et il en résulte donc que, sans considération du principe d’inertie, un objet lâché du haut d’une tour, pour un temps de chute de 1 seconde, se retrouverait à 140 m du pied de la tour (!).

Au ve siècle avant notre ère, Philolaos énonça les premières hypothèses sur l’héliocentrisme. Aristarque de Samos (310-230 av. J.-C.), de l’école d’Alexandrie, imagina une rotation de la Terre sur elle-même autour d’un Soleil immobile. Aristarque fut aussi le premier à essayer de calculer la distance de la Terre à la Lune et de la Terre au Soleil par une méthode purement géométrique.

Les calculs prenaient en considération le triangle formé par la Lune, le Soleil et la Terre en dichotomie (phase de la Lune à son premier ou à son dernier quartier). Ces travaux contraires aux thèses géocentriques d’Aristote valurent à Aristarque de Samos d’être accusé d’impiété et d’être mis à l’index de la société. Il faudra attendre mille huit cents ans pour que ces hypothèses soient reprises par Copernic. C’est Léon Foucault qui, par la réalisation de son pendule, en 1851, donnera le coup de grâce au géocentrisme et à la rotation du Soleil autour de la Terre.

Le plus grand astronome de l’Antiquité fut Hipparque (161-126 av. J.-C.) Il doit ce privilège à des observations rigoureuses des astres rendues possibles par la confection des premiers dioptres (le dioptre était un appareil de visée pour mesurer les angles et la sphère armillaire). Cette sphère était un assemblage de cercles représentant le ciel et le mouvement des astres au centre duquel figure la Terre. Ces différents appareils, dont certains avaient jusqu’à 5 m de diamètre, ont permis à Hipparque de mesurer la distance relative entre la Terre et la Lune et le diamètre relatif de la Lune par rapport au diamètre de la Terre ; ces valeurs étaient justes à 10 % près et ont servi jusqu’à Halley (1656-1742) pour l’étude du mouvement des étoiles.

C’est à Archimède (287-212 av. J.-C.) que l’on doit l’établissement par des calculs mathématiques des premières lois de l’hydrostatique et de la cinématique.

Au ier iie ???? siècle apr. J.-C., Ptolémée (vers 90-vers168)[138] établit les premières cartes du ciel, en complétant le catalogue établi par Hipparque avec la découverte de plus de 1 000 étoiles. Il affirma que la Terre était immobile et ronde. Ptolémée confirma la sphéricité de la Terre par la disparition d’un bateau à l’horizon. On lui doit aussi la réalisation des premiers astrolabes et globes terrestres. Sur ces globes, les dimensions du bassin méditerranéen étaient exagérées. L’Afrique s’arrêtait à l’équateur et les limites de l’Asie étaient très floues.

Mais Ptolémée, pour confirmer son géocentrisme, avait truqué des chiffres d’expériences pour les faire coïncider avec sa théorie des épicycles.

Au xiiie siècle, le système de Ptolémée est christianisé et réactualisé : en considérant on considère alors naïvement que ce sont les anges qui font tourner les planètes.

Jusqu’à Copernic et Kepler, on considérait la Terre comme immobile et au centre de l’Univers, car Dieu n’avait pu concevoir un emplacement excentré pour la Terre. Pour les chrétiens, si la Bible relate l’épisode où Josué arrête le Soleil, c’est que celui-ci tourne autour de la Terre.

Naissance de l’astronomie copernicienne

En 1508, Léonard de Vinci affirme que « la Terre n’est pas au milieu du cercle du Soleil, ni au milieu du monde, mais bien au milieu de ses éléments qui l’accompagnent et lui sont unis »[139]. Mais il faudra attendre Copernic pour une justification rationnelle d’un système planétaire héliocentrique.

Nicolas Copernic (1473-1543), astronome et chanoine polonais, fut le premier à démontrer les incohérences du géocentrisme de Ptolémée. C’est en 1543, année de sa mort, que fut publié De revolutionibus orbium coeslestium, mais, [ce n’est pas explicite, on ne comprend la relation] pour Copernic, le déplacement des astres correspondait à des orbites circulaires. Cette même année fut publié le Humani corporis fabrica de Verside. Vésale ???

Pour Copernic, la gravité s’expliquait par une « appétence naturelle » que « l’architecte de l’univers » avait donnée à la Terre, au Soleil, à la Lune et aux autres « clartés errantes ». Mais, pour Copernic, cette pesanteur n’était pas universelle.

Il tenta d’expliquer que notre système planétaire est héliocentrique, comme l’avait déjà affirmé, au iie siècle avant notre ère, Aristarque de Samos.

Ce passage sur Copernic n’est pas clair

Giordano Bruno (1548-1600) naquit à Nola près de Naples. Copernicien, il émettra des hypothèses sur un monde héliocentrique. Nous rappellerons que Giordano Bruno, en 1584, dans son livre L’Infinité de l’univers, a eu l’intuition que la Terre tournait et que le Soleil était au centre de l’univers.

Mais ses intuitions sur une infinité de l’univers et sa philosophie reposant sur un humanisme panthéiste lui valurent d’être arrêté sur ordre de l’Église romaine Il n’abjura pas et mourut sur le bûcher le 17 février 1600 au Campo di Fiori à Rome.

Tycho Brahe (1546-1601), d’origine danoise, fut un observateur acharné et un expérimentateur minutieux pour l’étude du mouvement des planètes.

On lui doit la réalisation d’appareils d’une très grande précision en astronomie. Et ceux-ci lui permirent de découvrir la première nova en 1573.

Il croyait à un système héliocentrique pour toutes les planètes, mais avec une exception de taille pour une Terre fixe avec une Lune tournant autour d’elle.

Il se réfugia dans les dernières années de sa vie à Prague pour éviter les persécutions religieuses.

Johannes Kepler (1571-1630), astronome prussien et disciple de Tycho Brahe, continua les travaux de Tycho Brahe, ce qui lui permit d’établir les premières lois mathématiques sur le mouvement des planètes. En partant de raisonnements mathématiques mais surtout ésotériques, Kepler expliqua les attractions entre les planètes et l’héliocentrisme. Kepler a découvert les lois sur les orbites planétaires et le fait que ces orbites sont des ellipses, parmi lesquelles le Soleil, qui serait situé à l’un des points fixes remarquables de l’ellipse appelé « foyer ». Pourquoi italique ? Est-ce une citation ?

D’après Kepler, les astres sont répartis sur des gammes célestes dont les rapports des distances entre elles seraient les mêmes que dans une gamme musicale. Cette élucubration poétique ne se vérifie approximativement que pour quelques astres sur des millions connus. Pour Kepler, les sphères célestes étaient mues par des anges moteurs et les rapports des distances entre les sphères célestes suivaient les mêmes lois que les gammes musicales, car tout était régenté par Dieu pour un monde parfait.

Ses observations lui permettront de confirmer les hypothèses de Copernic du mouvement de la Terre et des autres planètes autour du Soleil, selon un mouvement elliptique de la Terre et des autres planètes autour du Soleil (et non circulaire, comme l’affirmait Copernic).

 

Lois de Kepler

Première loi de Kepler : l’orbite d’un satellite est une ellipse, l’astre attracteur attractif étant situé à l’un des foyers.

Deuxième loi : les surfaces balayées pendant des temps égaux par le segment de droite joignant le foyer au satellite sont égales.

Troisième loi : il y a proportionnalité entre le carré de la période (temps nécessaire pour parcourir une orbite) et le cube du grand axe de l’ellipse.

 

Kepler fut aussi astrologue et, de nos jours, beaucoup d’astrologues cherchent à créer une confusion entre astronomie et astrologie, en citant Kepler comme astrologue et astronome.

Naissance du cartésianisme et de la physique en Occident

Dès le xvie siècle, avec Léonard de Vinci, certaines allusions sur l’héliocentrisme furent énoncées, mais il faudra attendre Copernic pour une justification rationnelle du système planétaire héliocentrique.

Au xviie siècle, les principaux de sujets de réflexion scientifique ont été :

– l’optique avec Galilée (la lunette, le microscope), Descartes et Huygens (les lois de la réfraction) ;

– la pression des gaz et des liquides (hydrostatique), avec, en Italie, Torricelli, en France, Blaise Pascal, Mariotte, Denis Papin, et, en Angleterre, Boyle ;

– la dynamique des corps avec Galilée.

 

Galilée (1564-1642) 

En 1604, Galilée énonça la loi sur la chute des corps, loi qui détermine la durée de chute à l’espace parcouru.

En 1633, Galilée évita un sort identique à celui de Giordano Bruno en abjurant sa croyance, selon laquelle la Terre pouvait tourner autour du Soleil. Après ses procès, Galilée fit naître une physique mathématique par ses études sur la propagation des sons, la période des pendules, et la chute des corps.

En 1634, le père Mersenne eut le courage de traduire et de publier « les Mécaniques ????? » de Galilée en français. Dans cet ouvrage, on trouve les premières idées sur le principe d’inertie.

René Descartes (1596-1650) 

Avec Descartes, la science devient moins intuitive et fait appel à de nouveaux concepts mathématiques (coordonnées cartésiennes, introduction de l’algèbre).

N’oublions pas que René Descartes fut un grand philosophe à qui l’on doit des principes rationalistes tirés de sa philosophie du déterminisme (voir chapitre I).

On doit aussi à Descartes les premières lois d’optique géométrique, dont celle sur la réfraction de la lumière.

Pierre Gassendi (1582 - 1655)

Il eut le mérite de justifier l’héliocentrisme par de nombreuses expériences et calculs. Il prit position pour Galilée en précisant qu’on avait condamné l’homme, mais pas ses idées.

Il fut l’adversaire philosophique de Descartes à propos du déterminisme religieux. Il fonda le premier cercle scientifique à l’hôtel de Montmore à Paris avec Fermat, Roberval et Huygens. À la mort de Gassendi, ce cercle deviendra le creuset à partir duquel sera créée l’Académie royale des sciences, en 1666.

Torricelli (1608-1648), disciple de Galilée, construisit en 1643 le premier baromètre à mercure et mit en évidence la pression atmosphérique.

Mariotte (1620-1684) 

Il confirma la loi de Boyle en 1676 sur la compréssibilité des gaz : PV = constante. Cette loi precise que, pour une masse de gaz emprisonnée dans un volume V, si le volume est diminué de moitié, la pression est doublée.

On doit aussi à Mariotte les premières lois sur l’élasticité des solides.

Blaise Pascal (1623-1662), entre 1643 et 1648, montra que la pression atmosphérique dépendait de l’altitude en confirmant les observations de Torricelli. Et il énonça en 1648 le principe de la transmission des pressions. Comme Descartes et Gassendi, Pascal fut aussi un grand philosophe.

Boyle (1637-1691)

Il fit de nombreux travaux sur la compressibilité des gaz dès 1666. Il fut un expérimentateur hors pair et, avec l’aide de Denis Papin, il construisit des pompes à faire un vide. Boyle fut un précurseur de Lavoisier, en réfutant à juste raison la doctrine des cinq éléments d’Aristote et il démontra que l’air était nécessaire à la respiration.

Denis Papin (1647-1714)[140] établit la théorie de la machine à vapeur et construisit la première en 1680. Mais étant huguenot, dès la révocation de l’édit de Nantes en 1685, il s’exila en Prusse puis en Angleterre, où il se lia avec Boyle. Il a fallu attendre plus d’un siècle pour voir apparaître les premiers moteurs à vapeur avec Cugnot en France et Fulton en Amérique.

Naissance de l’héliocentrisme et des lois de gravitation.

Isaac Newton (1643-1727) 

Résidant en Angleterre, il n’eut pas à braver le Saint-Office pour montrer l’héliocentrisme et la rotation de la Terre sur elle-même et autour du Soleil.

Avec la loi de gravitation universelle énoncée par Newton, la mécanique et l’astronomie devinrent cohérentes. Newton énonça le principe d’inertie sur la chute des corps ; selon ce texte, «tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement rectiligne uniforme dans lequel il se trouve aussi longtemps que des forces extérieures ne le contraignent pas à en changer ».

 

 

Loi de Newton de l’attraction universelle

 

F = G.m. M / r2

 

Avec F étant la force entre deux planètes de masse m et M, distantes entre elles, de r.

Après Newton, la mécanique se développa aux xviie et xviiie siècles grâce aux nouveaux principes mathématiques de Fermat, Roberval, d’Alembert, Condorcet, puis au début du xixe siècle avec Lagrange, Laplace et Monge.

Le xviiie siècle verra la naissance du siècle des Lumières et Le siècle des Lumières verra la naissance ce de nombreuses techniques que d’Alembert et Diderot, entourés de nombreux savants et philosophes, récapituleront dans leur célèbre Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dont les 17 volumes d’articles et enrichis de nombreuses planches, sont parus de 1751 à 1772.

Âge d’or de la civilisation islamique[141],[142],[143]

Nous venons de voir que l’éveil scientifique de l’Occident commença au xvie siècle, alors que, en Chine et surtout dans le monde islamique, entre le xie et le xve siècle, il y eut de nombreux scientifiques et mathématiciens que l’on peut compter parmi les plus importants de la civilisation universelle.

Pendant cet âge d’or, où la civilisation arabe n’était qu’une partie de la civilisation islamique, les Moghols, les Perses et les Ottomans jouèrent aussi un rôle significatif. L’apport de la culture islamique vers le xie siècle en Occident fut très important, particulièrement avec Avicenne, médecin et philosophe (980-1037), et Averroès, philosophe, médecin et juriste (1126-1198).

Avicenne en Perse et Averroès en Andalousie furent les propagandistes de la pensée aristotélicienne et luttèrent contre la magie des alchimistes occidentaux. C’est grâce à eux que nous sont parvenues les œuvres de Platon et d’Aristote.

Selon Roshdi Rashed, entre le viiie et le xve siècle, la recherche la plus avancée se faisait en arabe langue de la science, depuis l’Andalousie jusqu’aux confins de la Chine. La science arabe a été la continuité de la science helléniste jusqu’à la Reconquista. Nous rappellerons que c’est par l’intermédiaire de l’Islam que sont parvenus en Occident les chiffres dits arabes vers le xe siècle. L’apport de ces chiffres sanskrits, dont l’élément de base est le zéro, a été considérable pour la création des mathématiques et de l’algèbre. On doit l’algorithmique au mathématicien persan Al Khawarizmi vers 820, plus connu en Occident sous le nom d’Al Gorismus. Les travaux d’Al Khawarizmi ont permis un envol de l’arithmétique, des algorithmiques de calcul, de l’algèbre et de la géométrie.

L’intérêt des Arabes pour l’astronomie est lié à la détermination des heures de prières et du début du Ramadan. En astronomie, les Arabes ont utilisé des références indiennes, mais sont restés au modèle de Ptolémée du géocentrisme avec de nombreuses corrections, pendant plusieurs siècles.

En effet, dans le Coran, c’est la conception géocentrique de l’univers qui se dégage de la lecture des versets les plus explicites, par exemple « Le Soleil chemine vers son lieu de séjour habituel » (sourate XXXVI, verset 38).

Alhazen ibn al haiytham ou ibn el khaytam dit alhazen (961-1039)[144] fut le plus grand physicien de l’époque médiévale. Il vécut en Égypte, et on lui doit les premières études sur les mécanismes subjectifs de la vision. Les Grecs croyaient que la lumière était un « feu » envoyé par l’œil pour voir un objet. alhazen prouva que la perception est indépendante de l’observateur mais dépend de l’objet. En introduisant la notion de rayon lumineux, il donna les fondements de l’optique.

Il constata aussi l’existence d’un rapport constant entre l’angle d’incidence et l’angle de réfraction, six siècles avant Descartes, pour des rayons lumineux traversant deux milieux.

L’alchimie arabe fut le précurseur de la chimie moderne, contrairement à l’alchimie occidentale (voir chapitre Alchimie). N° de chap

Médecine arabe

La médecine arabe a été tributaire jusqu’au xe siècle des influences hellénistes (Hippocrate, Esculape) et romaine (Galien). Les écoles de médecine andalouses et de Bagdad ont été les précurseurs de la médecine moderne, en particulier concernant les symptômes de la variole et de la rougeole, qui ont été étudiés à Bagdad par Al Razi au xe siècle.

L’autre grand nom de la médecine est Ibn Sina (980-1037), connu en Occident sous le nom d’Avicenne. Dans son Livre de science[145], il prouva sa maîtrise dans toutes les sciences de son temps (astronomie, géométrie, médecine, vision). Mais c’est surtout de la médecine, qu’il exerça et enseigna dès l’âge de 16 ans, que lui vient sa réputation. Sa pratique d’enseignant ne souleva jamais d’opposition. Au contraire, elle lui assura la sympathie et la reconnaissance de ses malades ainsi que la protection des princes. Avicenne a proposé des analyses de nombreuses maladies (méningite, pleurésie, apoplexie). Contrairement à sa médecine, sa philosophie aristotélicienne fut l’objet d’attaques violentes par des théologiens fanatiques et les soufis de Bagdad.

La science d’Extême-Orient[146],[147],[148],[149]

C’est une erreur de croire que tout développement scientifique ne peut avoir qu’une source à son origine, car il faut admettre l’existence de plusieurs courants de pensée parallèles, mais complètement indépendants, survenant dans les parties extrêmes du monde. En effet, les Chinois ont découvert des mathématiques proches de celles du monde helléniste, dès 500 av. J.-C. En 1214, des astronomes chinois découvrirent et observèrent la première nova, qui n’était pas visible en Occident.

Avec beaucoup d’empirisme et de pseudosciences, les technologies chinoises eurent des succès retentissants.

La dynastie du bronze débuta en Chine vers 1500 av. J.-C. et continua avec les dynasties Zhou (d’environ 1050 av. J.-C. à environ la fin du iie siècle apr. J.-C.).

Dès le ve siècle avant notre ère, la science chinoise a été influencée par le taoïsme et par le philosophe grec Empédocle (vers 445-490 av. J.-C.).

La nature est constituée en proportions finies de quatre rhizomatas (à vérifier, pas trouvé), éternelles et innées, la terre, l’eau, l’air et le feu, qui sont soumis à deux tendances opposées : l’amour et le conflit.

Zou Ian, vers 300 av. J.-C., considère que la nature est plutôt constituée de cinq éléments qui sont la terre, l’eau, le feu, le bois et le métal, en opposition avec deux forces, le yang et le yin.

Le yang correspond à la chaleur, au soleil, à la virilité, mais aussi à des forces croissantes.

Le yin correspond à la pluie, aux nuages, à la féminité, mais aussi à des forces décroissantes.

Ceci explique le mouvement ondulatoire entre le yang et le yin.

La cosmologie helléniste sera connue en chine dès 400 av. J.-C., mais, en revanche, l’hypothèse atomistique de Platon sera inconnue.

Il faudra attendre Wan Chong (27-97) pour une remise temporaire en question du yi jing ou yi king (livre des changements).

Plusieurs siècles avant notre ère, les Chinois ont observé que certains métaux prenaient des directions privilégiées par rapport au nord de la Terre. Mais ce n’est que vers 1150 qu’apparurent en Chine les premières boussoles à pivot.

Dans toute l’histoire de la Chine, il y a une importance pour les calendriers d’être liés aux mathématiques et à l’astronomie. il fait souligner l’importance du lien entre les mathématiques et l’astronomie.

Dès le xiie siècle (date à vérifier), il y eut des échanges scientifiques entre le monde islamique et la Chine. En 1362, Ata Ibn al Sarmanquandi a rédigé un traité d’astronomie avec des tables de lunaison en chinois et en arabe. Les additions et soustractions se faisaient directement en écrivant les nombres au moyen de jonchets sur un tableau. Il suffisait ensuite, pour avoir le résultat de l’opération, de réunir ou de soustraire les jonchets, colonne par colonne (principe du boulier).

Les premiers contacts commerciaux et scientifiques avec l’empire du Milieu sont dus au Vénitien Marco Polo[150].

En 1715, il y aura condamnation des rites chinois par le Saint-Siège à Rome et la Chine se fermera alors au christianisme, mais les jésuites restèrent en Chine en se sinisant.

Les Chinois seront de très bons expérimentateurs en métallurgie pour la réalisation d’alliages en fer doux peu carbonés, et, par cofusion de fonte et de fer forgé, ils obtiendront des aciers très performants. Il faudra attendre 1803, avec les fours Siemens Martin, pour obtenir de tels résultats.

De même, ils mettront au point des méthodes pour la soudure des aciers doux et du fer. Dès le xiie siècle, la poudre à canon sera découverte par mélange de salpêtre avec de la poudre de tourbe.

Dès le xviie siècle, des jésuites seront appelés par les empereurs Ming. Ces missionnaires introduiront le système de Ptolémée dans l’astronomie chinoise où elle était enfermée dans une astronomie quantitative de position. Le jésuite allemand Schall Von Bell (1592-1666, Pékin) eut le premier des contacts avec la Chine.

Le jésuite français Verbiest (1623-1688), sous l’empereur Kangxi, construisit le premier observatoire astronomique de Pékin, en 1666, sous sa direction.

Le père Couplet, mathématicien, astronome et collègue du père Verbiest, fit connaître en France les travaux des astronomes chinois. En 1686, il fut reçu par Louis XIV et lui remit le cadeau de l’empereur Kangxi : une tenture de 33 m représentant des astronomes chinois avec le jésuite allemand Kircher.

Un autre jésuite, Joaquim Bouvet (1656-1730), reviendra de Chine en 1696 pour apporter à Louis XIV d’autres livres de scientifiques chinois.

Alchimie et chymie

L’alchimie est une pseudoscience aux racines anciennes qui resurgit de nos jours sous diverses formes. Nous avions traité certains aspects modernes du sujet dans la rubrique préciser le chapitre « Sornettes sur Internet »[151] et en analysant un dossier[152] de deux journalistes de Science et Vie qui faisait état d’expériences récentes et prétendues secrètes se rattachant à ce concept. Aussi en décrivons-nous ci-après quelques évolutions historiques.

Racines antiques

L’alchimie est une science occulte construite sur un hermétisme et cherchant, d’une part, l’immortalité par des élixirs ou la pierre philosophale, et, d’autre part, la transmutation de métaux en or.

L’hermétisme est la doctrine ésotérique fondée sur des écrits d’Hermès Trismégiste (« trois fois le plus grand »). Il est né d’un syncrétisme entre les mythologies de l’ancienne Égypte et l’astrologie helléniste de Platon et d’Aristote.

Hermès Trismégiste est aussi le nom donné par les Grecs au dieu Thot, représenté dans l’ancienne Égypte, au IIIe millénaire avant notre ère, comme un homme à tête d’ibis ou de babouin et doué de pouvoirs de magicien. Il est aussi l’auteur légendaire de nombreux livres sur l’alchimie et l’hermétisme qui sont p