VOYAGE EN ALGERIE en août 1973

 

Par Benjamin LISAN

 

Je décollai pour ce beau pays à l'aéroport d'Orly, au début du mois d'août 1973.

 

A l'arrivée au-dessus de l'Algérie, nous survolâmes les grands domaines agricoles céréaliers assez desséchés des environs de Rouîba situé à l'est d'Alger, avant de nous poser sur l'aéroport d’Alger.

 

Les fermes de cette région sont construites dans le style provençal.

 

A Orly, j'ai aussi mal passé la frontière qu'une personne ayant oublié sa carte d'identité. En effet, je l’avais oubliée dans mes bagages enfermés dans la soute de l'avion, prêt au décollage (1) . Par contre à Alger, je passai la frontière comme une lettre à la poste : mes hôtes prévenus l’avaient récupéré dans mes bagages dans le hall d'arrivée des valises et me 1'avaient remise à travers les grillages de la douane, avant que j’arrive moi-même au contrôle des papiers.

Ouf ! le principal, c'est que je sois passé.

 

Après avoir rempli les formalités d'usage et la fiche de déclaration de devises — fiche à remplir traditionnellement dans tous les pays socialistes (2) - j'ai fait le change à la banque de

l'aéroport pour acquérir des dinars algériens - monnaie inconvertible — et ensuite nous partîmes en direction de la ville en passant devant l'aérogare des lignes aériennes intérieures très bon marché dans ce pays (comparativement aux lignes intérieures françaises).

 

Le ciel algérien, en août, était d'un bleu profond et le

 

(1) A l'époque, en 1973, il suffisait d'un simple carte d'identité pour rentrer en Algérie .

(2) Les algériens ne pouvait sortir à l'époque d’Algérie, qu'avec 300F de devises.

 

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temps très chaud . La route de l'aéroport était bordée de jolis palmiers courte de taille et de champs de légumes . Certaines cultures poussaient sous serres plastiques, mais le film plastique qui les recouvrait était lacéré et arraché . L'hôte qui me recevait en Algérie m'indiqua, que les agriculteurs ne regardent pas à la dépense étant donné la subvention de l'agriculture ici . Nous sommes passés devant un bâtiment ultra-moderne aux vitres réfléchissantes . C'est ici qu'est élaboré le plan dirigiste déterminant l'avenir économique du pays. Puis, nous avons traversé une zone industrielle ; les entreprises nationales étaient repérable par leur nom commençant par " SONA ...".

 

Nous sommes passé au dessus d'une petite rivière l'oued El Ara ah, recueillant toutes les eaux usées de la ville et ayant leur odeur caractéristique . Puis nous avons longé la mer et une

grande gare de triage dans le quartier d'Hussen Dey, où des wagons de marchandises français neufs et très anciens se côtoyaient . Puis nous passâmes devant les entrepôts du port, dont la plupart visiblement datent d'avant l'indépendance comme l'immense majorité des

immeubles d'Alger . De notre route longeant la mer, une vue magnifique s'offre d'Alger la blanche, la ville tant décrite par les marins et les poètes, et dont l'origine remonte à la plus haute antiquité.

 

Dans la baie d'Alger, un grand nombre de bateaux étaient ancrés attendant le déchargement en raison des longs délais des ruptures de charge dans ce port.

 

Nous sommes arrivé ensuite à la place de la Grande Poste de laquelle - et dans son prolongement - on peut apercevoir le gigantesque hôtel El Aurassi (5 étoiles) le plus grand et le plus

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cher d'Algérie . Mes hôtes résidaient au 24 boulevard Zirout Youcef,  une magnifique avenue suspendue bordée par de très beaux immeubles blancs 1900 à arcades, d'un côté, et par la voie de chemin de fer en contre bas, conduisant à la gare d'Alger. Leur appartement en

front de mer avec vue sur le port et la mer était magnifique : plafond à moulures, jolis meubles anciens trouvés chez les antiquaires d'Alger . (En effet la plupart de ces meubles avaient été laissés dans le pays au moment de 1'indépendance par les colons français. La plupart des immeubles d’Alger, qui ont du être luxueux, datent de la colonisation).

 

Apres nous être installée nous avons fait un rapide tour de la ville.

 

Ce qui nous a frappé après avoir atteint la place de la grande poste où s'arrêtent des vieux bus Pegazo bleux, bondés, c'est la densité de la foule dans les rues d'Alger . 20 %  à 30 % des femmes sont voilées.

 

Notre première visite fut la Grande Poste d'Alger : un très bel édifice dans le style néo-mauresque, avec un immense plafond décoré d'arabesques en reliefs, construit en 1913.

 

Les guichets aux laitons polis sont minuscules comparativement aux dimensions de la salle.

En face dans la devanture d'une librairie nationalisée, j'ai eu la surprise de découvrir un traité d'oenéoculture (culture de la vigne), ce qui est incongru dans ce pays à la strict orthodoxie islamique. Il est resté plus tard, plusieurs années en librairie.

Ensuite nous avons suivi la rue Didouch Mourad, la rue la plus fréquentée et la plus commerçante d'Alger . Elle est bordée par des magasins d'apparence riches, de nombreux cafés et de petits

 

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arbres semblables aux orangers . Les rares magasins d'état de la rue - un drog-store et un ancien monoprix nationalisé à l'indépendance - sont en général mal achalandés.

 

Cette rue passe en dessous de l'université d'Alger , aux bâtiments méditerranéens vieillots et charmants entourés de petits jardins sans gazon. Cette voie comporte un grand nombre de librairies privées avec une seule d'état et un bouquiniste. J'ai constaté en y entrant que les

livres étaient variés et de toute tendance, la plupart en français,

Cette variété peut sembler assez étonnante pour qui a connu d’autres pays socialistes autoritaires. Le socialisme algérien semble a première vue moins rigide qu'on le dit,

Ou bien sa censure serait moins pesante que celle des pays de l'est.

 

J'y ai vu des livres de Raymond Aron, Jean-François Revel, ou des livres américains des éditions Time—Life . Les éditions Maspéro sont très singulièrement représentées ici. Chez le bouquiniste et dans une petite librairie située dans un passage, souterrain sous la rue Didouche Mourad, j'ai trouvé un grand nombre de livres de science-fiction et quelques livres sur les phénomènes parapsychologiques, et des livres en langue française des éditions MIR, venant d'U.R.S.S., en raison peut-être de leurs prix très bon marchés.

 

Une boulangerie de la rue Didouche Mourad s'appelle "La boulangerie parisienne", avec des décors parisiens 1900 luxueux, mais le pain, comme tous les pains algériens, qui y est délivré a une mie de pain plus lourde et moins blanche que celle du pain français.

 

Au café peu entretenu des étudiants de la rue Didouche Mourad, j'ai pu en prêtant bien l'oreille écouter des conversations de jeunes exprimant leur opinion sur la politique étrangère de la France et d'Algérie. En général, ils désapprouvaient l'implantation de

 

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la France dans les Comores et à Djibouti.

La circulation dans les rue d'Alger semble très dense et les embouteillages sont nombreux vers 6h du soir. C’est vers cette heure que nous sommes retournés à notre domicile.

Dans la rue, j’ai constaté que les hommes ont ici l'habitude de cracher sur le sol.

 

A côté de l'entrée d'un tunnel routier de la faculté d'Alger, était suspendu une banderole où il était écrit "la révolution pour le peuple et par le peuple". C'est un rare exemple de la propagande du régime dans les rues . En général, la propagande dans les rues en Algérie est quasiment inexistante contrairement aux autres pays socialistes. Mais par contre, le conditionnement dans les écoles est très important. La majorité des étudiants algériens ne remettent pas en cause l'idée que le socialisme est le meilleur régime pour la société algérienne et il semble pas qu’il y a beaucoup d’opposition au régime dans les facultés (informations communiquées par mes hôtes).

On rencontre souvent dans cette rue des jeunes algériennes émancipées et élégantes - par opposition à celles qui gardent le voile. Parfois cette émancipation semble excessive : nous avons vu des jeunes femmes porter des bottes et des pantalons noirs en plein mois d'août. Le long de cette rue, des marchands de journaux vendent à la sauvette E1 Moujahïd (le quotidien national, organe du  parti unique F.L.N., en deux versions l'une arabe, l'autre française),

le Monde (le plus vendu après El Moujahïd , quelque fois censuré), le Figaro (souvent censuré).

 

J'ai découvert dans le quartier une maison de la bible. Toutefois la liberté de propagande, pour les religions autres que l'Islam, n'existe pas et cette maison constitue un exemple unique.

Les rues d'Alger sont assez animées en raison de l'énorme densité de population qui y vit. Avant l'indépendance, la ville était prévue pour 800 000 personnes, 900 000 avec la construction de quelques HLM dans le quartier d'EL BIAR . Elle logerait maintenant

 

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d'après les estimations, officieuses, 2 millions d'habitants (2). Il n'est pas rare de trouver une famille de 8 personnes dans un deux pièces avec en plus le mouton, au moment de la fête de l'Aïd El Kebir.

 

Pendant une dizaine de jours, j'ai eu l'occasion de visiter Alger à pied ou en autobus . Celui-ci étant subventionné, il ne coûte pas cher. Nous avons commencé par des promenades le long des rues.   

Le rêve de Boumédienne de 50 millions d'habitants semble devoir se réaliser (1) : partout des jeunes jouant au football avec des boules de chiffons, ou parfois se battant violemment (Le football est le sport national du pays).

J'ai voulu visiter l'hôtel E1 Aurassi et pour cela je suis monté par le boulevard Hohamed Khemisti qui s'élève par une série successive d'escaliers jusqu'à l'esplanade de l'Afrique devant le vaste Palais du Gouvernement, haut de 8 étages, qui se tient la Présidence du Conseil.

Après le square bien entretenu, j'ai emprunté l'avenue du Docteur Frantz-Fanon qui passe devant la Bibliothèque Nationale, vaste bâtisse dans le style colonial, la plus grande d'Algérie avec 650 000 volumes. En continuant cette rue, j'ai trouvé l'hôtel El Aurassi, un énorme bâtiment parallélépipédique de 8 étages . L'intérieur de cet hôtel, souvent vide, les deux derniers étages étant fermés — est luxueux et froid.

 

Cet immeuble construit par des italiens, a la particularité de glisser très lentement sur le terrain de schistes altérés, gorgé d'eau, sur lequel il est construit.

 

(l) A l'indépendance, le pays comptait 8 millions de personne, maintenant 18 millions avec un des plus fort taux de croissance démographique du monde .

(2) source : mes hôtes en Algérie.

 

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Plus loin ce même terrain vers le sud, en contre-bas du quartier d'Hydra et de l’avenue Souidani Boudjama a déjà subi des glissements de terrains et une petite route qui y grimpe, devenue montagne russe, a été fermée finalement à la circulation. Une curiosité au bord

de cette avenue est un pavillon rosé penché à presque 30°.

La ville d'Alger n'est pas très propre sauf le quartier résidentiel d'Hydra, parsemé de luxueuses villa anciennes et modernes, siestes d'ambassades ou villégiature de la haute bourgeoisie

d'état . A côté du ravin qui borde le côté nord d'Hydra, au bord d'une rue qui monte de ce ravin puis tourne à gauche dans Hydra, se trouve le palais secret du président Boumédienne repérable par un haut mur blanc et une guérite de soldat à l'entrée (1).

 

Au dessus de ce quartier avait réussi à survivre une minuscule charcuterie. Je ne sais pas si elle a survécu avec les lois interdisant l'élevage du porc en 75. Il n’y avait que 2 endroits à Alger vendant du porc : une épicerie Boulevard Mohamed V et cette charcuterie. L’Algérie vit dans une grande rigueur islamique, qui a été renforcée après 73.

J'ai aussi emprunté le boulevard Zirout Youcef — qui forme le front de mer - en passant devant la Wilaya (préfecture) d'Alger, de style néo-mauresque dans les tons verts (l913), puis

l'hôtel de ville fie style néo-classique froid (l936) dans lequel sont souvent donnés des expositions temporaires de peintures modernes, puis devant l'hôtel Aletti dans le style des années folles, devant la Banque Centrale d'Algérie, avec une cour intérieure décorée de marbres et d'onyx algériens pour déboucher sur la Place des Martyrs, et devant la mosquée hanéfite de la Pêcherie (1660).

 

(l) On dit que le président ne dormait pas chaque nuit dans la même chambre.

La résidence officielle du président est l'ancien palais du gouverneur, rue xxx.

 

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Son unique minaret carré et large, abrite une horloge . Apres m'être déchaussé selon la coutume islamique, j'ai pénétré dans l'édifice pour y découvrir un bassin a ablution, puis une grande salle couverte de tapis, avec suspendu au plafond ouvragé des grands chandeliers. Aucun tableau figuratif, mais seulement des paroles du Coran accroches aux murs. Contrairement aux chaires auxquelles on accède par un escalier en spirale en Europe, ici on accède au minbar (chaire) par un escalier droit (ici en marbre sculpté) tourné vers l'intérieur de la mosquée.

 

Tout proche de la place des martyrs, on peut découvrir le quartier de la Casbah, le quartier de Bab el Oued et 1'amirauté, une forteresse turque (XVIIes) située sur une jetée, qu'il est interdit

de photographier à cause de son usage militaire. La jetée et le Yacht Club attenant, est la "plage" et le rendez-vous de toute la gentry d'Alger. Pour s'y rendre il faut une autorisation spéciale, liée à la condition d'être membre du Yacht Club.

 

Le quartier de Bab el Oued est l'un des plus surpeuplés d'Alger. Les façades de la plupart des beaux immeubles 1900 sont lézardées, le linge est étalé sur les balcons, les cages d'escaliers

sont particulièrement dégradées et le temps où les ascenseurs fonctionnaient semble à jamais révolu.

 

Plus tard, je suis parti avec le gardien de mon immeuble Ladjal dans le quartier de la Casbah. Notre première visite fut la grande mosquée malékite (XIè) située juste à côté de la mosquée de la Pêcherie. L'édifice avec sa cour à ciel ouvert orné de deux fontaines, laisse une impression de grande simplicité. La grande salle possède 72 piliers quadrangulaires blanchis à la chaux.

 

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La mosquée suivante, la mosquée de Ketchaoua (l794) n'est pas strictement authentique puisque l'intérieur riche de style mauresque a été décoré par les français. Au XIX° siècle la

mosquée fut transformée en cathédrale par les colonisateurs français et deux ailes formant transept lui ont été rajoutées. Une plaque en français et arabe, à l'entrée, commémore la restitution de l'édifice au culte musulman en 1962.

 

La plupart des plaques françaises des rues ont été retirée et remplacée par des noms arabes. Mais il reste quelques survivantes des noms français : rue du général Cavaignac, bar le Condé, restaurant du Berry, hôtel Aletti, hôtel Saint Georges, quartier de Fontaine-Fraîche, Maison Carrée etc. ...

Le quartier de la Casbah (turc du XVII° s.) commence juste au dessus de la mosquée.

Ladjal, mon guide, me conduit à travers les dédales des rues étroites et sales entre les maisons de 3 à 4 étages à toits niais s'enchevêtrant les unes dans les autres : la Casbah est restée inchangée depuis le tournage du film "pépé le Macko".

Il me vente ses exploits de résistant contre les parachutistes de Bijard, pendant la bataille d'Alger, avec des petits airs gênés . Il m'affirme être passé à la Gégène (tortures à l'électricité). Je dois avouer que je reste sceptique, car beaucoup d'algériens se ventent d'exploits de résistants après coup et le label "Résistant" n'est guère vérifiable ici.

Il nous a indiqué pratiquement toutes les traces de rafales de mitraillettes sur les murs du quartier et l'emplacement de deux maisons ayant sauté et n'ayant jamais été reconstruites.

 

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Nous avons visité la mosquée de Sidi Abd Er Rahmane (l730) — le saint de la ville que viennent consulter des femmes pour des problèmes de fécondité - qui comprend la mosquée elle-même avec un gracieux minaret carré à étages d'arcatures, où brillent des revêtements de faïence, et une Koubba, décorée sur le pourtour des colonelles et renfermant le tombeau du Saint . Elle abrite un catafalque enrubanné de tissu vert remontant à une extrémité en pointe, ornée de drapeaux et d'ex-voto. Juste à côté il y a un lycée de style mauresque surmonté d’une grande coupole.

Nous avons pénétré dans une maison de la Casbah appartenant à des parents de Ladjal, située dans une ruelle sombre et étroite, à cause des nombreux balcons fermés soutenus par des

troncs d'arbres mal équarris, qui s'avancent de chaque côté de la rue.

Cette maison de trois étages possédait une petite courette intérieure, un robinet d'eau au milieu, et un escalier ouvert sur la cour. De la terrasse où séchait le linge située au sommet, on pouvait apercevoir toute la ville. A l'intérieur de la maison peu astiquée plusieurs familles se côtoyaient et les femmes étaient dévoilées.

 

Les échoppes des commerçants des rues du bas de la Casbah, de taille réduite, offraient tous les produits traditionnels :

 

Henné, Khôl, parfums musqués, voile de femme en soie blanche (haïk), voilette de tulle se posant sur le nez (adjar), service à thé en cuivre martelé ...

En bas de la Casbah, une église XIX° siècle en néo-gothique qui avait brûlé, était en voie de démolition pour laisser la place à une mosquée, d'après ce qui était inscrit sur un panneau ,

 

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Nous sommes revenus par la rue Ben Mehdi Larbi bordée par les magasins du Bon Marché et des Galeries Algériennes - magasins d'États mal approvisionnés - de style néo-mauresque et

traversant la place de l’Emir Abd El Kader, ayant à son centre une statue équestre de ce héros national placé sur un socle énorme (Je crois qu'avant l'indépendance une statue du maréchal Bugeaud, y trônait).

 

Suite à cette visite, mes hôtes m'ont emmené dans un très bel hôtel au cadre anglais, l'hôtel St Georges, comportant de belles collections de meubles mauresques anciens et de très beaux tapis.

 

Comme dans la plupart des établissements hôteliers nationalisés, les consommations proposés n'étaient pas disponibles. D'ailleurs dans ces hôtels, les appareils tombant en panne mettent longtemps à être réparés.

 

Pendant mon séjour, je me suis rendu aux différentes bibliothèques et celle du Centre Culturel Français située dans la rue derrière chez moi et j'ai remarqué qu'elles étaient bien fournies et d'accès facile.

 

J'ai été impressionné, dans mes ballades, par la profusion des drapeaux dans les rues. Ils y sont accrochés en permanence. Je crois que cela est dû au fait que les algériens en général, sont très nationalistes, nationalisme renforcé par la propagande de l’état.

 

Je me promenais souvent avec mon teckel. Les chiens étant très rares en Algérie, sauf en Kabylie où vivent des chiens de style "dingo jaune", il attirait souvent les regards des passants.

 

J'ai pu rentrer avec le plus parfait naturel dans le port d'Alger dont l'accès est interdit. Des sacs de sucre venant de France étaient en cours de déchargement. Le quai semblait couvert de neige.

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J'ai cherché les cinémas d'Alger, ils ne sont pas nombreux et sont assez anciens. Beaucoup de films arabes y passent, en particulier égyptiens, sans toutefois constituer la majorité des films. Les films pornographiques sont interdits dans le pays.

 

Je faisais parfois les courses avec mon hôtesse et nous étions souvent obligé s'attendre dans les queues, à cause de la pénurie permanente régnant dans le pays, pour obtenir certains

produits : huile, tomate ... (En Algérie, les queues devant les magasins s'appellent des chaînes).

 

Le marché noir est important dans le pays. Lorsque la viande de mouton vint à manquer, suite

à une grève des éleveurs qui s'opposaient à la taxation de leur produit, je trouvais au marché noir cette viande à trois fois le prix de son cours officiel. Je me souviens, par exemple, avoir

cherché des prises multiples dans tous les magasins d'Alger, sans en trouver, sauf au marché noir.

 

Le porc est difficile à trouver mais c'est surtout pour une raison religieuse. Le vin est facile à trouver, car deux magasins tenus par des kabyles en vendent. Je dois noter au passage que les vins algériens sont excellents. Les crus les plus connus sont La Cuvée du président, domaine de Bouchaoui, vin Fruité, Miliana, d'une grande finesse, Medea, moelleux, Tlemcen, très fin et Mascara, agréablement bouquetés. Ces vins sont peu vendus dans le pays - 1'état ne le favorise pas - et servent d'échange avec des produits manufacturés venant surtout des pays de l'Est.

 

Mes hôtes, des français, ne regardèrent guère la télévision algérienne, à leur avis trop dirigée sur le plan de l'information - assez anti-française sur le plan de la politique intérieure

 

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et extérieure et assez proche des pays progressistes — et projetant trop de téléfilms français et américains de faible qualité.

 

Depuis le passage du président Giscard d'Estaing, en avril 75, reçu princièrement ici, la télévision fustigeait la Fronce en critiquant l'attitude de la France au Sénégal, en Côte d'Ivoire,

dans les Comores, et au Sahara occidental. On affirmait de source officieuse que le président Boumédienne était très mécontent du refus du président Giscard d'Estaing d’accorder nouveaux prêts à l'Algérie tant qu'elle n'aurait pas remboursé sa dette de 20 milliards de francs.

 

Par contre, mes amis écoutaient souvent la 3ème chaîne de radio en français - considérée comme la chaîne intellectuelle (elle passe souvent des airs de pop musique et de musique classique occidentale) et pour faire bonne contenance, Radio France international.

 

Sur toutes les radios et la télévision algérienne, on revenait souvent sur la guerre d'Algérie et on y déclarait - comme si ce fut la plus authentique vérité (l) - qu'elle avait fait un million de mort depuis 1954. Ce mythe, comme d'autres, est accepté sans problème par la population.

 

Pendant cette période, mon hôte traversa une période d'ennuis administratifs et la police soupçonneuse, avait débarqué à 1'improviste pour l'emmener au poste et lui faire avouer un prétendu traffic de devises.

 

Pendant mon séjour, ceux qui me recevaient, avaient eu l'occasion d'inviter un certain nombre de personnes intéressantes d'Alger. Une héroïne de la révolution algérienne, venait souvent.

Ayant eu les deux jambes emportées dans l'explosion d'une bombe

 

(l) Peu de Français croient à ce chiffre qui correspondait à 12 % de la population de l’époque.

 

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bombe artisanale qu'elle transportait vers les années 60, elle fut soignée par deux médecins français qui l'amputèrent des deux jambes mais qui réussirent a lui sauver les mains.

 

Depuis, voyageant dans un fauteuil roulant, elle est devenue 1'ambassatrice de l'Algérie à l'étranger . Elle s'occupe actuellement du comité d'entraide aux réfugiés sahraouis.

Elle vit isolée dans une grande villa prêtée par l'Etat, avec pour unique compagnon un chien-loup.

 

Sa fierté l'empêche d'accepter sa condition de paralytique et la pitié (j'ouvre une paranthèse pour faire remarquer que les Algériens, femmes comprises, sont en général très fiers). Elle s'habille chez les plus grands couturiers parisiens et effectue pour cela deux voyages par an en France. Elle a une grande prédilection pour les phénomènes occultes (l) . Venant d'un

milieu pauvre, elle a fait un immense effort pour se cultiver et se mettre au niveau des milieux bourgeois où elle a pénétré.

 

Abdou, un autre ami, est un homme très cultivé, très sensible, poète à ses heures. C'est le représentant typique de 1'intelligentia libérale algérienne. Je dois remarquer ici que j'ai

été profondément impressionné par l'intelligence des intellectuels - libéraux ou non de ce pays. C'est à mon avis un peuple aux énormes potentialités quand il n'enferme pas une attitude de fierté orgueilleuse.

 

Abdou se plaint avec tristesse, du manque de liberté du régime, de la propagande qui conditionne le peuple et le maintient dans l'ignorance, de la corruption et de l'étroitesse d'esprit fanatique de certains dirigeants du pays. Il regrette le peu de

 

 (1) Peut-être est-ce du à son enfance dans les milieux modestes où la superstition, la croyance dans les pseudo-marabouts charlatans divins, dans la sorcellerie et le mauvais oeil est encore assez répandue.

 

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développement de la conscience politique du peuple, béat d'admiration devant les beaux discours de Boumédienne.

 

Mais comme la plupart des libéraux, admirateur de la culture française, il reste très velléitaire et ne dépasse pas le niveau du rêve d'une union entre les libéraux. J'ai soupçonné cet

homme timide, célibataire d'avoir une tendance aux amitiés masculines . Dans le cas où cela serait vrai, il aurait évité d'en parler à cause de l'intolérance sur ce sujet ici, dans le pays.

 

II nous a parlé de l'histoire d'un livre "Les nuits blanches d'Alger" - sur certains assassinats au sein de la classe politique dirigeante - qui aurait été retiré de l'édition après le versement d'un milliard de centime à l'éditeur français, par le gouvernement algérien. J'ai entendu cette histoire dans plusieurs familles algériennes ... intoxication, déformation du téléphone arabe ?

J'ai su de lui que les francs-maçons sont interdits en Algérie, contrairement au Maroc et en Tunisie, où ils sont tolérés.

 

Les frères Charles de Foulcault existent encore dans le pays. Nous en avons rencontré deux. Ceux-ci ont décidé après l'indépendance de renoncer à leur nationalité française, pour opter

pour la nationalité algérienne ce qui leur posait des problèmes pour retourner en France voir leur famille. Ils sont infirmiers dans une clinique d'Alger. D'après eux, les hôpitaux ici sont surchargés et le personnel insuffisant. Il faut avouer que certains docteurs s'estimant mal payés, préfèrent quitter l'hôpital et ouvrir un cabinet privé. (J'en ai connu d'ailleurs, à Blida, un docteur vivant dans un appartement 3 pièces, meublé seulement avec un salon Louis XV

(coûtant 2 millions dans le pays), possédant une Peugeot 504, voiture de riche puisqu'elle coûte ici le double de son prix en France , qui

 

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m'a expliqué dans les m^me termes les raisons de son choix) .

 

Malgré leur esprit de charité et de tolérance, les frères Charles de Foucault sont, quant à eux, souvent désespérés de constater l'irresponsabilité qui prévaut dans toutes les administrations et entreprises nationales. Par exemple, plusieurs jeeps en panne n'étaient jamais réparées car

personne n'osait prendre la responsabilité d'y toucher.

 

Sinon ils reconnaissaient aussi de nombreux acquis dans le socialisme algérien : les transports en commun peu coûteux, les soins médicaux et les colonies de vacances gratuits ...

Les amis qui m’ont logé en Algérie sont d’accord avec ces faits.

Mes amis rajoutent, au cours de la conversation, que la gestion du pays est dangereuse pour l'avenir, celui-ci ne dépendant plus que du pétrole pour vivre (92 % des marchandises exportées) et d'un endettement sans cesse remboursé par un nouvel endettement plus important, et, s'accroissant avec son engagement dans une guerre coûteuse au

Sahara occidental .

 

Dans l'avenir d'après eux, l'énorme taux démographique du pays contribue à l'augmentation énorme de la population de jeunes chômeurs - dans les villes d'Algérie un sur deux est au chômage - risque de devenir de plus en plus grave en raison d'une production agricole ne suffisant pas à la consommation et en raison de la baisse obligatoire des rentrées de devises dans l'avenir, limitant les importations de nourriture.

 

Je sais grâce à des amis kabyles rencontrés à l’Université d’Alger, qu'il ne reste plus que

Moins d’un % de français environ, depuis 62 dans le pays. D'une femme algérienne j'ai appris que l'Etat et le président sont assez conservateurs envers les femmes algériennes. Le président dans un discours en 75 devant l'assemblée des femmes algériennes exprimait son désir de voir les femmes soumises à leur mari, et en jupe ou robe en dessous du genou. 85 % des

 

 

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divorces sont à la demande des maris et les divorces sont nombreux.

 

D'ailleurs le Code de la famille (l970), article 46, alinéa E, indique la possibilité des divorces "sur la demande de l'époux, exerçant son droit de répudiation"  (1).

 

La polygamie est faible et est l'apanage des commerçants. On se marie tôt.

 

A Alger en 69, il y a eu 175 tentatives de suicides de jeunes filles, pour mariages forcés. Cette jeune femme habite dans le quartier de Maison Carrée (El Harrach) et de l'école polytechnique, une école d'ingénieur. Pour aborder le domaine des écoles, l'Algérie fait un immense effort pour augmenter le nombre de ses diplômés et elle a construit plusieurs écoles dans le quartier : l'école polytechnique d'architecture, l'école nationale supérieure vétérinaire et l'institut national de

la recherche agronomique. Dans les alentours, il y a beaucoup de maisons en tôles, comme dans le quartier d'El Biar au nord d'Alger.

 

C'est aussi un quartier industriel avec une raffinerie de pétrole. Puis ensuite, pour connaître des étudiants, je me suis rendu à Ben Aknoun à l'est d'Alger là ou se trouve la Cité Universitaire dans un domaine de 7 ha et logeant 1200 élèves.

 

J'y ai rencontré deux étudiants à qui j'ai exprime mon intention de visiter la cité (2). Après une visite banale, guidé par ces étudiants, où je n'ai rien appris à part que le Golf d'Alger (18 trous), rendez-vous de la gentry algérienne, assez desséché au mois d'août était situé à côté de la cité. Je leur ai tout de même posé des questions sur la vie de la cité et j'ai appris que dans

le pays on ne faisait pas de politique bien que certains étudiants marxisants, regroupés dans le "Parti de la Révolution Socialiste" (qui ne se déclare pas ouvertement marxiste), font circuler très rarement des

 

(1)  source « Vie quotidienne en Algérie » par Rashid Boudjedra.

(2)  Cette partie sur la visite de la cité est imaginaire. Elle a été créée ici pour pouvoir rapporter des anecdotes vraies sur la vie de la cité.

 

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journaux clandestins dans la cite (ils sont peu nombreux et vendus eux en plein jour dans notre pays). Ces derniers veulent le retour au pays des travailleurs immigrés et la création d'emplois ici pour eux et sont contre la guerre au Sahara Occidental.

 

J'avais réussi à avoir assez vite des amis dans le pays qui m'ont présenté sous bien des aspects le pays .

 

Les dernières personnes rencontrées au cours de mon séjour furent curieusement deux jeunes religieuses maronnistes libanaises rencontrées au centre culturel français . Elles habitaient au 6ème étage d'un immeuble au centre d'Alger, qui dû être cossu, mais l'état des dégradations était attristant avec un ascenseur condamné depuis longtemps .A l'époque de notre rencontre, elle avait dû quitter leur poste dans des écoles d'Etat pour des postes dans des écoles privées à cause d'une réforme de l'enseignement dans le sens Islamique. Beaucoup de religieuses chrétiennes s'étaient trouvées au chômage, sans indemnités (elle n’ont pu finalement retourné au Liban,  à cause de la guerre civile).

 

Après ce séjour à Alger, ceux qui m’ont invité ici ont décidé de me convaincre que 1'époustonflante beauté des paysage du pays n'est pas une vaine légende, par un voyage dans la région de Tipasa.

 

Nous partîmes sur la route d'Oran . Après être sortir du quartier de Bab El Oued, nous avons longé la côte assez escarpée en cet endroit. Entre la route et la mer, de magnifiques villas sont

maintenant occupées par de nombreuses familles algériennes et surpeuplées .

La cathédrale de style byzantin de Notre-Dame d'Afrique située sur une colline élevée au-dessus de nous ne manqua pas d'attirer notre regard à cause de ses bulbes dorés se réfléchissant au

 

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soleil . Je me suis demande, sachant qu'elle est ouverte, combien de fidèles pouvaient s'y rendre depuis le départ des français.

La mer qui s'écrasait en contre-bas de la corniche sur laquelle nous roulions, prenait la couleur bleue des photos de vacances.

Près de la Pointe Pescade, le village côtier de Raïs Hamida était recouvert d'une pellicule blanche due à la pollution de la cimenterie toute proche. C'est aussi à cet endroit que se

trouve une belle villa qui servi de dancing du temps des français et fut l'objet d'un attentat grave pendant la guerre d'Algérie.

 

Nous nous sommes arrêtés en bas de la forêt de Baïnen située sur une colline raide vallonnée . La forêt est riche en essences végétales et fleurs,: eucalyptus, pin d'Alep, chêne-liège et casuarina (pin australien), bruyère, cistes, lavandes ... Plusieurs coupes-feu la traverse . C'est aussi un point de vue magnifique sur la mer et sur le phare du Cap Caxine. Des champs de riche terre noire, descendent en pente raide entre la route et la côte.

 

Dans le village traversé après, j'ai relevé une enseigne originale : "La perdrix" restaurant spécialité de poisson.

 

Nous avons découvert Sidi Fredj (prononcer Ridi Feruch)_un magnifique complexe touristique en forme d'immenses palais mauresques, comportant un grand nombre de patios intérieurs, à arcades, décorés de faïences multicolores à arabesques, de fontaines, de rosiers, de balcons intérieurs ouvragés . Le tout témoigne d'une recherche architecturale réussie .

 

Une tour massive carrée, en briques rouges arrangées de façon à former des figures géométriques, plonge ses pieds dans

 

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l'eau du port où un grand nombre de voiliers étaient amarrés. Une odeur de brochettes, fritures et de crevettes s'exhalaient du restaurant tout proche situé en dessous d'un ancien fort, à coté de la jetée. Cette odeur me rappelle l'odeur des grosses crevettes rosés qu'on peut acheter à bon marché dans les ports des villages côtiers algériens.

 

Proche du complexe touristique, est bâti un palais des congrès dans un style plus moderne, dominé par une haute tour ressemblant à un château d'eau. Un hôtel de thalassothérapie était

en construction au. N.O de cette presqu'île.

 

De jolies maisons modernes — celle des coopérants français vivant en Algérie - entourées par des jardins méditerranéens, sont plantées sur les collines avoisinantes, vers l'ouest de la presqu'île de Sidi Fredj. A l'est de celle-ci, s'ouvre une grande plage, celle de Moretti surpeuplée le dimanche à cause de sa proximité d'Alger  (A l'époque le jour de congé n'était pas encore le vendredi).

 

En s'éloignant d'Alger vers 1 ' ouest, les plages disparaissent pour laisser place à une côte gréseuse, aux rochers plats percés d'alvéoles, coupés ci et là de petites criques désertes .

Notre prochaine destination, le tombeau royal mauritanien (appelé encore, à tort. Tombeau de la Chrétienne) nous fit quitter la route nationale longeant les grands domaines agricoles (1) pour une petite route bordée d'eucalyptus, qui monte sur la colline où est situé l'édifice .

 

(1) Les domaines ont appartenu à de riches propriétaires terriens français avant l'indépendance. Ce sont maintenant des coopératives agricoles nationalisées.

 

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C'est un tombeau cylindrique de 63 m de diamètre, reposant sur un socle carré . Il est coiffé d'un cône à gradin . Des colonnes, d'ordre ionique, décorent les parois du cylindre . Aux quatre points cardinaux se dressent quatre fausses portes, dont les moulures ont l'aspect d'une grande croix . (Un édifice semblable le "Médracen" existe aussi dans les environs de Batna) .

 

L'énigme de cette construction cylopéenne est de ne comporter aucune inscription, et de ne contenir dans sa masse qu'un petit vestibule d'entrée puis un petit couloir circulaire de 150 mètres de long débouchant par un troisième couloir, plus petit, sur deux petites salles voûtées vides . Ces salles auparavant étaient hermétiquement closes à l'entrée, par des dalles maintenues dans des coulisses verticales, qui ont été brisées par les pilleurs de tombeaux . Un pacha d'Alger voulait connaître son secret ou ses trésors, fit démolir à coup de canon le revêtement est du tombeau .

 

Le groupe électrogène éclairant le couloir étant en panne, le guide nous a conduit avec une lampe torche, tout en nous expliquant les hypothèses émises sur le ou les constructeurs du monument . Certains archéologues pensent que cette imposante construction a été construite sous le règne de Juba II Séléné (-5'?,-23) roi de Maurétanie . Ce royaume avait du avoir certainement des relations

avec l'Egypte puisque Cléopâtre Séléné, épouse de Juba II, était la fille d'Antoine et Cléopâtre.

 

Après cette visite rapide, nous laissant sur notre faim de connaissance en raison du peu de locacité du guide, sur le monument, nous sommes retourner sur la route nationale conduisant à Tipasa, notre prochaine étape.

 

 

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On voit beaucoup d'homme, habilles comme des Fellah, portant le turban sur la tête, et des jeunes du volontariat estudiantin - une création du gouvernement pour enrôler les jeunes dans

les travaux agricoles l'été - se reposant dans les champs ou discutant en groupe au bord des chemins . Certains champs sont délimités par des haies de cannis.

 

A plusieurs endroits le plastique recouvrant les plantations maraîchères était arraché . Des vaches paissaient l'herbe maigre des bas-côtés de la route et des chemins de traverse .

 

Des panneaux en français et en arabe, portent les noms des domaines agricoles, à l'entrée des chemins conduisant à d'imposantes fermes souvent en mauvais état ou aux volets clos, dans le

style méditerranéen.

 

Au bord de la route, des petits enfants vendent à la sauvette des produits agricoles, si difficiles à obtenir sur les marchés d'Alger.

 

Nous avons effectué un petit détour par « Tipasa village », charmante village de vacances construit par l'architecte Ferdinand Pouillon dans le style de la Casbah.

 

A l'intérieur d'un bâtiment mauresque, un patio aux carreaux de faïence traditionnelle, rappelé l'intérieur d'un palais des milles et une nuits.

 

L'immense salle de restaurant est moderne dans le style de certains palais de Brasilia . Les eaux de la piscine à coté de l'hôtel étaient vertes.

 

Ce centre est divisé en deux parties, situées chacune à chacune des deux extrémités d'une crique, reliée à la mer par une passe étroite,

 

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le village principal, avec sa plage infestée d'oursins et de rochers coupants (aucune pancarte ne les signale au baigneur non prévenu), et un autre aux maisons hautes, avec une plage, elle praticable.

 

Entre les deux la côte tombe en pente raide couverte d'une exubérante végétation méditerranéenne embaumant l'air et dévalée par plusieurs cascades d'eau fraîche.

 

Au bar du premier village, des touristes belges nous ont exprimé leur mécontentement contre la saleté du centre, la cuisine peu raffinée, les oursins (nombreux quand on va se baigner). D'après eux, le centre était mieux tenu à l'époque où au lieu d'être géré par la compagnie nationale de tourisme SONATOUR, il était géré par le Club Méditerranée. D'après ce que je sais, le Club n'était pas resté, car le gouvernement algérien lui reprochait d'accepter plus de touristes européens que ceux des groupes vacances organisés des sociétés nationales du pays.

 

Apres ce détour, nous sommes repartie vers Tipasa, traversant un paysage illuminé sous un ciel bleu d'azur. De belles vignes prospèrent dans la région.

 

Les premières célèbres ruines romaines se sont révélées à nous. Un guide algérien, la tête couverte d'un chapeau de paille nous a emmené parmi un champ de tombeaux . Tous portaient les signes caractéristiques de l'église chrétienne primitive (1) : le monogramme du christ () (2) et le poisson (  )  (3).

 

Une basilique St Salsa, dont il ne reste plus que les fondements, a été détruite par les invasions vandales vers 450 A.J.C.

 

A Tipasa même - la ville moderne, nous avons déambulé dans le port . Près de celui-ci, dans la mer, une sorte de tour penchée, taillée dans le rocher, est un tombeau phénicien. Des

 

(1) Le christianisme en Algérie a été très actif, parfois violent avec l’hérésie donatiste (305-420). Sa figure intellectuelle principale fut Augustin est né en l'an 354 à Tagaste (près d'Annaba en Algérie actuelle) et mort en 430 à Hippone (Annaba). La violence et le fanatisme donatistes réprimés par l’Empereur Constantin, et combattu par Augustin, a freiné l’élan missionnaire chrétien en Afrique du Nord. Le christianisme a totalement disparu après l’arrivée de l’Islam en Afrique du Nord (il n’en restait aucune trace à l’arrivée du colonisateur français). La disparition du christianisme autochtone pourrait s'expliquer par la forte immigration musulman sur place et l’utilisation du latin par cette communauté (langue progressivement interdite). Seul restait une petite communauté juive en Algérie persécutée et ayant le statut de dhimmi qui comportait des interdictions.

Sur le donatisme : http://perso.wanadoo.fr/famille.renard/histoire/une/donatism.htm

Sur l’histoire du judaïsme en Algérie : http://www.zlabia.com/histoire.htm

Sur l’histoire du christianisme en Algérie : http://www.ada.asso.dz/Presentation/Histoire/histoire1.htm

(2) Le monogramme du Christ est formé de deux lettres de l'alphabet grec, le C (chi) et le P (ro), enlacés l'une à l'autre. Ce sont les deux premières lettres de la parole grecque "Christòs", c'est-à-dire Christ. Ce monogramme, placé sur une tombe, indiquait que le défunt était chrétien.

(3) Le poisson est le symbole des premiers chrétiens. Poisson vient du mot grec ichtus. ICHTUS est formé des initiales des mots Iesu Kristos Theou Uios Sôter, qui se traduit par : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur.
On trouve de nombreuses figurations symboliques du poisson, image du Christ, dans les anciens monuments chrétiens funéraires, comme les catacombes à Rome.
Le poisson figure souvent à côté du pain. Avec un vaisseau sur le dos, il symbolise le Christ et son Église. C’était un signe de reconnaissance (et un code secret), à l’époque où l’église chrétienne était persécutée.

 

 

Suite dans quelque temps quand ces pages seront scannées.